Haïti : Une terre trahie, en attente de justice

Haïti : Une terre trahie, en attente de justice

Par Smith PRINVIL

Ici, sur cette terre noire où bat le cœur de la première liberté nègre, le sang coule encore. Mais ce n’est plus celui des colons. Ce n’est plus celui des ennemis extérieurs. C’est celui des enfants d’Haïti. Des jeunes à peine adultes, aux rêves avortés. Des femmes brisées. Des garçons perdus, sacrifiés dans la guerre de la misère. Ce sol, béni par le sacrifice des héros de 1804, pleure l’âme d’innocence de ses fils et filles, fauchés par un système qui ne les voit plus, ou pire, les considère comme des déchets à balayer.

Haïti est en deuil permanent. Pas celui que l’on annonce dans les journaux officiels. Non. Un deuil intime, quotidien, silencieux. Celui d’une population qui voit s’éteindre, jour après jour, l’étincelle de ses enfants. La capitale, jadis brasier de résistance et de vie, est devenue une ville fantôme, où les rafales d’armes automatiques dictent le calendrier des funérailles. À Cité Soleil, à Carrefour-Feuilles, à Bel Air, à la Saline, à Solino, à Mirebalais, à l’Artibonite— la géographie de la douleur s’élargit chaque jour. Et avec elle, l’indifférence des élites, le cynisme des puissants, l’oubli international.

Mais ce drame n’est pas tombé du ciel.

C’est le fruit d’une gouvernance criminelle, d’un État démissionnaire, qui a laissé pousser les racines du chaos dans les entrailles mêmes de la République. C’est l’héritage empoisonné de décennies d’ingérences étrangères, de plans d’ajustement structurels, d’occupations politiques déguisées en aide humanitaire. C’est la conséquence d’un projet délibéré de désintégration sociale, économique et culturelle de l’Haïtien, réduit à une vie de survie.

Où sont les institutions ? Où est la République ? Où sont les défenseurs de la patrie ? Sont-ils tous complices de cette agonie ? Ont-ils oublié les serments de Dessalines, qui jurait de « faire respecter l’homme noir sur cette terre » ? L’ont-ils enterré avec le rêve d’un peuple souverain, debout, digne ?

Ceux qui détiennent les armes ne sont pas les seuls à être coupables. Ceux qui détiennent le silence, eux aussi, portent le poids de ces morts. Les multinationales qui exploitent nos ressources sans restituer. Les diplomates qui applaudissent des montages de gouvernements provisoires illégitimes. Les ONG qui, sous couvert d’humanitaire, perpétuent une économie de dépendance. Et nous, parfois, nous aussi — quand nous ne crions plus, quand nous ne résistons plus, quand nous croyons qu’il n’y a plus rien à faire.

Mais il reste une chose que l’on ne pourra jamais tuer : la mémoire du peuple.

Cette mémoire vit dans les chants des mères qui pleurent mais se lèvent. Dans les mots des poètes, dans les murs peints de nos ghettos, dans les pas des jeunes qui marchent encore malgré la peur. Elle vit dans la rage des artistes, dans les textes des militants, dans la prière sourde d’un peuple qui attend sa résurrection.

Non, Haïti n’est pas un territoire perdu. Elle est une terre trahie, en attente de justice.

Et cette justice ne viendra ni de Washington, ni de l’ONU, ni des ONG milliardaires. Elle viendra du sol. De ce même sol dessalinien qui, s’il pleure aujourd’hui, saura un jour crier sa vérité. Car un peuple qui a vaincu Napoléon n’est pas condamné à mourir sous les balles de ses propres enfants. Il peut renaître. Il doit renaître.

Et nous avons le devoir — moral, historique, sacré — d’en être les bâtisseurs. De rendre la parole aux quartiers. De désarmer la peur. De nommer les coupables. De créer la rupture. De sortir du piège colonial et du simulacre républicain.

Le sol pleure, oui. Mais ce sol est vivant. Et il porte encore, en ses profondeurs, l’écho d’une révolution que rien ni personne n’a pu éteindre.

Écrit par Smith Prinvil
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À propos de : Michel Hary Espoir - Formation : Licencié en Communication sociale - Profession : Professeur de Communication sociale, Journaliste, Animateur culturel, Analyste - Responsabilités : PDG du magazine Le Tout au Pluriel - Domaines d'expertise : Politique, Kabbalistes, Travail social - Contact : - Email : [email protected] - Téléphone : +509 48 43 81 36 / +509 55 48 92 39
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