L’Individu et le Mythe de la Communication : Le Grand Paradoxe Sociétal
Par Harry Espoir Michel Encien
Professeur de Communication à l’Institut Professionnel de Port-de-Paix (IPP)
« L’individu et le mythe de la communication. C’est à dessein qu’on a conservé à ce titre son ambiguïté, puisque le génitif peut se rapporter soit aux deux sujets à la fois, soit au deuxième seulement. Et si les deux lectures étaient conjonctives plutôt que disjonctives ! »
À l’ère des réseaux globaux, de l’information en continu et de la connectivité permanente, cette formule résonne comme un diagnostic lucide de notre époque. En interrogeant le lien entre l’individu et ce « mythe », la question cruciale pour nos sociétés contemporaines se pose : la communication est-elle un outil d’émancipation de l’individu, ou le piège dans lequel notre société s’est elle-même enfermée ?
L’invitation à une lecture « conjonctive » nous pousse à refuser le choix binaire. L’individu moderne et la communication triomphante participent ensemble au même grand récit mythologique.
L’aliénation par le vide : quand le message s’efface devant le canal
Une lecture disjonctive isolerait d’un côté la mécanique de la communication et de l’autre le citoyen. La sociologie contemporaine nous montre pourtant qu’ils sont indissociables :
* **Le fétichisme de la connexion :** Notre société a érigé la communication en valeur suprême. Communiquer n’est plus un moyen de transmettre une pensée complexe, mais une fin en soi. C’est le triomphe du « flux » sur le fond, où l’injonction à s’exprimer remplace parfois la nécessité de réfléchir.
L’individu mis en scène :Pour exister socialement, l’individu est sommé de se transformer en son propre média. À travers les profils numériques et les tribunes publiques, le citoyen devient le produit et le propagateur de ce mythe.
Fonds National de l’Éducation
La lecture conjonctive : l’illusion du lien et la solitude de masse
L’approche conjonctive révèle le grand paradoxe de notre siècle : nous n’avons jamais eu autant d’outils pour communiquer, et nous ne nous sommes jamais aussi peu compris.
En croyant que la prolifération des messages équivaut à du lien social, la société a confondu la connexion et la relation. L’individu nourrit le mythe en se croyant relié au monde entier, tandis que
le mythe de la communication dissout les espaces de débat véritable au profit de bulles de filtres et de monologues croisés. L’individu et la communication s’auto-entretiennent dans une illusion de transparence qui cache, en réalité, une profonde solitude collective.
Diagnostic sociétal : retrouver le sens du commun
Pour dépasser ce mythe et reconstruire un espace public sain, notre société doit opérer une triple prise de conscience :
Réhabiliter l’altérité et l’écoute :
La communication mythifiée cherche le consensus immédiat ou le choc des égos. La véritable communication sociétale accepte la distance, le temps long et la confrontation féconde des idées.
Valoriser le silence et la déconnexion : Face à l’infobésité, le droit de ne pas communiquer et le temps de l’assimilation doivent redevenir des piliers de la vie citoyenne.
Redonner du poids aux mots : Refuser le langage technique standardisé qui vide les débats de leur substance politique, académique et humaine.
En acceptant l’ambiguïté inhérente à la condition humaine, ce texte nous rappelle que la société ne se construit pas par l’accumulation de signaux techniques, mais par le partage de significations vécues. Briser le mythe de la communication, ce n’est pas cesser de parler, c’est recommencer à se parler véritablement.
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