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Haïti-Éducation:À l’aube de la rentrée scolaire, les résultats du baccalauréat interrogent toujours

Haïti-Éducation:À l’aube de la rentrée scolaire, les résultats du baccalauréat interrogent toujours

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Écrit par Jonathan Gédéon

La réussite au baccalauréat en Haïti a connu des taux faibles ces dernières années, suscitant une vive interrogation sur les véritables causes de cette descente aux enfers. Une hypothèse fréquente attribue cette chute à l’annulation du bac I, comme l’a suggérée le docteur en Économie Thomas Lalime dans un article intitulé « L’annulation du bac I fait chuter la réussite au bac II », publié le 22 août 2016 aux colonnes du journal Le Nouvelliste. Toutefois, il importe de ne pas s’en tenir à une seule explication, tant le système éducatif haïtien traverse un paysage complexe, multidimensionnel et fragile, où plusieurs facteurs entrent en jeu.

L’hypothèse avancée par l’économiste Lalime mérite une examination rigoureuse. L’annulation du Bac I (Rhéto) comme examen officiel à partir de l’année scolaire 2014-2015 a-t-elle mécaniquement engendré une baisse de la qualité des élèves accédant à la Philo (désormais Nouveau Secondaire IV) ? Les données historiques semblent confirmer cette hypothèse. En 2011-2012, le taux de réussite national en Rhéto au cours de la session ordinaire était de 26,97%, agissant comme un premier filtre. L’année suivante, en Bac II (2012-2013), le taux de réussite s’élevait à 63,04% dans la session ordinaire. On observe ici une sélection naturelle : les élèves les plus faibles étaient retenus en Rhéto.

Après la suppression de ce filtre, le taux de réussite au Bac unique (équivalent Bac II) chute à 27,58% dans la session ordinaire de 2015-2016, un chiffre proche des taux de réussite du Bac I dans les sessions ordinaires des années passées. Cette similarité suggère que sans la barrière du Bac I, une cohorte moins préparée se présente directement au Bac unique, faisant ainsi chuter le taux de réussite national. Cependant, une corrélation n’est pas forcément une causalité. D’où, il convient de se demander si d’autres facteurs concomitants n’expliquent pas cette réalité.

Fort de cela, une deuxième piste doit être explorée : la qualité intrinsèque des écoles haïtiennes. Le ministre actuel de l’Éducation Nationale, M. Augustin Antoine, a lui-même employé le terme « kraze » pour les décrire. Sa déclaration est-elle vérifiable statistiquement ? La disparité vertigineuse des performances entre les départements est un premier élément de réponse. Prenons l’exemple de la session ordinaire de 2016-2017 : le Sud affichait un taux de réussite de 69,23%, tandis que la Grand-Anse, son département voisin, plafonnait à 23,92%. Pendant que le département du Nord lui-même enregistrait un taux de réussite de 43,61%. Comment expliquer de tels écarts si un facteur unique, comme l’annulation du Bac I, affectait uniformément tout le territoire ?

Cette variation pointe plutôt vers des écosystèmes scolaires régionaux profondément inégaux en termes d’infrastructures, d’environnement d’enseignement, de qualité des enseignants et de ressources pédagogiques. De plus, le contraste saisissant entre les résultats des évaluations internes des écoles, souvent excellentes, et les résultats des examens officiels, généralement médiocres, soulève une interrogation fondamentale sur la rigueur et l’intégrité des processus d’évaluation au sein des établissements eux-mêmes.

Ensuite, il est impossible d’ignorer le contexte socio-politique haïtien, qui constitue une troisième hypothèse majeure. Les années couvertes par ces données, notamment à partir de 2018, ont été marquées par une instabilité chronique, des périodes de « peyilòk », des manifestations et une insécurité grandissante. Ces perturbations ont-elles empêché les élèves de couvrir l’intégralité des programmes scolaires ? Absolument.

Le nombre de jours effectifs de classe est souvent bien en-deçà des normes minimales requises pour un apprentissage solide. Un élève qui ne suit pas ses cours régulièrement, en plus dans un environnement rassurant, peut difficilement atteindre le niveau académique exigé pour le baccalauréat. Cette réalité sociétale, souvent négligée dans les analyses purement scolaires, pèse un poids considérable sur la performance des apprenants.

