ÉRIC JEAN-BAPTISTE, QUATRE ANS APRÈS, RIEN. 28 octobre 2022 – 28 octobre 2026

ÉRIC JEAN-BAPTISTE, QUATRE ANS APRÈS, RIEN.

28 octobre 2022 – 28 octobre 2026

Il y a des personnes qui traversent notre vie et dont certaines paroles restent gravées dans notre mémoire, même lorsque le temps passe et que la vie nous entraîne sur d’autres chemins. Éric Jean-Baptiste est de ces personnes dont je garde des souvenirs particuliers. Quatre ans après son assassinat, survenu le 28 octobre 2022 à Laboule 12, je ne peux évoquer sa disparition sans repenser à nos échanges, à ses encouragements et à ces moments qui ont marqué mon cheminement personnel.

Ce jour-là, Haïti a perdu Éric Jean-Baptiste et son agent de sécurité, Peterson Vernius. Derrière les noms que l’on rappelle chaque année, il y avait des vies, des familles, des projets et des personnes qui comptaient pour d’autres. Quatre ans plus tard, leur disparition reste douloureuse et soulève toujours une question essentielle : où en sommes-nous dans la recherche de la vérité et l’accomplissement de la justice ?

Personnellement, je garde d’Éric un souvenir qui tient en quelques mots, mais qui signifie beaucoup pour moi. Il m’avait dit : « Li, fouye konesans yo se nan liv. » Je n’ai pas oublié cette phrase. Elle m’accompagne encore aujourd’hui, particulièrement lorsque je repense au chemin parcouru dans mes études de droit. Avec le recul, je comprends mieux la portée de ce conseil. Il faut lire, chercher, apprendre, remettre en question ce que l’on croit savoir et prendre le temps de comprendre avant de prétendre maîtriser un sujet.

Mon parcours juridique m’a appris que le droit ne se résume pas à des articles de loi ou à des principes que l’on récite. Il demande de la patience, de la méthode et le courage de regarder les faits avec lucidité. Il oblige à distinguer ce que l’on sait de ce que l’on suppose, ce que l’on peut prouver de ce que l’on croit. Aujourd’hui, cette phrase d’Éric prend pour moi une résonance particulière, parce qu’elle rejoint une conviction que mes études n’ont fait que renforcer. La connaissance est un travail permanent, et la vérité exige que l’on accepte de la chercher sérieusement.

Un autre souvenir me touche tout particulièrement. Éric m’avait proposé de devenir son premier porte-parole. Je me souviens de cette proposition comme d’une marque de confiance qui avait une réelle importance à mes yeux. Au-delà de la fonction elle-même, elle représentait la possibilité de travailler à ses côtés, de porter sa parole et de contribuer à faire connaître ses idées. C’était une perspective d’engagement que je n’ai pas oubliée.

Lorsque j’y repense aujourd’hui, je mesure tout ce que ces souvenirs représentent pour moi. D’un côté, il m’encourageait à aller chercher la connaissance dans les livres ; de l’autre, il envisageait de me confier une responsabilité dans la vie publique. Ces deux souvenirs se rejoignent dans une même exigence. À savoir, apprendre pour mieux comprendre, et comprendre pour mieux agir. Car prendre la parole en politique, ce n’est pas seulement s’exprimer. C’est aussi savoir ce que l’on défend, mesurer ses mots et accepter la responsabilité qui accompagne ses engagements.

Son horrible assassinat m’a privé, comme tant d’autres, de la possibilité de poursuivre les échanges et de découvrir ce que l’avenir aurait pu réserver à cette relation. Je ne prétends pas savoir ce que cette collaboration serait devenue. Je sais simplement que cette proposition a compté pour moi et que je conserve précieusement ce souvenir. Aujourd’hui, alors que je poursuis mon cheminement comme juriste et citoyen engagé, je veux en retenir une invitation à continuer d’apprendre, à construire ma propre pensée et à prendre mes responsabilités avec sérieux.

Éric Jean-Baptiste était un entrepreneur réussi, un philanthrope et un responsable politique exemplaire, secrétaire général du Rassemblement des Démocrates Nationaux Progressistes (RDNP). Son parcours, ses choix et ses idées peuvent être discutés, comme ceux de toute personnalité publique. Mais au-delà des opinions et des divergences, il reste une réalité que nous ne pouvons banaliser : un homme a été tué, et un autre, Peterson Vernius, a également perdu la vie. Leurs disparitions méritent autre chose que des souvenirs renouvelés chaque année. Elles appellent aussi des réponses.

Quatre ans après, je m’interroge. Où en est la procédure judiciaire ? Quelles avancées peuvent être portées à la connaissance des proches et de la population ? Les circonstances de ces assassinats ont-elles été établies et les responsabilités éventuelles examinées conformément à la loi ? Je pose ces questions non pour accuser qui que ce soit sans preuve, mais parce qu’une famille qui perd un proche dans de telles circonstances mérite que la recherche de la vérité soit prise au sérieux.

La justice doit respecter les droits de chacun, notamment la présomption d’innocence et les droits de la défense. L’émotion ne doit jamais se substituer aux preuves, et personne ne devrait être désigné coupable sans que sa responsabilité ait été établie selon la loi. Mais cette prudence nécessaire ne doit pas devenir un prétexte à l’indifférence. Les autorités compétentes ont le devoir de conduire les démarches nécessaires avec diligence et indépendance, et de communiquer les informations qu’elles peuvent légitimement rendre publiques.

