HAÏTI / POLITIQUE — Il existe au sein
de notre société une forme de tolérance nationale qui, par sa permissivité, légitime les pires dérives.
Pour preuve, la tentative manifeste de retour sur la scène publique de plusieurs anciennes figures politiques.
Après avoir abandonné les institutions de la République à la gabegie administrative, ces acteurs tentent aujourd’hui une opération de modernisation de leur image.
Pourtant, les récentes sanctions internationales n’étaient pas nécessaires pour mesurer à quel point leur gouvernance passée a laissé le pays exsangue, au bord du chaos. Ces visages, la conscience collective les connaît sans qu’il soit besoin de les nommer. Leurs réactions véhémentes face à la réprobation générale suffiront à les signaler à l’attention d’une jeunesse qui, trop jeune à l’époque de leur gestion, ignore la gravité de leurs méfaits.
À l’heure où la défense de nos valeurs cardinales est un impératif, une validation de ces candidatures par le Conseil Électoral Provisoire (CEP) constituerait un acte de complaisance historique coupable.
Les leçons oubliées de l’histoire :
de la Consolidation à l’Occupation
Cette perte de repères face aux crises n’est pas nouvelle dans l’histoire d’Haïti. Au début du siècle dernier, le retentissant procès de la Consolidation avait mis en lumière la corruption systémique de la classe politique. Malgré leur condamnation, certains acteurs de ce scandale, passés à la postérité sous le nom de « consolidaires », ont réussi à revenir au pouvoir.
Ce fut le cas de Cincinnatus Leconte, accédé à la présidence en 1911. Bien qu’il ait tenté par la suite d’amender sa gestion par des réformes méritoires, son installation au Palais National a scellé le début d’un effondrement moral global, ouvrant directement la voie à l’Occupation de 1915.
La trajectoire vers le désastre contemporain s’est dessinée dès l’aube des années 1990. Depuis cette période, le pays assiste à ce que les observateurs qualifient de « festin des rapaces » — doublé, dans notre contexte, d’un bal de ramasse-miettes. Pullulant dans les arcanes du pouvoir, ces derniers constituent les fantassins d’une armée d’opportunistes qui alimente l’incompétence et l’arrogance des démagogues. Loin de procéder à une réelle refonte éthique (*rebranding*), ces leaders déchus s’apprêtent à exploiter de nouveau les ressorts du populisme.
Une population prise en otage par la misère et la terreur
Malheureusement, les masses populaires, profondément meurtries par l’urgence d’un quotidien de misère et paralysées par la terreur des gangs, ne sont pas en mesure d’exiger collectivement des comptes. Face à cette léthargie forcée, les citoyens animés de civisme et de patriotisme se retrouvent trop isolés pour exercer une pression démocratique décisive contre le retour des spoliateurs.
Le triomphe du droit, si ardemment proclamé en 1986, a cédé la place à un abattement collectif. Face à des perspectives d’avenir sombres, une partie notable de la population, désespérant de la classe politique traditionnelle, n’envisage de salut que dans une forme de transition rigoureuse. Celle-ci serait exercée conjointement par des cadres compétents issus de la diaspora et par les rares figures nationales porteuses de modernité.
Le risque du coup de grâce : l’imposture de la « VIKTWA »
Comment pourrait-il en être autrement lorsqu’un dirigeant *de facto*, dont l’échec au pouvoir reste sans appel, s’estime en droit de réclamer une prime politique ? Convaincu de sa légitimité, ce dernier tente d’imposer au pays, par des manœuvres suspectes et à travers une structure ironiquement baptisée « VIKTWA » (Victoire), une équipe destinée à prendre le relais.
Si une telle entreprise devait réussir, elle planterait le dernier clou dans le cercueil du redressement national. Ce serait le reniement ultime de décennes de luttes et, hélas, de tant de sang versé pour la démocratie.
Écrit par :
Robert Malval
Le Nouvelliste
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