Haïti-Politique: LE SAUVETAGE D’HAITI ENTRE DEFIS ET OPPORTUNITE

Haïti-Politique: LE SAUVETAGE D’HAITI ENTRE DEFIS ET OPPORTUNITE

L’accord du 3 avril 2024 a aujourd’hui un an et un jour. C’est le cadre référentiel du Conseil Présidentiel de Transition (CPT). Cette structure atypique est, à tout point de vue, un accouchement difficile opéré par la matrone et le mastodonte international. Mais un an après, comme pour toute solution importée et réceptionnée par la galerie des acteurs mafieux de tout acabit, le résultat ne peut être que décevant.
Le pays s’enfonce dans un chaos généralisé qui devient, chaque jour, de plus en plus complexe et intenable pour la population.
Point n’est besoin de rappeler les différents actes de la tragi-comédie qui se joue et abaisse le pays.
Qui est le méchant, le vrai ennemi qui utilise différents instruments et stratagèmes pour perpétrer son forfait? Comment libérer le pays de ses griffes criminels pour aller de l’avant?
Comment refonder la nation pour vivre dans une société alternative juste et humainement respectable et responsable?

Un état des lieux affligeant :
Haïti a tous les atouts pour être une grande nation.
Il existe vraisemblablement un plan machiavélique qui veut le contraire.
Si aujourd’hui près de 50% de la population souffre de l’insécurité alimentaire, si le pays est dépendant à 52% environ de l’importation pour nourrir ses habitants, si environ 1 million d’enfants souffrent de malnutrition, de maladies d’origine hydrique et si la plupart en meurent faute de soins, ce sont surtout et avant tout des décisions politiques qui en sont la cause.
Les fuites massives vers l’étranger de jeunes, de paysans et de cadres pour des raisons économiques, politiques et éducatives, mais en outre pour cause de violences d’ordre physique, psychologique et moral commis par les gangs, auxquelles s’ajoutent le siège de la Capitale coupée tant du reste du pays que de l’extérieur et la flambée des prix, font partie de ce plan dont les auteurs seuls ont le secret.

En outre, les pénétrations intempestives des gangs, dans l’Ouest, l’Artibonite et le Centre, chassant des familles de leur maison et de leur zone, massacrant des gens de leur propre catégorie sociale, incluant des enfants, violant des femmes, attaquant, incendiant et fermant les portes des hôpitaux, des écoles, des universités et des institutions caritatives sont autant de cas qui montrent que les gangs sont un instrument que des mains invisibles manipulent et protègent à distance. D’autres instruments qui agissent en sous-marin se retrouvent dans le paysage institutionnel, sans oublier des professionnels et des individus.
Ils forment chacun à sa façon les bourreaux du pays, détruisant sa production et son économie, livrant la jeunesse à la débauche tout en faisant litière de ses besoins s’épanouissement, d’affirmation et d’intégration, au point que beaucoup de jeunes ne cherchent un exutoire que dans la fuite, l’alcool, la drogue, la prostitution, les jeux de hasard, les gangs, etc.

Que faire alors?
Face à ce plan macabre, plus d’un déclarent que le pays va disparaître.
Des chansons de citoyens interpelés traduisent cette appréhension.
Il y en a même une qui dépeint un tableau apocalyptique et fixe le cap de 25 ans pour perdre Haïti, si rien n’est fait. Se référant plutôt à Aimé Césaire, d’autres parlent de génocide par substitution.
Notre hypothèse prioriserait plutôt des rats domestiques et indexe une affaire de voisinage visant à occuper économiquement le pays et à en faire une réserve stratégique.
Il y a lieu de méditer sur le documentaire qui circulait sur les réseaux sociaux, relatif à l’unification de l’île et sur la conférence de presse américano-dominicaine sur les terres rares.
Vous pouvez demander pourquoi passer par la République Dominicaine?
Les Haïtiens sont en général un peuple rebelle et chauvin, prisonnier d’une mentalité de méfiance; alors que les Dominicains sont plus dociles, faisant preuve de plus de réalisme et d’ouverture pour négocier l’avancement de leur pays.

