Haïti : Le Cri de Raboteau face à la « Démission » de l’État

Haïti : Le Cri de Raboteau face à la
« Démission » de l’État

Par Pierre Robert Auguste

Président de l’AEA – Citoyen de Raboteau
GONAÏVES — Dans une adresse directe et sans concession au Premier Ministre Alix Didier Fils-Aimé, le Président de l’AEA, Pierre Robert Auguste, dresse un constat cinglant de l’effondrement de l’autorité étatique en Haïti. Entre dénonciation du mépris social et appel à un deuil national pour les victimes de l’Artibonite, il interroge l’essence même de la fonction publique : s’agit-il encore d’assumer une charge ou simplement d’occuper un trône ?

L’État : Entre majesté feinte et abandon réel

L’exercice du pouvoir ne saurait se réduire à une simple occupation de l’espace budgétaire ou protocolaire. « Assumer une fonction, c’est s’élever à la responsabilité de ses charges », rappelle Pierre Robert Auguste. Pourtant, le spectacle offert aujourd’hui semble être celui d’un État confiné dans une majesté de façade, sourd aux cris de ses citoyens.
Le massacre perpétré à l’orée du 29 mars à Jean Denis, dans l’Artibonite, par les gangs de Savien, illustre tragiquement cette rupture du contrat social. Pour les survivants, l’État n’est plus le garant de la vie et des biens, mais une entité spectatrice de leur agonie annoncée.

Le « mépris caractérisé » et l’indifférence sociale

Le texte dénonce une asymétrie révoltante dans la gestion de la douleur nationale. Si quelques dignitaires du pouvoir venaient à tomber, les drapeaux seraient en berne. Mais pour les dizaines de citoyens massacrés à Jean Denis, issus des classes humiliées, le silence du gouvernement est assourdissant.
« Leur âme mérite le deuil national », martèle le dirigeant de l’AEA, pointant du doigt un esprit discriminatoire qui semble régir la compassion officielle. Cette omission, loin d’être un simple oubli, est qualifiée d’« omission calculée », ouvrant la voie à une impunité où les corps sont jetés aux fleuves pour effacer les traces du crime.

Un pays qui cesse d’être un État
Le diagnostic institutionnel est sombre :

* Gouvernance : Le pays traverse ce qui est décrit comme la pire crise de direction de son histoire.
* Forces de l’ordre : La Police Nationale d’Haïti (PNH) est jugée désorientée par des directives politiciennes.
* Administration : Le territoire n’est ni dirigé, ni administré, mais « commandé dans le mauvais sens ».

Appel à la conscience et à la dignité
L’article se conclut sur un avertissement solennel : Haïti risque de cesser d’être un pays si la corruption et la lâcheté continuent de dominer la sphère publique et économique. En invoquant l’héritage de Gandhi, Pierre Robert Auguste appelle à une « paix héroïque des humiliés » pour restaurer la première République noire.
« Il n’y a pas de gloire de la honte », rappelle-t-il au Premier Ministre, signant ici un plaidoyer pour une patrie meurtrie qui refuse de mourir dans l’indifférence.

Par Pierre Robert Auguste
Gonaïves Haïti.

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