Aux Cayes, la PNH forme ses agents pour mieux écouter les survivantes de violences sexuelles

Aux Cayes, la PNH forme ses agents pour mieux écouter les survivantes de violences sexuelles

Par Smith PRINVIL

Dans une salle sobre mais attentive d’un centre de formation aux Cayes, une voix tremble légèrement. Celle d’une jeune policière venue de Miragoâne. « Ce n’est pas la première fois que j’entends le récit d’un viol, dit-elle. Mais c’est la première fois qu’on m’apprend comment écouter vraiment. Comment ne pas juger. Comment aider. »

Pendant trois jours, du 19 au 21 mai 2025, trente agents de la Police nationale d’Haïti (PNH) – dont 21 femmes – ont pris part à une session de formation intensive consacrée à la lutte contre les violences sexuelles. Une première pour plusieurs d’entre eux. Une nécessité pour tous.

Les participants, venus du Grand Sud et de la région Ouest, ont été formés à des techniques d’enquête sensibles et à l’accueil des survivant(e)s de violences sexuelles. Encadrée par des spécialistes en genre et en droits humains, cette session entre dans le cadre du soutien technique du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) à la PNH.

Dans une société où la violence sexuelle reste entourée de silence, de tabou et souvent d’impunité, cette formation revêt une importance particulière. « Chaque témoignage est un appel à la justice. Mais pour que justice soit rendue, encore faut-il que les portes soient ouvertes, que les victimes soient crues, respectées, protégées », explique un formateur, ancien enquêteur spécialisé dans les violences faites aux femmes.

Parmi les stagiaires, plusieurs femmes policières témoignent de leur volonté de faire la différence. « Nou bezwen plis fanm sa yo nan sistèm nan. Se pa sèlman pou arete moun, men pou chanje fason nou wè viktim yo », dit une inspectrice affectée à Jacmel. Elle insiste sur le rôle des femmes policières comme pont de confiance avec les survivantes.

L’atelier a couvert des thèmes cruciaux : la confidentialité des déclarations, la collecte des preuves dans le respect de la dignité des victimes, la coordination avec les services sociaux et de santé, ainsi que la gestion du traumatisme.

Pourtant, sur le terrain, les défis sont nombreux : manque de ressources, de personnel spécialisé, d’abris sécurisés pour les victimes. Mais les organisateurs espèrent que ces formations, en cascade, créeront une dynamique durable. « Former 30 agents, ce n’est pas encore suffisant, mais c’est déjà beaucoup quand ils repartent avec un engagement et des outils concrets », affirme une représentante du BINUH.

Dans un pays où la violence armée accapare souvent les gros titres, ce programme rappelle que la sécurité passe aussi par la reconnaissance et la prise en charge des violences invisibles. Et que dans ce combat, chaque oreille attentive, chaque geste de respect, chaque procédure bien menée peut faire la différence.

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Harrys Michel
À propos de : Michel Hary Espoir - Formation : Licencié en Communication sociale - Profession : Professeur de Communication sociale, Journaliste, Animateur culturel, Analyste - Responsabilités : PDG du magazine Le Tout au Pluriel - Domaines d'expertise : Politique, Kabbalistes, Travail social - Contact : - Email : [email protected] - Téléphone : +509 48 43 81 36 / +509 55 48 92 39
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