Gressier, deux ans d’exil : le cri silencieux d’un peuple déraciné

Gressier, deux ans d’exil : le cri silencieux d’un peuple déraciné

Par Jane Bendjine Snézard ACHILLE
Publié le 10 mai 2026 par Top Média Haïti

Le 10 mai restera à jamais une date sombre pour la commune de Gressier. De 2024 à 2026, deux années entières d’exil forcé se sont écoulées pour des milliers de familles. Cette nuit tragique, où une population entière a fui pour sauver sa vie, a laissé place à 24 mois d’incertitude. Derrière chaque visage se cache désormais une maison abandonnée, une vie interrompue et un rêve suspendu.

La nuit du 10 mai 2024 :
le point de rupture

Rien ne laissait présager l’ampleur du drame qui s’est joué ce vendredi-là. Vers 20 heures, des hommes lourdement armés appartenant à des coalitions criminelles ont pris d’assaut le sous-commissariat local. Les détonations d’armes automatiques ont brisé le calme de la commune, plongeant les riverains dans
la terreur.

Face à l’absence de protection immédiate, les familles vivant à proximité du centre urbain ont fui précipitamment. Portant des enfants à bras le corps ou abandonnant les portes de leurs domiciles grandes ouvertes, des milliers de citoyens sont devenus, en quelques heures, des réfugiés au sein de leur propre pays.

Un quotidien marqué par la précarité et le déracinement

Deux ans plus tard, la situation des déplacés internes ne cesse de se détériorer :

Perte d’autonomie : De nombreuses familles dépendent entièrement de l’hospitalité de proches, s’entassant dans des espaces réduits.

Effondrement économique : Les commerces locaux ont disparu, les terres agricoles sont inaccessibles et les revenus se sont volatilisés.

Crise sociale : La déscolarisation massive des enfants s’accompagne d’une précarité sanitaire et d’une détresse psychologique constante.

Si une infime minorité a réussi, au prix de sacrifices extrêmes, à rebâtir un abri de fortune ou à louer un logement, la reconstruction demeure inaccessible pour la majeure partie de la population.

Des promesses étatiques sans résultats concrets

Malgré les multiples manifestations citoyennes organisées avec le soutien de la commune voisine de Léogâne, les appels au secours restent vains. Les autorités ont annoncé à plusieurs reprises des opérations policières pour reprendre le contrôle de la Route Nationale et rétablir la libre circulation. Pourtant, sur le terrain, l’axe routier stratégique qui relie la capitale au Grand Sud demeure impraticable, synonyme de rupture et d’insécurité. [4]

Le refus de l’oubli

Ce 10 mai 2026 ne marque pas seulement la commémoration d’une tragédie, mais illustre la résilience d’un peuple qui refuse d’abandonner ses droits. Les blessures restent ouvertes et les maisons vides, mais l’espoir de franchir à nouveau le seuil de leur porte anime toujours les habitants de Gressier. Ils continuent de réclamer la dignité, la sécurité et le droit fondamental de retourner sur leur terre natale.

À propos de l’auteur : Jane Bendjine Snézard ACHILLE est journaliste, rédactrice et étudiante en Patrimoine et Tourisme à l’Université d’État d’Haïti.

Le tout au pluriel magazine nous sommes vos yeux et vos oreilles.

About Harrys Michel

Harrys Michel
À propos de : Michel Hary Espoir - Formation : Licencié en Communication sociale - Profession : Professeur de Communication sociale, Journaliste, Animateur culturel, Analyste - Responsabilités : PDG du magazine Le Tout au Pluriel - Domaines d'expertise : Politique, Kabbalistes, Travail social - Contact : - Email : [email protected] - Téléphone : +509 48 43 81 36 / +509 55 48 92 39
error: Content is protected !!