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HAÏTI : COMBIEN DE TEMPS ALLONS-NOUS ENCORE RECYCLER NOS PROPRES BOURREAUX ?

HAÏTI : COMBIEN DE TEMPS ALLONS-NOUS ENCORE RECYCLER NOS PROPRES BOURREAUX ?

Il y a une vérité que nous refusons trop souvent de regarder en face :

ce sont les citoyens qui construisent un pays, mais ce sont aussi les citoyens qui peuvent contribuer à perpétuer le système qui le détruit.

Regardez Haïti.

Regardez ce que nous sommes devenus.

Un pays où l’État s’affaiblit, où les institutions se décomposent, où l’insalubrité devient presque normale, où la corruption s’installe dans les habitudes et où une partie de notre jeunesse ne sait même plus à quel avenir se raccrocher.

Et pourtant, à chaque nouveau cycle politique, nous recommençons.

Les mêmes visages.
Les mêmes méthodes.
Les mêmes alliances.
Les mêmes promesses.
Et souvent, les mêmes résultats.

Combien de fois allons-nous recommencer avant de comprendre ?

Pendant des années, certains politiciens ont utilisé la jeunesse comme une réserve de combattants politiques.

Au lieu de mettre des livres entre les mains de nos jeunes, on a parfois préféré leur mettre des armes.

Au lieu de leur ouvrir des écoles, des entreprises, des ateliers et des universités, on leur a ouvert les portes de la violence.

On les utilise.

On les arme.

On exploite leur colère et leur misère.

Puis, lorsque ces jeunes deviennent incontrôlables ou inutiles politiquement, on demande à la police de régler le problème.

Quelle hypocrisie collective !

Nous devons avoir le courage de poser la question :

Qui a fabriqué cette catastrophe ?

Et surtout :

qui continue à l’entretenir ?

Car voilà que les élections approchent et que nous recommençons déjà à voir certains acteurs du passé reprendre leur place.

On organise des réunions avec eux.

On forme des comités.

On négocie des postes.

On cherche des alliances.

On recommence à crier « Vive ! ».

Mais vive quoi ?

Vive le retour au même système ?
Vive les mêmes pratiques ?
Vive encore vingt années perdues ?

Et nous, citoyens, où est notre responsabilité ?

Nous dénonçons la corruption, mais combien d’entre nous exigent réellement des comptes sur l’enrichissement de ceux qui ont administré l’État ?

Lorsqu’un responsable public a vécu pendant des années d’un salaire connu, la société a parfaitement le droit de demander comment s’est constitué son patrimoine.

Ce n’est pas de la haine.

C’est de la reddition de comptes.

Nous devons apprendre à poser des questions simples :

Qu’avez-vous fait lorsque vous étiez au pouvoir ?

Quel était votre salaire ?

Quel est aujourd’hui votre patrimoine ?

Qu’avez-vous construit pour la population ?

Pourquoi devrions-nous encore vous confier l’État ?

Voilà les questions d’un peuple qui veut devenir adulte politiquement.

Mais nous devons également regarder notre propre comportement.

Parce qu’on ne peut pas acheter un peuple qui refuse de se vendre.

Pour mille gourdes, pour une faveur, pour un sac de nourriture, pour une promesse d’emploi ou pour un petit poste dans un ministère, allons-nous encore vendre vingt années de l’avenir de nos enfants ?

Réfléchissons.

Votre enfant ne devrait pas avoir besoin de connaître un ministre pour travailler.

Votre fille ne devrait pas avoir besoin d’un député pour obtenir une chance.

Votre fils ne devrait pas avoir besoin de devenir militant d’un politicien pour espérer gagner sa vie.

Voilà précisément ce que doit produire un véritable État : des citoyens libres, pas des dépendants politiques.

Nous avons transformé trop souvent la politique en agence de placement.

« Donne-moi un poste. »

« Place mon enfant. »

« Trouve quelque chose pour mon frère. »

Et pendant que chacun cherche sa petite faveur, personne ne construit suffisamment le système qui permettrait à des millions de personnes de travailler dignement.

C’est cela qu’il faut briser.

Pas les vitrines.

Pas les écoles.

Pas les bâtiments publics.

Le système.

La révolution dont Haïti a besoin n’est pas une révolution de destruction.

C’est une révolution de conscience.

Une révolution du bulletin de vote.

Une révolution de la compétence.

Une révolution de la responsabilité.

