Haïti-Justice :
Impunité ou vice de forme ? L’affaire Joseph Lambert et le grand malaise de
la justice haïtienne
Écrit par Victor Joseph
Port au Prince Haiti pour Le tout au pluriel magazine
Le verdict est tombé comme un couperet sur les espoirs de moralisation de la vie publique : l’ancien président du Sénat, Joseph Lambert, a été blanchi par la Cour d’appel dans l’affaire des biens publics. En échappant définitivement au renvoi en correctionnelle, l’ex-baron du Sud-Est illustre, jusqu’à la caricature, les failles structurelles d’un appareil judiciaire à bout de souffle.
Pour les observateurs de la scène politique et judiciaire haïtienne, ce non-lieu n’est pas qu’une simple décision technique : il symbolise la porosité abyssale des poursuites engagées contre les hauts dignitaires de l’État. Alors que le dossier de corruption, initialement instruit sous l’impulsion de l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC), promettait un signal fort, les magistrats ont balayé l’ordonnance de renvoi en invoquant des vices de forme et des insuffisances procédurales.
Une justice à deux vitesses au cœur de l’effondrement étatique
Le scandale réside également dans l’asymétrie flagrante du traitement de ce dossier. Tandis que l’ancien président du grand Corps s’en tire indemne, d’autres co-inculpés, dépourvus du même poids politique, devront quant à eux répondre de leurs actes devant la justice. Cette politique du deux poids, deux mesures ne fait que creuser le fossé de méfiance entre les citoyens et les institutions républicaines.
Ce dénouement remet en perspective le profil lourdement contesté de Joseph Lambert, déjà placé sous le coup de sanctions internationales pour corruption significative. En dépit de la gravité des soupçons et du ras-le-bol généralisé de la population face aux détournements de fonds publics, la machine judiciaire nationale semble systématiquement s’enrayer dès qu’il s’agit de toucher aux intouchables.
Le constat amer de l’impunité institutionnalisée
Plus largement, cette affaire met à nu l’impuissance des organes de contrôle face aux réseaux d’influence politiques. En se fracassant sur l’autel du formalisme juridique, la lutte anticorruption en Haïti révèle ses propres limites. Elle démontre que tant que les enquêtes souffriront de légèreté technique ou de pressions de couloir, le protocole de l’impunité restera la norme et le redressement de l’État de droit, une lointaine illusion.
Écrit par Victor Joseph
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