Dessalines, 220 ans après : Alix Didier Fils-Aimé face au tribunal de l’histoire, entre sécurité et élections
Par Jod Fednel Honorat
PORT-AU-PRINCE, 17 octobre 2026. — Deux cent vingt ans après l’assassinat de Jean-Jacques Dessalines, Haïti se retrouve face à un paradoxe historique : une nation née d’une révolution victorieuse, mais toujours en quête d’un État capable de protéger son territoire, de garantir la sécurité de ses citoyens et de donner une véritable portée à la souveraineté populaire.
Au Palais national, ce samedi 17 octobre, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a placé la sécurité et l’organisation des élections au sommet des priorités de son gouvernement. À l’occasion de cette cérémonie commémorative, il a appelé à l’unité nationale et au rétablissement de l’autorité de l’État.
Un discours aux accents patriotiques, mais prononcé dans un contexte où l’urgence dépasse largement le poids des symboles.
Dessalines, une mémoire qui interpelle le pouvoir
La commémoration du 17 octobre ne constitue pas seulement un rendez-vous avec le passé. Elle renvoie les dirigeants actuels à leurs responsabilités devant une population éprouvée par l’insécurité, l’instabilité politique et l’affaiblissement des institutions.
Dessalines a marqué l’histoire en contribuant à faire d’Haïti la première République noire indépendante. Deux siècles plus tard, la question n’est plus seulement de célébrer cette conquête historique, mais de savoir ce qu’il reste de ses promesses dans la vie quotidienne des Haïtiens.
La souveraineté peut-elle véritablement s’exercer lorsque l’État peine à assurer la sécurité ? L’unité nationale peut-elle se construire sans confiance dans les institutions ? Et quelle crédibilité accorder à un processus électoral si les conditions indispensables à son déroulement ne sont pas réunies ?
La sécurité avant les urnes, les actes avant les discours
En faisant de la sécurité et des élections deux axes majeurs de son action, Alix Didier Fils-Aimé place son gouvernement devant une responsabilité déterminante. La tenue d’élections crédibles représente un enjeu démocratique essentiel, mais elle ne saurait être dissociée du rétablissement de conditions sécuritaires acceptables.
Le défi est donc double : reprendre le contrôle de la situation sécuritaire et créer les conditions permettant aux citoyens de choisir librement leurs représentants. Entre ces deux exigences, le gouvernement sera jugé moins sur ses déclarations que sur sa capacité à produire des résultats.
L’appel à l’unité nationale ne peut, à lui seul, remplacer une politique de sécurité efficace. Pas plus que l’annonce d’élections ne suffit à rassurer une population qui attend des garanties concrètes.
Le 17 octobre, l’histoire rend son verdict symbolique. La politique, elle, attend encore ses résultats.
Deux cent vingt ans après la disparition tragique de Dessalines, le pouvoir haïtien est confronté à une interrogation incontournable : comment honorer l’héritage du père fondateur sans parvenir à garantir les conditions élémentaires de la stabilité nationale ?
Pour Alix Didier Fils-Aimé, l’enjeu dépasse la commémoration. Il touche à la crédibilité de l’État, à la confiance citoyenne et à l’avenir démocratique du pays.
Car, en définitive, la meilleure manière d’honorer Dessalines ne consiste pas uniquement à prononcer son nom devant les monuments et les institutions. Elle consiste à faire vivre, dans les actes, les idéaux de souveraineté, de dignité et de liberté qui ont fondé la nation haïtienne.
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