Une révolution qui nous ferait enfin passer de :

« Qui est ton candidat ? »

à :

« Quel est son programme ? »

Combien cela coûtera-t-il ?

Comment le financera-t-il ?

Quelle équipe possède-t-il ?

Quel est son bilan ?

Que propose-t-il pour la sécurité ?

Pour l’éducation ?

Pour l’agriculture ?

Pour la justice ?

Pour l’emploi ?

Pour la production nationale ?

Pour la jeunesse ?

Un nom n’est pas un programme.
Un slogan n’est pas un programme.
Une foule n’est pas un programme.
Un beau discours n’est pas un programme.

Et détruire son adversaire n’est certainement pas un programme.

Nous passons trop de temps à dire :

« Celui-là est incapable. »

« Celui-ci est corrompu. »

« Celui-là ne doit jamais gouverner. »

Très bien.

Mais vous, que proposez-vous ?

Montrez-nous votre projet.

Montrez-nous vos chiffres.

Montrez-nous votre équipe.

Montrez-nous comment vous allez transformer la vie réelle de la population.

Et les médias doivent eux aussi entendre cette interpellation.

Arrêtez de transformer l’espace public en machine à recycler éternellement les mêmes personnages.

Une démocratie a besoin de contradiction, mais elle a également besoin de renouvellement.

Il existe des jeunes compétents.

Des universitaires.

Des entrepreneurs.

Des agronomes.

Des économistes.

Des enseignants.

Des ingénieurs.

Des femmes et des hommes qui travaillent silencieusement et qui pourraient contribuer à reconstruire ce pays.

Donnez-leur aussi le micro.

Parce qu’à force de donner toute la lumière aux mêmes acteurs, nous finissons par convaincre la population qu’il n’existe personne d’autre.

Et c’est faux.

Alors aujourd’hui, je ne m’adresse pas seulement aux politiciens.

Je m’adresse au peuple haïtien.

À nous tous.

Que voulons-nous laisser derrière nous ?

Encore vingt années de chaos ?

Encore une génération sacrifiée ?

Encore des enfants obligés de quitter leur pays pour pouvoir rêver ?

Encore des jeunes transformés en soldats de politiciens qui mettront ensuite leurs propres enfants à l’abri ?

Cela suffit.

Si nous voulons une autre Haïti, nous devons commencer par devenir une autre société.

Une société qui ne vend plus son vote.

Une société qui exige des comptes.

Une société qui refuse le clientélisme.

Une société qui protège sa jeunesse.

Une société qui récompense la compétence.

Une société qui choisit des programmes plutôt que des idoles politiques.

Nous voulons que le monde respecte Haïti ?

Commençons par respecter Haïti nous-mêmes.

Respecter Haïti, c’est refuser de vendre son avenir.

Respecter Haïti, c’est protéger ses institutions.

Respecter Haïti, c’est demander des comptes à ceux qui administrent l’argent public.

Respecter Haïti, c’est refuser d’envoyer nos enfants mourir pour les ambitions politiques des autres.

Et surtout, respecter Haïti, c’est avoir enfin le courage de dire :

NON.

Non au recyclage permanent de l’échec.

Non à la politique du ventre.

Non à la vente de notre conscience.

Non à l’instrumentalisation de la jeunesse.

Non aux mêmes pratiques sous de nouveaux slogans.

Parce qu’un peuple qui reproduit éternellement les causes de son malheur ne peut pas espérer obtenir miraculeusement un résultat différent.

**Haïti ne manque pas seulement de dirigeants.

Haïti manque d’une rupture collective avec les comportements qui entretiennent son effondrement.**

Le véritable changement commencera le jour où notre conscience ne sera plus à vendre.

Le jour où notre vote ne sera plus à vendre.

Le jour où nos enfants ne seront plus à vendre.

Le jour où notre République ne sera plus à vendre.

CE JOUR-LÀ, HAÏTI COMMENCERA ENFIN À SE REMETTRE DEBOUT.

Nyrvah Florens Bruno
Analyste politique I Écrivaine
Femme engagée pour une Haïti debout

About Harrys Michel

Harrys Michel
À propos de : Michel Hary Espoir - Formation : Licencié en Communication sociale - Profession : Professeur de Communication sociale, Journaliste, Animateur culturel, Analyste - Responsabilités : PDG du magazine Le Tout au Pluriel - Domaines d'expertise : Politique, Kabbalistes, Travail social - Contact : - Email : [email protected] - Téléphone : +509 48 43 81 36 / +509 55 48 92 39