HAÏTI-RÉFLEXION: QUE JE PENSE/DEVOIR MÉMORIEL

HAÏTI-RÉFLEXION: QUE JE PENSE/DEVOIR MÉMORIEL

En suivant aujourd’hui la commémoration très médiatisée des 80 ans de la libération de Paris de l’étau inhumain du nazisme, la ferveur mémorielle intergénérationnelle, que j’ai vu déployer les français, m’a plongé dans une profonde tristesse de comparer l’insouciance mémorielle de nos dirigeants, aggravée de l’amnésie historique de nos élites et d’une certaine tendance sociale sacrilège et iconoclaste . C’est comme si notre passé glorieux n’existait pas, ne vaut plus sa transcendance universelle.

Il y a deux semaines, c’était le 14 août, date où l’humanité des esclaves se dressait comme un char militaire à l’assaut de l’oppression raciste. Il y a une semaine, ce fut le 21 août où la détermination des noirs se maria à leur égregor enflammé contre tous les symboles de l’esclavagisme jusqu’à la fécondation des racines de la liberté, de l’égalité, de la fraternité encore retenue dans le cep de l’égoïsme individuel.

Bientôt, en octobre ce sera l’anniversaire de la mort de Christophe et de l’assassinat de Dessalines, en novembre celui d’un des plus hauts faits de l’histoire militaire mondiale,la défaite, le 18 novembre 1803, de la plus grande armée de l’époque devant celle des indigènes que le président Aristide allait détruire en 1994 pour son insatiable pouvoir personnel et que d’autres trahissent jusqu’à aujourd’hui par lâcheté et manque de sens de dignité nationale.

Notre histoire s’étiole de génération en génération, dans ses manifestations. Le ministère de la culture a été créé. Mais on n’a jamais eu un ministre de la culture, hormis quelques volitions fragmentaires d’un Franckétienne , d’un Daniel Elie et d’un Pierre Raymond Dumas. Même les chroniques historiques,les éphémérides s’effacent dans le répertoire des médias. La société haitienne d’histoire et de géographie survit minablement. Or la magnication des faits historiques, les débats et les recherches qui s’y orchestrent sont appelés à jouer un rôle important dans la formation collective. Il est temps de couler la culture haitienne dans le béton.

Les générations ont besoin de se rendre dans les galeries, dans les musées, de repérer les sites patrimoniaux,de découvrir dans une rue sur le mur d’une maison une plaque rendant hommage à un personnage illustre. Il faut créer cette habitude de valoriser, d’enrichir ce qui a été pour être ce qui sera le lien entre les hommes et femmes d’hier et ceux d’aujourd’hui et de demain. La muséomanie doit s’infiltrer dans les moeurs comme un sentiment d’attachement au patrimoine individuel, local, national. La mémoire du passé n’est pas seulement un devoir mais une manière pour un homme pour une femme de signifier qu’elle se nourrit de sa dignité d’être.
Écrit par: Pierre Robert Auguste.

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