Par ailleurs, une quatrième hypothèse, plus structurelle, concerne la transition impromptue du système traditionnel au Nouveau Secondaire. Cette réforme, aussi nécessaire paraît-elle sur le papier, a-t-elle été mise en œuvre avec la planification et les moyens adéquats ? L’introduction de nouvelles matières comme l’Économie, les Arts Plastiques, entre autres, s’est heurtée à une pénurie d’enseignants formés dans ces disciplines. Les facultés des sciences de l’éducation et les écoles normales préparaient-elles des étudiants dans ces spécialités ? La réponse est largement négative.

Les écoles se retrouvent donc avec des enseignants sans formation pédagogique devant les classes, dispensant des contenus qu’ils maîtrisent mal. De plus, les professeurs des anciennes matières comme la Littérature, la Physique, les Mathématiques, entre autres, ont-ils été correctement formés aux nouveaux programmes ? Rien n’est moins sûr. Cette improvisation systémique pourrait expliquer une baisse généralisée de la qualité des enseignements, se répercutant directement sur les résultats du baccalauréat unique.

Néanmoins, l’analyse longitudinale des données offre des perspectives plus nuancées. Si le taux de réussite national au baccalauréat unique dans la session ordinaire de 2015-2016 (27,58%) était catastrophique, on allait observer une lente remontée par la suite : 30,74% dans la session ordinaire de 2016-2017, 36,38% dans la session ordinaire de 2022-2023, et jusqu’à 44,71% dans la session ordinaire de 2023-2024 et 44,96% dans la session ordinaire de 2024-2025. Cette tendance à la hausse infirme l’idée d’un effondrement définitif et pourrait indiquer un processus d’adaptation – aussi lent soit-il – au système du baccalauréat unique et au Nouveau Secondaire. Les acteurs du système (élèves, enseignants, écoles) apprendraient peut-être à naviguer dans ce nouveau cadre. Toutefois, le pic de réussite à 55,93% pour le NSIV dans la session ordinaire de 2020-2021, une année pourtant perturbée par la pandémie, interroge et montre que les dynamiques sont complexes et parfois contre-intuitives.

En définitive, la recherche d’un coupable unique – l’annulation du Bac I – est une simplification trompeuse. La vérité est sans doute une combinaison synergique de tous ces facteurs. L’annulation du Bac I a envoyé en NSIV des élèves moins filtrés ; ces élèves ont évolué dans des écoles aux capacités limitées (« kraze ») ; leur apprentissage a été entravé par un contexte socio-politique délétère ; et le cadre curriculaire lui-même (le Nouveau Secondaire) a été implanté dans la précipitation. L’interaction de ces variables crée un cocktail explosif pour la performance académique.

La question fondamentale, qui dépasse le simple taux de réussite, est : Quelle est la compétence réelle du bachelier haïtien aujourd’hui ? La réponse à cette question a des implications directes sur la qualité future des professionnels et donc sur le développement économique du pays.

Tout compte fait, le système éducatif haïtien est un patient dont le diagnostic nécessite une analyse multivariée, et non un simple thermomètre. La solution résidera moins dans le rétablissement ou non d’un examen que dans une réforme profonde, courageuse et bien planifiée, qui s’attaque simultanément à la formation des maîtres, à l’inspection des écoles, aux infrastructures et à la stabilité du pays. Les chiffres nous ont montré la profondeur de la crise ; c’est maintenant à la volonté politique et collective d’en écrire la résolution.

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Harrys Michel
À propos de : Michel Hary Espoir - Formation : Licencié en Communication sociale - Profession : Professeur de Communication sociale, Journaliste, Animateur culturel, Analyste - Responsabilités : PDG du magazine Le Tout au Pluriel - Domaines d'expertise : Politique, Kabbalistes, Travail social - Contact : - Email : [email protected] - Téléphone : +509 48 43 81 36 / +509 55 48 92 39
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