HAÏTI : LE DROIT DE VIVRE FRAGILISÉ PAR L’AGONIE DU SYSTÈME DE SANTÉ
La faiblesse structurelle du système de santé, aggravée par une crise sécuritaire et humanitaire, constitue une violation systémique du droit le plus fondamental.
Les chiffres révèlent une hécatombe silencieuse.
Un système de santé en péril
Dans la capitale, près de 65 % des hôpitaux sont fermés ou partiellement fonctionnels.
À l’échelle nationale, seuls 26 % des établissements de santé disposant de services d’hospitalisation sont entièrement fonctionnels : 49 % fonctionnent partiellement, 21 % sont dysfonctionnels et 4 % sont détruits.
Début 2025, seuls 37 % des établissements sanitaires de Port-au-Prince étaient pleinement opérationnels. Plus de 60 %, y compris l’Hôpital général, sont fermés ou non fonctionnels.
Les conséquences de cette violence sont terribles et meurtrières : selon les données consolidées de l’ONU, plus de 8 000 personnes ont été tuées en 2025 et près de 1,5 million ont été déplacées.
L’Hôpital universitaire La Paix a traité 6 365 cas de traumatismes entre janvier et octobre 2025, principalement des blessures par balle.
Des centres de santé emblématiques incendiés
L’attaque contre les centres GHESKIO du
Dr Jean William Pape et l’incendie de l’Hôpital Bernard Mevs illustrent cette tragédie.
Les centres GHESKIO, fondés en 1982 par le Dr Pape, fournissent des soins gratuits à des centaines de milliers de personnes. Ils ont courageusement continué à servir, malgré des conditions d’insécurité extrêmes : 70 % du personnel a fui le pays et 63 % a été déplacé de son domicile.
Le Dr Douglas Pape, fils du Dr Jean William Pape, a été kidnappé le 28 novembre 2023. En dépit de trois rançons payées par sa famille, il est resté retenu en otage pendant des mois. Plus de 20 membres du personnel des centres GHESKIO ont été enlevés ces dernières années.
L’Hôpital Bernard Mevs, principale structure de traumatologie de la capitale, a été attaqué et incendié le 17 décembre 2024.
La maternité : un droit fondamental négligé
Entre février 2022 et avril 2025, la proportion de décès maternels en milieu hospitalier est passée de 250 à 350 pour 100 000 naissances vivantes.
Actuellement, près de 60 % des accouchements dans la zone de Port-au-Prince ont lieu sans assistance médicale, ce qui augmente drastiquement les risques d’hémorragie, d’infection et d’hypertension.
Le traitement du cancer inaccessible
Haïti enregistre chaque année près de 13 000 nouveaux cas de cancer et plus de 9 000 décès.
La radiothérapie est quasi inexistante sur le territoire. La curiethérapie (brachythérapie) n’y est pas non plus disponible.
Le coût d’une radiothérapie à l’étranger, estimé à environ 10 000 USD, reste inaccessible pour la grande majorité de la population.
L’exode des soignants : une fuite en avant
Ce système à l’agonie perd également ceux qui le font tenir. Les gangs criminels ont assassiné et enlevé des médecins, des infirmières et des travailleurs de la santé ; d’autres ont été contraints de fuir, craignant pour leur vie.
La responsabilité des autorités de l’État : une obligation non assumée
Selon la Constitution de 1987 amendée, « l’État a l’impérieuse obligation de garantir le droit à la vie, à la santé et au respect de la personne humaine ».
Cette obligation est aujourd’hui bafouée.
Le gouvernement se montre incapable ou peu disposé à remplir sa mission.
Il est impératif de :
1. Rétablir l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire ;
2. Protéger les infrastructures de santé ;
3. Allouer une part raisonnable du budget national au financement des services de santé ;
4. Créer un véritable service national de renseignement ;
5. Renforcer la PNH et les FAD’H.
Rétablir la sécurité publique est la première condition pour garantir le droit de vivre, y compris le droit à la santé.
Paske, lasante se lavi.
Écrit par :
Evans PAUL
ABC : ATIZAN BON CHANJMAN
Delmas, Haïti
Vendredi 11 septembre 2026
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