ÉDITORIAL
ONU : Quand l’Amérique valide les visas de ses ennemis
Chaque année, l’Assemblée générale des Nations Unies offre le même spectacle cynique :
des dirigeants de pays en guerre ou sous sanctions foulent le sol américain. Derrière le vernis du droit international, se joue un bras de fer permanent entre la souveraineté des États-Unis et l’obligation de faire parler les ennemis de la planète.
C’est le spectacle le plus paradoxal de la scène internationale.
Chaque année, Manhattan se transforme en une arène à ciel ouvert. Des chefs de guerre au passif sanglant et des émissaires de régimes qui conspuent la politique américaine descendent de leurs jets privés sur le sol des États-Unis. Ils ne s’excusent pas. Ils n’implorent pas. Ils exigent leur droit d’entrée.
Pour le citoyen lambda, la pilule est amère, voire révoltante. Comment la première puissance mondiale, capable de refuser un simple visa touristique pour un formulaire mal rempli, peut-elle ouvrir ses portes à des dirigeants qui menacent la stabilité de la planète ?
La réponse se cache derrière l’habillage juridique de l’Accord de siège de 1947.
Ce texte lie les mains de l’Oncle Sam et l’oblige à une schizophrénie politique permanente. En s’accaparant le privilège d’héberger le siège des Nations Unies, les États-Unis ont signé un chèque en blanc. Ils ont accepté de sanctuariser un bout de leur territoire pour en faire le confessionnal des nations.
C’est le prix exorbitant de l’orgueil d’être la capitale diplomatique du monde.
Mais ne nous y trompons pas :
cette générosité forcée s’accompagne d’une mesquinerie bureaucratique redoutable. Puisqu’elle ne peut pas légalement claquer la porte au nez des délégations indésirables, la Maison-Blanche sabote leur séjour. On accorde le visa au chef d’État, mais on bloque ceux de ses conseillers, de sa sécurité et de ses médias officiels. Mieux encore, on leur impose une laisse invisible : l’interdiction stricte de s’éloigner de plus de quelques pâtés de maisons autour du périmètre de l’ONU. À New York, ces dirigeants ne sont pas des invités de marque.
Ce sont des détenus diplomatiques en liberté surveillée.
Ce grand cirque annuel met à nu l’immense hypocrisie des relations internationales. L’ONU n’est pas un salon de thé pour démocraties vertueuses, c’est un ring. Et les États-Unis, malgré leurs discours moralisateurs, le savent parfaitement.
Priver un pays en guerre de sa tribune, ce serait briser le dernier miroir où le monde se regarde en face. Le jour où Washington choisira unilatéralement qui a le droit de parole à New York, l’ONU s’effondrera. Tolérer l’ennemi à sa table n’est pas un acte de faiblesse, c’est le dernier rempart contre le chaos total.
Écrit par Harry Espoir Michel Journaliste, Directeur Le tout au pluriel magazine
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