1er Janvier 1804 : Le Cri Éternel de Liberté de Jean-Jacques Dessalines
Par Harry Espoir Michel
Journaliste, Directeur de Le Tout au Pluriel Magazine – « Nous sommes Vos yeux et vos oreilles »
GONAÏVES – Le 1er janvier 1804, Haïti
brisait définitivement les chaînes de l’esclavage pour devenir la première République noire libre du monde. Au lendemain d’une guerre de libération sans merci, le gouverneur général Jean-Jacques Dessalines prononçait un discours fondateur d’une puissance historique rare. Plus qu’une proclamation, ce texte est un manifeste de souveraineté absolue et un pacte de sang pour les générations futures.
Le grand défi de l’après-victoire : préserver la liberté
Pour Jean-Jacques Dessalines, la fin des combats ne marquait pas la fin du processus révolutionnaire. Bien au contraire, le plus dur restait à faire. Face
à une foule encore marquée par les traumatismes de la guerre, le père de la patrie a immédiatement cadré l’enjeu majeur de la jeune nation : « Ce qui reste
à faire, et qui est le plus important, c’est de nous assurer que nous resterons libres
à jamais. »
Le leader de la Révolution a exhorté ses concitoyens à ne pas tomber dans l’autosatisfaction. Conscient de la rancœur de l’ancienne puissance coloniale française, il prévenait qu’un retour de l’ennemi se traduirait par une cruauté encore plus féroce et impitoyable.
Un devoir de mémoire sans concession
Le discours des Gonaïves est aussi une confrontation douloureuse avec le passé. Dessalines invite le peuple à regarder les stigmates de la barbarie qui recouvrent encore le pays : familles décimées, terres volées, enfants massacrés. Face à ce bilan, le pardon est impossible.
Porté par une intransigeance absolue, le général en chef pose un ultimatum existentiel à ses troupes et à ses concitoyens : choisir la mort plutôt que le retour à la soumission.
« Si l’un de nous sent qu’il peut vivre sous les ordres des Français, qu’il meure maintenant ! »
C’est de cette formule radicale qu’est né
le serment national : An n sèmante pou n mouri pito pase pou n viv anba dominasyon franse !
Extirper la mémoire de l’oppresseur
Pour garantir l’intégrité de la nouvelle patrie, Dessalines prône une rupture totale, non seulement physique, mais aussi mémorielle. Il ne suffit pas de chasser les colons ; il faut détruire tout ce qui rappelle leur présence, jusqu’à transformer le nom même de « Français » en une malédiction nationale.
S’adressant directement à ses généraux et aux chefs militaires, le fondateur de la nation engage leur responsabilité mystique et historique. Quiconque laissera un ancien maître fouler à nouveau le sol national trahira son sang et sera effacé de l’histoire.
Un serment universel : Liberté ou la Mort !
C’est devant la communauté internationale et « devant l’univers entier » que ce pacte sacré a été scellé. En renonçant à la France pour toujours, les pères fondateurs d’Haïti ont redéfini la dignité humaine et le droit des peuples
à disposer d’eux-mêmes.
Plus de deux siècles plus tard, les mots de Jean-Jacques Dessalines résonnent encore avec une force contemporaine. Ils nous rappellent que la liberté n’est jamais un acquis définitif, mais un trésor qui se protège, se cultive et se défend chaque jour.
Aujourd’hui, Le Tout au Pluriel Magazine se fait l’écho de cette mémoire vivante. Parce que pour guider nos yeux et nos oreilles vers l’avenir, il est essentiel de ne jamais oublier d’où nous venons.
Liberté ou la Mort !
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