63 ans : quand les chiffres dansent au rythme de Tropic
15 août 1963 – 15 août 2026. Même jour, même mois, mais surtout 63 années d’une aventure musicale exceptionnelle. En cette année 2026, l’Orchestre Tropicana d’Haïti, la légendaire Fusée d’Or Internationale, affectuesement Tropic, célèbre son 63e anniversaire. Et derrière ce chiffre se cache une histoire riche, faite de passion, de persévérance, de créativité et d’attachement indéfectible à la musique haïtienne.
Tout commence pourtant quelques mois avant la date officielle de fondation.
*Mars 1963 : les premiers jalons*
C’est en mars 1963, dans le sillage de l’Orchestre Caraïbes, qu’une réunion de musiciens et de passionnés au Yanvalou Night Club, au Cap-Haïtien, allait ouvrir une nouvelle page de l’histoire musicale de la métropole du Nord. Bazile Cobty, Jeanny Durand, Louis Antoine, Emmanuel Hector, Wilson Fleurantin, Gérard Michel et Croignard Bony, entre autres, participèrent à cette démarche qui devait conduire à la naissance d’une nouvelle formation appelée à marquer durablement la musique haïtienne.
Le 24 mars 1963, soit au lendemain de cette réunion, l’orchestre nouvellement constitué tint sa première répétition. Celle-ci eut lieu à Petite-Anse, 3e section communale du Cap-Haïtien abritant le quartier du même nom, sous la direction de son premier maestro, Charlemagne Pierre-Noël.
Autour de lui se retrouvèrent notamment Jean-Baptiste Casimir, affectueusement appelé Jimmy, Michel Gilles, Carlet Victor, Jean-Claude Joseph, Croignard Bony, Rodolphe Ferère, dit Ti Doph, et Michel Fleurantin.
Cette première répétition constitue ainsi l’un des actes fondateurs de l’aventure Tropicana. La première œuvre de cette nouvelle formation porta d’ailleurs le nom de « Tropicana ».
Quelques mois plus tard, le 15 août 1963 allait être officiellement retenu comme la date de fondation de l’Orchestre Tropicana d’Haïti.
*Une fusée qui devait trouver sa trajectoire*
A ses débuts, Tropic devait évoluer au Cap-Haïtien dans un environnement musical déjà fortement marqué par la présence de l’Orchestre Septentrional, son aînée de quinze ans.
Cette nouvelle formation dut donc se frayer son propre chemin, conquérir son public et construire progressivement une identité qui lui serait propre. Au fil des années, la Fusée d’Or Internationale allait toutefois réussir à s’imposer comme l’une des grandes références de la musique haïtienne.
Issue majoritairement de l’Orchestre Caraïbes, cette nouvelle formation est ainsi devenue une institution musicale à part entière, avec une personnalité, un langage et une histoire qui lui appartiennent.
*Des maestros au service d’une même légende*
En 63 années d’existence, la Fusée d’Or Internationale a connu plusieurs chefs d’orchestre et de directeur musical, certains ayant assumé cette responsabilité à plusieurs reprises.
Parmi les noms qui jalonnent cette histoire figurent Charlemagne Pierre-Noël, Rolin Abutnott, Emmanuel Turenne, Cinna Octavius Charles, Louis Jean Lubin, Raynold Noël, Lérida Jersey Pierre, dit Lesca, Claudy Jean-Baptiste, Parisien Philomé Fils-Aimé et Jean-Claude Joseph.
Cette succession de maestros témoigne d’une réalité essentielle : Tropicana n’est pas l’œuvre d’un seul homme. L’orchestre s’est construit au fil des générations, grâce à la contribution de plusieurs dirigeants, musiciens, arrangeurs, compositeurs et chanteurs.
Une mention particulière revient toutefois au maestro Cinna Octavius Charles, dit Ti Blanc, dont le long passage en sa qualité de chef d’orchestre a marqué durablement l’histoire récente de l’orchestre. Les archives et les témoignages consacrés à Tropic le présentent encore aujourd’hui comme l’une des figures majeures de sa trajectoire.
*Plus de 500 morceaux : une mémoire musicale*
Au cours de ses 63 années d’existence, Tropicana s’est constitué un répertoire impressionnant de plus de 500 morceaux, auxquels s’ajoutent de nombreuses interprétations couvrant différents styles et abordant des thématiques aussi diverses que pertinentes.
