ÉDITORIAL : HAÏTI, LE CALVAIRE D’UNE MÈRE ET LE CRI DE GUERRE D’UN PEUPLE
Par Harry Espoir Michel
Directeur de Le Tout au Pluriel Magazine (Desdunes, Artibonite)
Bonjour Haïti. Bonjour au monde qui nous regarde mourir en silence.
Aujourd’hui, nous ne saluons pas par courtoisie, mais par défi. Nous prenons l’humanité à témoin de l’innommable. Le cri qui déchire les entrailles de notre terre n’est plus une plainte, c’est un procès de sang. C’est l’acte d’accusation d’une nation contre un siècle de barbarie diplomatique et de méchanceté orchestrée.
Haïti, mère profanée, ton martyre est la honte du monde.
On t’a condamnée à l’impossible : payer pour avoir osé être libre. Cette « Dette de l’Indépendance » n’était pas un remboursement, c’était un terrorisme financier originel. L’occupation de 1915 ? Un viol prémédité. Cette armée fantoche, matrice de 34 coups d’État ? Un poison inoculé pour nous maintenir dans une agonie perpétuelle.
Ils n’ont jamais voulu de notre démocratie.
Ils ont préféré l’élevage
de « sousous », ces charognards de la politique qui ont dépecé la nation pour quelques miettes jetées de la table impériale. Ils ont cru pouvoir rayer de la carte celle qui a brisé les chaînes du monde. Ils ont oublié qu’Agawou ne meurt pas. On n’efface pas un peuple qui porte le feu de 1804 dans son ADN.
Le complot est total, mais notre résistance est viscérale.
Ils ont égorgé nos cochons créoles pour affamer nos campagnes. Ils ont brûlé nos caféiers. Ils ont poussé nos fils dans les gueules des requins du Canal du Vent. Et quand le peuple a refusé de
s’éteindre, ils ont raffiné l’horreur:
après les gangs en costume qui ont siphonné l’État, ils ont lâché les gangs en sandales pour ensanglanter nos rues.
L’ignominie atteint aujourd’hui son paroxysme : ils s’attaquent au ventre de la nation, à ma Vallée de l’Artibonite. Frapper notre riz, c’est tenter de nous mettre à genoux par la faim. C’est la stratégie de la terre brûlée.
Peuple Haïtien, l’heure n’est plus à l’attente, elle est à l’insurrection des consciences.
On vous chante le refrain des élections. Mais de quel cirque parle-t-on ?
Veulent-ils recycler les cadavres exquis du PetroCaribe ? Les architectes des ruines de la CIRH ? Ces traitres qui vendraient leur mère pour un décret ?
Citoyens de l’Ouest, du Nord, des Nippes et de mon Artibonite debout : Veye anwo, veye anba ! Ne laissez plus ces loups repeints en agneaux franchir le seuil de la bergerie. Ne laissez plus personne insulter votre faim et votre douleur.
Haïti ne mourra pas. Son chemin de croix est long, mais le sommet du Calvaire est en vue. Derrière chaque trahison, derrière chaque larmes, se forge le réveil d’un titan.
Haïti n’est pas à genoux, elle se recueille avant l’assaut.
Haïti debout ! Haïti immortelle !
Par Harry Espoir Michel
Directeur de Le Tout au Pluriel Magazine (Desdunes, Artibonite)
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