ÉDITORIAL L’impérialisme du mépris : Quand Washington asphyxie Haïti

Par Jod Fednel Honorat
Le Tout Au Pluriel Magazine
La sentence est tombée, froide, mécanique et dénuée de toute humanité. En levant, ce 5 août 2026, l’injonction qui bloquait la suppression du Statut de Protection Temporaire (TPS), la juge fédérale Ana C. Reyes a capitulé face à l’agenda xénophobe de l’administration Trump. Ce verdict n’est pas qu’une simple décision technique. C’est un permis d’expulser, un acte d’hostilité légalisé qui transforme le rêve américain en un cauchemar migratoire pour des dizaines de milliers de familles haïtiennes.
La justice américaine au service d’une obsession électorale
En validant la fin du TPS, l’appareil judiciaire américain se fait le complice d’une politique migratoire d’une cruauté sans nom. Pour Washington, les migrants haïtiens ne sont plus des êtres humains ayant fui l’enfer, mais des variables d’ajustement électoral, des boucs émissaires jetés en pâture à une frange radicale.
Le double discours américain atteint ici des sommets de cynisme. D’un côté, le Département d’État américain classe Haïti au niveau maximal d’insécurité et interdit formellement à ses propres diplomates d’y circuler. De l’autre, sa justice juge opportun d’y déporter massivement des travailleurs. Comment un pays qui se prétend le phare de la démocratie et des droits de l’homme peut-il renvoyer des êtres humains vers une terre qu’il sait lui-même invivable ? Cette hypocrisie est une insulte à la dignité humaine.
Un sabotage économique prémédité
Cette décision est un coup de poignard dans le dos d’une économie haïtienne déjà à l’agonie. En s’attaquant au TPS, Washington tarit directement le premier canal de survie du pays : les transferts de fonds de la diaspora. C’est un véritable blocus financier déguisé. Ce ne sont pas des statistiques que l’on coupe, ce sont les vivres, les médicaments et les frais de scolarité de millions de familles restées au pays.
Imposer un afflux massif de déportés à un État haïtien en pleine refondation sécuritaire et institutionnelle relève du sabotage géopolitique. Les États-Unis créent eux-mêmes le chaos à nos frontières, avant de s’indigner des crises humanitaires qu’ils alimentent par leurs propres décisions économiques et politiques.
Briser le silence et les chaînes de la dépendance
Face à cette agression juridique, le silence des autorités haïtiennes est désormais intolérable. Le gouvernement ne peut plus se contenter d’observer passivement le sacrifice de ses ressortissants. Port-au-Prince doit sortir de sa léthargie diplomatique, exiger des comptes et négocier fermement des moratoires. On ne peut plus gérer cette crise par la politique du fait accompli dictée par la Maison-Blanche.
Ce nouveau drame met à nu la vulnérabilité absolue d’une nation dont le destin dépend des calculs de magistrats ultra-conservateurs étrangers. L’histoire se répète : l’oncle Sam utilise la force de travail haïtienne quand il en a besoin, puis la rejette comme un déchet jetable lorsque le vent politique tourne.
Face à ce mépris souverain, cet énième affront doit être l’électrochoc national. Il est temps de rebâtir notre souveraineté, de stabiliser notre pays et d’offrir à nos enfants un avenir chez eux, loin du racisme systémique et du cynisme de la géopolitique américaine.
Par Jod Fednel Honorat
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