Si l’on rapporte ce volume aux 63 années d’existence de l’orchestre, on obtient une moyenne de près de huit morceaux par année. Un chiffre qui traduit, à lui seul, l’extraordinaire fécondité artistique de la Fusée d’Or.
Derrière cette production se trouve une formidable et solide cohorte de compositeurs qui ont travaillé sans relâche à enrichir le patrimoine musical de Tropic.
Parmi eux, il faut citer notamment Daniel Larivière, Charlemagne Pierre-Noël, Emmanuel Turenne, Cinna Octavius Charles (Ti Blan), Louis Jean Lubin, Parisien Philomé Fils-Aimé (Ti Pa), Raphaël Telsaint, Pierre Féquière Joseph (Giordany Joseph), Jacques Gérard Michel, Gérard Jean Baptiste (Ti Jera), Jean Claude Jacques (Patchou), Harry Jean François, Pélotat Pierre, Hervé Casséus, Luc Doralus, Herlex André (Doktè Doy), Yves Mary Pierre, Frandly Julien (Ti Anfan), Croignard Bony, Raymondson Jean Louis, Variété Fleuristil, Smith Vixamar, Johnny Joseph Stiven, Josh Layborn, Marc Anglada Jasmin (Gardy Jasmin) et bien d’autres.
Mais un nom occupe une place toute particulière dans cette histoire : celui de feu Daniel Larivière.
*Daniel Larivière, une plume majeure de Tropic*
Daniel Larivière fut l’un des compositeurs les plus prolifiques et les plus marquants de l’histoire de Tropic. Les sources disponibles lui attribuent tantôt 104 compositions selon son point de vue, tantôt 106 du point de vue de Tropic, dont plusieurs sont devenues des classiques du répertoire de l’orchestre. De plus qu’elles sont intemporelles, elles témoignent de l’empreinte profonde qu’il a laissée dans l’histoire de la Fusée d’Or.
Daniel Larivière appartient désormais à la mémoire. Mais ses mélodies, elles, continuent de vivre et faire danser de génération en génération.
*63 ans : bien plus qu’un chiffre*
Soixante-trois ans, ce n’est finalement pas qu’un anniversaire.
C’est 63 années de musique.
63 années de répétitions et de concerts.
63 années de création.
63 années de transmission entre générations.
63 années durant lesquelles des musiciens ont quitté la scène, d’autres l’ont rejointe, tandis que le nom de Tropic continuait de résonner dans les foyers haïtiens et auprès de la diaspora.
C’est aussi 63 années durant lesquelles l’orchestre a accompagné les joies, les peines, les amours, les fêtes et les grands moments de la vie de plusieurs générations d’Haïtiens.
Du Cap-Haïtien aux différentes régions du pays, et bien au-delà de nos frontières, Tropic a progressivement transformé son histoire en patrimoine.
*Et la fusée continue son vol*
Le 15 août 2026, lorsqu’on parlera des 63 ans de Tropic, on ne célébrera donc pas simplement une date inscrite sur un calendrier.
On célébrera une institution.
On célébrera des hommes et des femmes qui, depuis 1963, ont consacré une partie de leur existence à faire vivre cette musique.
On célébrera les fondateurs, les maestros, les compositeurs, les arrangeurs, les chanteurs, les instrumentistes, les techniciens, les dirigeants et tous ceux qui ont contribué, de près ou de loin, à faire de la Fusée d’Or Internationale ce qu’elle est devenue aujourd’hui : un phare.
Mais on célébrera surtout le public de Tropic, cette immense famille de mélomanes qui, génération après génération, n’a jamais cessé de lui témoigner son affection.
15 août 1963 – 15 août 2026 : 63 ans exactement.
Une véritable symétrie chronologique.
Et lorsque les chiffres dansent au rythme de Tropic, ils racontent une histoire qui dépasse largement celle d’un orchestre.
Ils racontent une partie de l’histoire culturelle et musicale d’Haïti.
Bravo Tropic !
Tu as toujours fait la différence, et cela en tout.
Bon 63e anniversaire à la Fusée d’Or Internationale !
Que la musique continue, que la cadence demeure et que la légende se poursuive.
63 ans déjà… et Tropic continue de faire danser les chiffres, les cœurs et les générations.
Tropiquement vôtre
Professeur Arold Samson
Lathan, Croix-des-Bouquets, le 14 août 2026
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