Charlot Jacquelin, 40 ans de silence : le cri d’alarme d’une fondation face au naufrage haïtien

Charlot Jacquelin, 40 ans de silence :
le cri d’alarme d’une fondation face au naufrage haïtien

PORT-AU-PRINCE, Haïti — Quatre décennies se sont écoulées, mais la blessure reste béante et la quête de justice plus urgente que jamais. À l’occasion du quarantième anniversaire de la disparition forcée de Charlot Jacquelin, la fondation qui porte son nom brise le silence pour lancer un appel solennel à la conscience collective. Face à la crise multidimensionnelle qui paralyse le pays, l’organisation plaide pour un véritable sursaut national afin d’enrayer le cycle infernal de l’impunité et de la désagrégation sociale.

Un devoir de mémoire face à l’oubli historique

Le 19 septembre 1986, sous le gouvernement de transition du général Henri Namphy, Charlot Jacquelin, alors jeune instituteur et moniteur engagé dans le programme national d’alphabétisation populaire Misyon Alfa, était arrêté à son domicile de Cité Soleil par des militaires. Conduit au commissariat local, il n’est plus jamais réapparu.

Devenu l’un des symboles les plus poignants des dérives post-dictatoriales
et de la répression des mouvements démocratiques en Haïti, son cas avait suscité d’immenses vagues de manifestations et interpellé la Commission interaméricaine des droits
de l’homme (CIDH).

Quarante ans plus tard, commémorer ce douloureux anniversaire ne relève pas d’un simple rituel mémoriel passif. Pour la Fondation Charlot Jacquelin, il s’agit d’une tribune essentielle pour dresser un parallèle lucide, mais alarmant, avec les réalités contemporaines du pays.

Contre la banalisation de l’horreur quotidienne

La fondation exprime sa profonde inquiétude face à ce qu’elle qualifie de « banalisation de la violence ». Évoquant la terreur imposée par les groupes armés, les déplacements forcés, ainsi que les enlèvements répétés de citoyens et d’écoliers, l’organisation s’alarme d’une forme d’accoutumance collective au pire.

La direction de la fondation déplore la vitesse avec laquelle la société consomme l’horreur quotidienne avant de basculer dans l’indifférence. Cette passivité apparente, prévient-elle, menace de détruire les derniers remparts éthiques et moraux de la communauté nationale. Sans une prise de conscience immédiate et une remobilisation des forces vives — qu’elles soient civiles, politiques ou institutionnelles —, le pays risque de sombrer dans un abîme encore plus profond.

Reconstruire les forces morales
et politiques

Le message de la fondation se veut avant tout un manifeste pour l’avenir. L’organisation soutient fermement qu’aucune reconstruction durable de l’État et de ses institutions ne sera possible si elle continue de reposer sur les fondations de l’oubli, du déni de justice et de la complicité avec le crime.

Pour sortir de cette impasse historique,
la fondation appelle à une refondation complète des structures morales et politiques d’Haïti. Ce sursaut national exige l’engagement sincère de tous les acteurs de la société civile pour restaurer l’autorité républicaine, combattre l’insécurité à sa racine et offrir enfin une perspective de dignité à la population haïtienne.

Quarante ans après le sacrifice de Charlot Jacquelin, la voix de sa fondation résonne comme un avertissement et une boussole : la mémoire des martyrs ne doit pas seulement servir à pleurer le passé, mais à éclairer urgemment le chemin de la renaissance nationale.

Par Dimitry Charles
Via juno7 réadaptation Le tout au pluriel magazine

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Harrys Michel
À propos de : Michel Hary Espoir - Formation : Licencié en Communication sociale - Profession : Professeur de Communication sociale, Journaliste, Animateur culturel, Analyste - Responsabilités : PDG du magazine Le Tout au Pluriel - Domaines d'expertise : Politique, Kabbalistes, Travail social - Contact : - Email : [email protected] - Téléphone : +509 48 43 81 36 / +509 55 48 92 39