Tout d’abord, il y a un fardeau à déposer: la transition.
Ensuite, il y a deux réponses à exclure : ce n’est ni l’international, ni des élections dans le contexte actuel, si l’on considère notre histoire des 39 dernières années.
Face à l’absence de volonté de l’élite ou à son incapacité de transcender pour penser et offrir le bien-être collectif, la solution qu’il reste au peuple et l’unique qui vaille la peine aujourd’hui est la prise de son destin en main.
Le « bwa kale » a des limites pour être une option viable. Dans ce cas, il y a une double voie de court et de long terme à prendre.
A court terme, le peuple fait ce que son devoir patriotique commande en pareil moment pour créer la rupture et la stabilisation permettant de remettre le pays sur les rails.
Ce qui demande du courage, du sacrifice et un plan solide pour empêcher, d’une part, que son coup ne foire, ni n’entraîne des dégâts matériels trop importants et des pertes en vies humaines excessives, tout en sachant qu’il n’y a pas d’omelette sans casser des œufs.
D’autre part, il s’agit d’éviter toute récupération par ces caméléons qui ont conduit le pays au chaos actuel, le réduisant à un niveau plus dramatique que celui qu’ils dénonçaient, condamnaient et surtout qu’ils reprochaient à Duvalier.
A long terme, il s’agit plutôt d’une vaste entreprise de reconstruction, en misant sur les jeunes, pour faire renaitre et prospérer le pays dans un nouvel ordre social historique.

Y a-t-il quelqu’un pour peser le frein pour Haïti?

Lors d’une conversation, le 19 Mars 2025, une paysanne totalement analphabète (Cléante Jean-Jacques), a dit : « Pase ou prete nan men moun ou konnen, pito’w vole lanmè ».
Malgré l’éloignement dans le temps, l’espace et le statut social, il y a là un rapprochement subtile qu’on peut tenter avec ce que le timonier Mao Zedong a dit, à propos du Japon et des États-Unis : « Nos ancêtres ne conseillent-ils pas de négocier avec les nations lointaines, tout en se battant contre les pays proches » (In Thomas Gomart : « L’affolement du monde, 10 enjeux géopolitiques » ; p. 34).
La Chine est en train de passer de grande nation à grande puissance mondiale.
A la base de cette ascension fulgurante, se comptabilisent le temps, des épreuves et des souffrances, mais aussi le courage, la détermination, et surtout tant un mindset qu’un choix économique clair qui s’est appuyé sur un autoritarisme numérique.

Tout le malheur du pays vient de cette alliance insidieuse entre les deux ailes de cette élite qui flirte avec l’international.
Alors, dénoncer, blâmer, se résigner ne sont que lâcheté et faiblesse. Au contraire, le sachant et voulant qu’il en soit ainsi, elle s’amuse à enfoncer le clou.
Il faut tout simplement faire sauter le verrou, renoncer à jamais à son culte, pour nous attacher pour toujours à un nouvel ordre social historique totalement juste, où règne le souci du commun et de l’autre. Autrement dit, face à cette prise en otage de l’État par cette élite et à cette tutelle internationale depuis le Lac Meech (Gatineau, à l’initiative d’Ottawa, Janvier 2003), qui ne dit pas son nom mais qui rappelle étrangement la Conférence de Berlin (à l’initiative de Mismarck,1884 – 1885), il est venu le temps de sortir de cette « servitude volontaire ».
ll est temps de sortir le pays de la mainmise des gérontes pour le rendre aux jeunes qualifiés et patriotiques, même s’ils doivent bénéficier de l’encadrement de gens expérimentés immaculés, non de mèche avec les corrompus et les arriérés.
Mais, « Cette fois-ci, l’Indépendance ne se limitera pas à briser les chaînes physiques, mais aussi celles mentales, culturelles et commerciales, ouvrant ainsi la voie à un épanouissement social et économique durable » (Annik Chalifour).

Par: Abner Septembre
Sociologue.

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