ÉDITORIAL : Pont Gaudin ou le naufrage
de notre dignité mémorielle
Par Harry Espoir Michel,
Journaliste
En Haïti, nous avons le culte du discours, mais le mépris du vestige. À l’entrée des Gonaïves, dans la localité de Pont Gaudin, le mémorial marquant l’arrestation de Toussaint Louverture ne finit pas de mourir.
Ce monument, érigé sous la présidence
de Sténio Vincent entre 1930
et 1941, n’est aujourd’hui qu’une stèle esseulée, dévorée par l’indifférence et la poussière. Plus qu’un simple défaut d’entretien, cet abandon est le symptôme d’une amnésie nationale qui nous ronge.
Un lieu, un crime, une mémoire
L’inscription est pourtant claire : « Ici a été
arrêté Toussaint Louverture le 7 juin 1802 ». Ces quelques mots fixent dans le sol de l’Artibonite l’instant précis où la trahison napoléonienne a tenté de décapiter notre révolution. C’est ici que le « Précurseur » a entamé son calvaire vers le Fort de Joux. Laisser ce site à l’abandon, c’est, d’une certaine manière, parachever l’œuvre de ses geôliers : après l’avoir banni physiquement, nous l’effaçons géographiquement.
L’entretien : un acte politique
L’état de délabrement du site de Pont Gaudin n’est pas une fatalité budgétaire, c’est un choix politique. Comment justifier que la « Cité de l’Indépendance » laisse son seuil historique devenir un terrain vague ? Préserver un monument ne consiste pas seulement à passer un coup de pinceau sur du béton ; c’est affirmer que l’histoire est un socle vivant, capable de guider les générations présentes.
Le cri du sang et de la terre
Le silence des autorités face à cette déchéance est une insulte à l’Artibonite, terre de liberté. Nous ne pouvons pas continuer à célébrer la grandeur de nos ancêtres dans des salons climatisés tout en laissant leurs sanctuaires se transformer en ruines anonymes.
Il est temps que l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National (ISPAN) et les instances locales cessent de regarder ailleurs. Restaurer le mémorial de Pont Gaudin, c’est restaurer une part de notre propre fierté. Car un peuple qui ne sait plus protéger les traces de ses géants finit inévitablement par marcher à genoux.
Par Harry Espoir Michel,
Journaliste
Tous droits réservés [email protected] Téléphone 50948438136/55489239
Le tout au pluriel magazine nous sommes vos yeux et vos oreilles.
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Un lieu, un crime, une mémoire
L’inscription est pourtant claire : « Ici a été
arrêté Toussaint Louverture le 7 juin 1802 ». Ces quelques mots fixent dans le sol de l’Artibonite l’instant précis où la trahison napoléonienne a tenté de décapiter notre révolution. C’est ici que le « Précurseur » a entamé son calvaire vers le Fort de Joux. Laisser ce site à l’abandon, c’est, d’une certaine manière, parachever l’œuvre de ses geôliers : après l’avoir banni physiquement, nous l’effaçons géographiquement.
L’entretien : un acte politique
L’état de délabrement du site de Pont Gaudin n’est pas une fatalité budgétaire, c’est un choix politique. Comment justifier que la « Cité de l’Indépendance » laisse son seuil historique devenir un terrain vague ? Préserver un monument ne consiste pas seulement à passer un coup de pinceau sur du béton ; c’est affirmer que l’histoire est un socle vivant, capable de guider les générations présentes.
Le cri du sang et de la terre
Le silence des autorités face à cette déchéance est une insulte à l’Artibonite, terre de liberté. Nous ne pouvons pas continuer à célébrer la grandeur de nos ancêtres dans des salons climatisés tout en laissant leurs sanctuaires se transformer en ruines anonymes.
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le mémorial de Pont Gaudin, c’est restaurer une part de notre propre fierté. Car un peuple qui ne sait plus protéger les traces de ses géants finit inévitablement par marcher à genoux.
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