C’est aussi cela, l’État de droit auquel nous aspirons. L’État ne peut empêcher tous les crimes, mais il doit protéger les citoyens dans la mesure de ses capacités, faire rechercher les auteurs des infractions et garantir le fonctionnement de la justice. Lorsqu’une affaire aussi grave continue de susciter des interrogations, les institutions doivent comprendre que la population attend des réponses crédibles. La confiance ne se réclame pas simplement dans les discours. Elle se construit par les actes, la transparence possible et le respect de la loi.

Mon regard de juriste me conduit à cette réflexion. Nous pouvons disposer de belles dispositions constitutionnelles et proclamer notre attachement à la justice, mais leur valeur se mesure aussi à leur application. Le droit doit protéger les personnes dans la réalité de leur vie, et non rester enfermé dans les livres. Cette conviction donne un sens supplémentaire aux paroles qu’Éric m’avait adressées : rechercher la connaissance, c’est aussi apprendre à reconnaître les insuffisances de notre société et à réfléchir aux moyens de les corriger.

En ce quatrième anniversaire, j’en appelle donc à notre conscience citoyenne. Ne faisons pas de la mémoire des victimes une simple formalité annuelle. Nous avons le droit de demander des comptes à nos institutions, de questionner leur fonctionnement et d’exiger qu’elles accomplissent leurs missions. Réclamer justice pour Éric Jean-Baptiste et Peterson Vernius ne signifie ni appeler à la vengeance ni condamner sans preuve. Cela signifie demander que la vérité soit recherchée, que les responsabilités soient établies dans le respect de la loi et que les proches ne soient pas abandonnés à leurs interrogations.

J’invite les citoyens, les organisations de la société civile, les professionnels du droit et les responsables publics à maintenir cette exigence vivante. Aux autorités judiciaires compétentes, je demande de traiter ce dossier avec toute la diligence requise et de permettre, dans les limites de la procédure, une information responsable sur son évolution. Nous devons refuser que le temps qui passe finisse par éteindre les questions légitimes. Une société qui s’habitue aux assassinats et cesse de réclamer justice prend le risque de banaliser la vie humaine elle-même.

Je pense aussi à la famille d’Éric, à ses proches et à toutes les personnes qui continuent de ressentir son absence. On peut connaître une personnalité publique à travers ses fonctions et ses prises de position, mais ceux qui l’ont côtoyée gardent des souvenirs que les discours officiels ne peuvent raconter entièrement. Pour ma part, je garde ces quelques mots, cette proposition et ce qu’ils représentent dans mon histoire personnelle. Ce sont des souvenirs qui ne répondent pas à toutes les questions, mais qui donnent à cet anniversaire une dimension profondément humaine.

Je n’oublie pas non plus Peterson Vernius. Sa vie avait autant de valeur que celle de toute autre personne, et sa mémoire ne doit pas être éclipsée par la notoriété d’Éric Jean-Baptiste. Les deux hommes ont perdu la vie dans la même tragédie, et la recherche de la vérité doit tenir compte de toutes les victimes.

Quatre ans après, je ne veux pas seulement dire que je me souviens. Je veux aussi dire que je continue de m’interroger, que je crois à la nécessité du droit et que je refuse de considérer la quête de justice comme une cause perdue d’avance.

Éric Jean-Baptiste, je n’ai pas oublié tes paroles : « Li, fouye konesans yo se nan liv. » Je n’ai pas oublié non plus que tu m’avais proposé de devenir ton premier porte-parole. Le temps a passé, mon parcours a continué et ces souvenirs ont pris une autre profondeur. Aujourd’hui, je les regarde avec la maturité que m’apporte mon cheminement juridique et avec la responsabilité que je ressens comme citoyen engagé.

Je ne peux pas changer ce qui s’est passé. Je ne peux pas non plus prétendre que les mots suffisent à réparer une absence. Mais je peux continuer à apprendre, à réfléchir, à prendre la parole avec responsabilité et à défendre l’idée qu’aucune vie ne doit être oubliée et qu’aucun crime ne doit être soustrait à la recherche de la vérité.

Citoyennes et citoyens, gardons vivante notre exigence de justice. Demandons la vérité sans haine, la justice sans vengeance et la responsabilité sans privilège. N’attendons pas qu’un autre anniversaire nous rappelle ce que nous aurions dû réclamer aujourd’hui.

Éric Jean-Baptiste et Peterson Vernius, quatre ans après, votre mémoire nous rappelle que la justice n’est pas seulement l’affaire des tribunaux. Elle est aussi une exigence citoyenne, une responsabilité collective et une promesse que nous devons continuer à réclamer pour Haïti.

MET MEN, PRAN DESTEN NOU AN MEN!

Port-au-Prince, le 28 octobre 2026
Me Saint-Alex NOEL
[email protected]

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Harrys Michel
À propos de : Michel Hary Espoir - Formation : Licencié en Communication sociale - Profession : Professeur de Communication sociale, Journaliste, Animateur culturel, Analyste - Responsabilités : PDG du magazine Le Tout au Pluriel - Domaines d'expertise : Politique, Kabbalistes, Travail social - Contact : - Email : [email protected] - Téléphone : +509 48 43 81 36 / +509 55 48 92 39
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