Entre capitulation de l’État et lueur d’espoir : le pacte ambigu de Mirebalais face aux gangs

Entre capitulation de l’État et lueur d’espoir : le pacte ambigu de Mirebalais face aux gangs

Mirebalais, Haïti – Le bas Plateau Central est-il à l’aube d’une véritable libération ou s’enfonce-t-il dans un dangereux compromis avec l’illégalité ? Le désarmement du groupe armé
« Back Up Feray », qui a remis ses armes aux autorités locales, soulève autant de soulagement immédiat que de profondes inquiétudes sur l’avenir de la justice en Haïti. Pour les milliers de déplacés internes, condamnés depuis des mois à
la misère et à l’errance par la terreur des gangs, ce geste représente un premier pas vers le retour à la dignité.

L’espoir d’un retour, suspendu au bon vouloir des criminels

Pendant la nuit de dimanche à lundi, le départ de plusieurs membres présumés du gang à bord de convois de véhicules a fait souffler un vent d’optimisme sur Mirebalais. Après avoir subi l’enfer de l’insécurité, les familles déplacées n’aspirent qu’à une chose : retrouver leurs maisons et reconstruire leurs vies brisées.

Pourtant, le constat est amer. La sécurité des citoyens reste suspendue à la parole d’un chef de gang. La population en est réduite à exiger une vidéo de Jeff « Gwo Lwa », puissant chef du gang de Canaan, pour obtenir la garantie que ses troupes — les redoutables « Taliban » — ont définitivement quitté Mirebalais. Qu’une communauté doive quémander le feu vert d’un chef de cartel pour rentrer chez elle illustre de manière flagrante l’absence tragique de la force publique.

Saut-d’Eau : la diplomatie de l’ombre menée par les élites politiques

Pendant ce temps, à Saut-d’Eau, une démarche tout aussi controversée se dessine. Une nouvelle commission de paix est en train de voir le jour pour négocier directement avec les caïds de Canaan. À sa tête, deux anciens parlementaires de la commune tentent de piloter un accord visant le retour simultané des familles déplacées et des membres du groupe armé dans leurs localités respectives.

Cette amnistie déguisée et ce traitement d’égal à égal entre victimes et bourreaux interpellent. En intégrant des acteurs politiques de premier plan dans ces discussions de l’ombre, cette initiative met en lumière l’incapacité criante du gouvernement central à imposer la paix par les voies légales et institutionnelles.

Négocier ou capituler : le piège des arrangements locaux

Cette situation relance un débat national crucial, mais biaisé. Certes, certains observateurs, pragmatiques ou désespérés, suggèrent de dupliquer ces commissions de paix ailleurs pour libérer les territoires perdus de la République.

Mais à quel prix ? Peut-on troquer la justice contre une paix de façade ? De nombreux citoyens et défenseurs des droits humains s’insurgent contre ces solutions de court terme.

Tolérer ces accords revient à institutionnaliser le pouvoir des gangs et à forcer la population à une cohabitation humiliante et dangereuse avec des criminels armés.

La conclusion est sans appel : aucun retour durable ne sera possible sans un rétablissement ferme, sans concession, de l’autorité de l’État et de la sécurité publique. Tout le reste n’est qu’un aveu de faiblesse qui prolonge l’agonie de la population.

Écrit par : Jean-Claude Abdellah
Le tout au pluriel magazine
Mirebalais,

Le tout au pluriel magazine nous sommes vos yeux et vos oreilles.

About Harrys Michel

Harrys Michel
À propos de : Michel Hary Espoir - Formation : Licencié en Communication sociale - Profession : Professeur de Communication sociale, Journaliste, Animateur culturel, Analyste - Responsabilités : PDG du magazine Le Tout au Pluriel - Domaines d'expertise : Politique, Kabbalistes, Travail social - Contact : - Email : [email protected] - Téléphone : +509 48 43 81 36 / +509 55 48 92 39