DISONS NON ! AU POUVOIR POUR LE POUVOIR : ET OUI, AU POUVOIR POUR SERVIR
ABC : ATIZAN BON CHANJMAN
Il existe deux manières d’envisager le pouvoir. La première en fait une fin en soi : on le convoite pour profiter, dominer, paraître et se maintenir. La seconde l’assume comme une mission, une responsabilité.
Le pouvoir politique, en particulier, n’est légitime que lorsqu’il sert autrui. Le pouvoir pour le pouvoir construit des trônes fragiles ; le pouvoir pour servir bâtit des ponts durables.
Le pouvoir pour le pouvoir est une ivresse. Il flatte l’ego et isole. Il transforme son détenteur en maître, le citoyen en sujet, la parole en instrument, l’institution en bastion. Peu à peu, la question n’est plus « que dois-je accomplir ? » mais « comment y rester ? ». Les courtisans éclipsent les conseillers, la propagande remplace le débat, l’intérêt particulier supplante le bien commun. Ce pouvoir-là ne sert personne, pas même celui qui le détient. Il finit par l’enfermer dans l’illusion, le désarroi, la peur, le mensonge et la déchéance.
Le pouvoir pour servir est d’une autre nature. Il ne nie pas la force, mais l’oriente. Il ne refuse pas l’autorité, mais l’affirme comme mandat.
Servir, ce n’est pas s’abaisser ; c’est se tenir debout pour que d’autres puissent avancer. C’est écouter avant de décider, rendre des comptes, reconnaître ses erreurs, protéger les plus faibles, assurer la sécurité, faciliter la stabilité, encourager la solidarité, développer la prospérité, appuyer la justice, ouvrir des chemins plutôt que fermer des portes.
Un pouvoir destiné à servir ne cherche pas à durer pour lui-même. Il prépare sa relève, transmet et libère.
Dans la famille, l’entreprise, l’école, l’association ou l’État, la question est la même : le pouvoir est-il un privilège ou une charge ? Une arme ou un outil ? Un mur ou un service ?
Le pouvoir est un sacerdoce.
Là où il sert, il crée la confiance. Là où il domine, il engendre la peur, la déception, la révolte.
La confiance rassemble ; la peur divise. La confiance construit ; la peur détruit.
Il est fondamental de comprendre que le pouvoir pour servir ne va pas de soi. Il exige des institutions solides, des contre-pouvoirs vigilants, des citoyens informés et exigeants. Il exige des hommes et des femmes acceptant d’être contestés, évalués, limités. Il cultive un réflexe d’humilité qui refuse la toute-puissance et choisit la coopération.
Car servir n’est pas une faveur : c’est une attitude, une aptitude, un devoir humain.
Alors, disons non. Non au pouvoir qui se glorifie et s’accroche. Non au pouvoir qui méprise, manipule et asservit. Oui au pouvoir qui écoute, protège et élève. Oui au pouvoir qui se souvient qu’il n’est pas omnipotent, mais serviteur. Oui au pouvoir généreux, car c’est ainsi qu’il devient légitime, utile et digne.
Le pouvoir pour le pouvoir finit toujours par tomber. Le pouvoir pour servir, lui, laisse une trace. Il ne bâtit pas sa gloire sur la cendre des autres ; il bâtit l’avenir avec eux.
Par
Evans PAUL
ABC : ATIZAN BON CHANJMAN
Delmas, HAÏTI
Vendredi 2 octobre 2026
Tous droits réservés Le tout au pluriel magazine nous sommes Vos yeux et vos oreilles.
Le tout au pluriel Magazine Magazine socio-culturel