Intervention de Pierre Robert Auguste Président de l’AEA à la Conférence sur la Justice du 21 Août 2026 aux Gonaïves

Intervention de Pierre Robert Auguste
Président de l’AEA à la Conférence sur la Justice du 21 Août 2026 aux Gonaïves

Ma conviction républicaine profonde m’impose ce matin une présence qui, étonnante, sera interpellée par plus d’un. Comment moi, qui affirme un désaccord systématique avec un régime extralégal, puisse accepter de participer à des débats organisés par un membre de ce régime extralégal ?
Ma réponse sera simple. La coopération divergente, signe de vitalité démocratique, enrichit l’esprit de tolérance. Elle ne s’exerce pas sans obligation de courtoisie. Aussi, est-ce par déférence envers la distinguée Bâtonnière des Gonaïves, Docteure Youdeline Chérizard Joseph, que, répondant à sa pressante invitation, j’exprimerai mes points de vue sur la justice de mon pays, sur la justice dans ma ville natale, sur ses relations avec la communauté internationale, sur l’insertion des citoyens au cœur de cette justice.
L’essence de la Justice
La Justice est intimement et étroitement liée aux droits de la personne humaine. Elle ne saurait exister dans un régime extralégal, ni sous le règne de l’arbitraire. Si elle ne garantit pas la liberté, la justice est une hérésie. Si elle ne fonde pas l’égalité, la justice crée une suzeraineté de droits, un statut d’ayants-droits prédestinés à la jouissance de privilèges exclusifs. Si elle n’établit pas l’harmonie entre les hommes et les femmes, entre les différentes entités sociales, la justice devient une agression permanente contre la dignité humaine. Donc le respect intégral de la dignité humaine représente le tenant et l’aboutissant de la justice. La justice commence là où la dignité humaine est respectée. Elle finit là où la dignité humaine est fouulée, vénérée, célébrée. La dignité humaine ne souffre d’exception, doit souffrir d’aucune exception.
Discrimination Structurante
La dignité humaine doit être protégée. Tout un dispositif de sécurité doit être mis en place pour garantir l’inviolabilité physique, la libre circulation des biens et des personnes, le progrès humain, l’accès aux services de base.
Pourtant, la crise de sécurité qui s’est aggravée dans le pays élargit une délimitation, une différenciation sociale entre ceux qui méritent protection parce qu’ils ont de l’argent et ceux qui sont livrés aux risques d’assassinat, de destruction de leurs biens parce qu’ils ont peu, ou parce qu’ils n’ont rien. Une inégalité territoriale apparaît, s’étend entre zones de non-droit et zones de sûreté relative.
Le département de l’Artibonite n’échappe pas à ce qui a tout l’air d’une différenciation sociale déterminée par des intérêts sordides et occultes à motivation politicienne. On détruit le territoire pour le pouvoir et l’argent. On mutile des êtres humains pour faire peur. On détruit la vie des autres pour s’acheminer soi-même vers le chaos. On est devenu une société schizophrénique. Donc il y a lieu de soulever des interrogations profondes.
Le problème de l’insécurité est-il appréhendé dans tous ses aspects : anthropologique, sociologique, économique, psychologique, stratégique ? À force de privilégier la répression, on oublie de voir qu’elle est devenue une mode sociale, une entreprise économique lucrative, une méthode excentrée de déstabilisation de l’État, de décomposition de la société.
L’approche doit sortir de l’université, pluridisciplinaire, recentrée sur l’histoire et l’évolution des entités sociales qui peuplent le territoire. Il est vrai que les armes pourront servir, mais elles sont loin, très loin de correspondre à la solution efficace. Quand, dans une société, l’humanité est déniée à des êtres, soit pour la couleur de leur peau, soit pour leur rang économique, social, familial, il faut replonger dans la société pour en déterminer les avatars, les stéréotypes malsains, les manquements, les dérives. L’insécurité cache une crise plus profonde. C’est la crise de l’humanité, son procès bloqué par le vice de la corruption et du détournement du bien commun. Pour y parvenir, il faut un triple devoir de responsabilité, de vérité, de solidarité.

Page 5
De gouvernement corrompu à gouvernement plus corrompu, ils assistent notamment au détournement des fonds de l’ONA qui, mieux utilisés à des fins de création de logement, pourraient leur donner espoir d’accéder à un minimum de sécurité sociale. Honnêtes même après 25 ans, aucun d’eux ne pourrait prétendre à un logement décent. Ils sont abandonnés à leur seule bonne foi contre toutes les mauvaises tentations.
Ici, aux Gonaïves et dans toutes les autres villes du département, les policiers dorment dans des conditions inhumaines. Les magistrats et autres agents judiciaires triment entre les heures du bureau et la « manne du ciel » ou le « petit pas », une forme d’épargne associative née de l’ingénierie financière populaire. Assez souvent, l’insécurité économique pousse certains à se mêler des cas d’insécurité foncière.
Origine des bandes armées
Les conflits terriens sont à la base des bandes armées dans le département de l’Artibonite, particulièrement dans le Bas-Artibonite depuis plus de 70 ans. Chaque partie en litige se crée sa propre armée de combat. La machette restant jusque-là l’arme favorite.
À la suite de la réforme agraire, les milices « foncières ou terriennes » sont récupérées par des poli…
Page 6
…ticiens qui remplacent la machette par des armes à feu de tout calibre. Ces hommes de main vont vite rentabiliser leurs armes en commençant par rançonner les passagers, ensuite se lançant dans des kidnappings, s’adonnant dorénavant à des actes de terrorisme.
Il y a lieu de mentionner un cas d’insécurité foncière, ou une forme de dépossession forcée aux Gonaïves par l’État lui-même. L’arrêté du 9 Janvier 2011 déclarant inconsidérément d’utilité publique un large périmètre s’étendant de Carrefour Gros-Morne à La Pierre. Malgré la loi sur l’expropriation limitant l’effectivité de la mesure à un an, cet arrêté donne lieu à des interprétations abusives évoquées le plus souvent pour nuire ou servir à des intérêts indicibles. Depuis sa publication, tous les ministres des Finances se complaisent dans une cutrecuidance, ne dédommageant pas les vrais propriétaires comme le veut la loi, et refusent de dédommager les vrais propriétaires dont les droits économiques sont violés, bafoués.

Ministère, dont on doit lui enlever la mission et la fonction de sécurité bien impropre à son statut originel, a intérêt à créer, supporter des écuries de juristes dans toutes les juridictions, sans porter atteinte à leur autonomie intellectuelle. Certes, il existait en son sein une commission de juristes chevronnés. L’un d’eux, l’éminent Jean Vandal m’a honoré de son amitié et de sa collaboration intellectuelle depuis plus de 50 ans. Il m’a permis de consulter l’avant-projet du code de procédure pénale. En son article premier, j’ai lu : (je cite)
« La procédure pénale garantit l’égalité de tous les individus devant la loi, sans distinction de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation. »
Est-ce que cette disposition, qui fonde l’universalité du droit, existe toujours ? Je n’en sais rien !
Y a-t-il d’autres choses à ajouter pour alimenter les débats ?
— Très certainement.
D’abord, par respect de la dignité de la Cité de l’Indépendance, le Ministère de la Justice doit construire, aménager une prison civile moderne.
Deuxièmement, le choix des juges et procureurs de la République, puisque ce sera peut-être la nouvelle dénomination des commissaires du gouvernement, doit être soumis à la votation populaire.
Troisièmement, le CSPJ, qui crée une sournoise dépendance meurtrière entre la magistrature et le système de nomination et de cooptation, doit revenir au centre des débats visant la réforme institutionnelle de l’État pour être débarrassé de toutes ses anomalies comme autant de scories.
Quatrièmement, l’indépendance de la Justice doit être fondée à la souveraineté pleine et entière de l’État et ne peut être sujette à des pressions ni des instances internationales, ni des officines douteuses de droits humains.
Cinquièmement, le respect de l’éthique professionnelle de l’avocat et des Conseils de l’Ordre doit venir en support à la garantie et à la sécurité juridiques.
Sixièmement, l’adage que « nul n’est censé ignorer la loi » ne tient debout que dans la mesure où la loi est mise et divulguée à la portée des citoyens.
Septièmement, les œuvres rendues par les juges doivent faire chaque année l’objet d’un examen minutieux sous réserve de sanctions réformatrices ou révocatrices.
Huitièmement, une culture de célébration doit honorer à chaque ouverture de l’année judiciaire les œuvres les plus méritoires issues des tribunaux.
Neuvièmement, l’amélioration du traitement des juges doit faire l’objet d’une attention soutenue. À partir de la 1ère instance, ils auront droit à une maison de fonction s’ils n’en possèdent pas.
Dixièmement, il faut démocratiser la procédure de porter plainte contre un juge sur la base d’un bien-fondé du droit.
Enfin, ce que je constate : il y a une distorsion entre le droit, la loi, les réalités sociales. La justice qui rend la vie inhumaine,
le droit discriminatoire est injuste. Elle enfreint l’universalité et la dignité humaine. Fort souvent, par excès de pouvoir, des juges imposent leur volonté sous le couvert de la dictature de la loi. Ce n’est pas la justice. L’excès de la loi est un désordre et un scandale dans la justice. Elle en meurt et détruit la confiance sociale, sans laquelle la justice n’est qu’un vain mot.
Merci.

Pierre Robert Auguste
Président de l’AEN
Secrétaire général de Fonami /
Et Secrétaire général de Gonaives Debout

Le tout au pluriel magazine nous sommes vos yeux et vos oreilles.

About Harrys Michel

Harrys Michel
À propos de : Michel Hary Espoir - Formation : Licencié en Communication sociale - Profession : Professeur de Communication sociale, Journaliste, Animateur culturel, Analyste - Responsabilités : PDG du magazine Le Tout au Pluriel - Domaines d'expertise : Politique, Kabbalistes, Travail social - Contact : - Email : [email protected] - Téléphone : +509 48 43 81 36 / +509 55 48 92 39