Justice haïtienne : Entre liberté « humanitaire » et cachots de l’oubli

Justice haïtienne : Entre liberté « humanitaire » et cachots de l’oubli

Le paradoxe est criant : alors que des figures politiques épinglées pour corruption retrouvent l’air libre au nom de l’humanitaire, d’autres s’enlisent dans l’enfer de la détention préventive. Dans un pays où l’impunité semble être la règle pour les puissants, une question dérangeante s’impose : quelle légitimité reste-t-il à un système qui libère les cols blancs tout en étant incapable de freiner la terreur des gangs ?

Port-au-Prince. – La justice haïtienne est, une fois de plus, sur le banc des accusés. Sous les projecteurs : une série de libérations controversées de personnalités accusées de corruption et de détournement de fonds publics. Si certains respirent aujourd’hui le parfum de la liberté, d’autres croupissent en cellule depuis plus d’un an, sans procès, dans des conditions sanitaires alarmantes.

Le « Sésame » des raisons humanitaires
Parmi les chanceux du système figurent Edwine Tonton, ex-directrice de la Caisse d’Assistance Sociale (CAS), et Pierre-Richard Valès, ancien comptable en chef de l’institution. Impliqués dans des dossiers de corruption documentés par l’Unité de Lutte contre la Corruption (ULCC), ils ont bénéficié d’une libération provisoire pour « raisons humanitaires ». Résultat : aucune décision sur le fond n’a été rendue, mais les portes du pénitencier se sont ouvertes.

Même scénario pour l’ex-député Cholzer Chancy. Incarcéré dans le dossier du détournement des biens du Centre National des Équipements (CNE), il n’aura passé que deux mois derrière les barreaux avant qu’un juge d’instruction ne signe son élargissement, invoquant là encore des motifs humanitaires. Des parcours similaires ont profité à Nenel Cassy et d’autres cadres politiques, naviguant entre clémence médicale et opportunisme politique.

Les oubliés du système
Pendant que les rues de la capitale voient déambuler ces anciens dignitaires, d’autres figures publiques restent figées dans le temps de la détention préventive. Magalie Habitant (ex-SNGRS), Rosemilla Petit-Frère (ex-mairesse) ou encore Elionor Devallon (ex-directeur de la CAS) attendent toujours que la balance de la justice penche de leur côté.

À cette liste s’ajoutent Jemley Marc Jean Baptiste, Victor Prophane et Phanèse Laguerre, maintenus à l’ombre depuis plus d’un an. Accusations de corruption, détournements ou connivences avec les gangs : le catalogue est lourd, mais le procès, lui, reste un mirage.
Une justice à deux vitesses
Pour les observateurs, le constat est amer : Haïti s’enfonce dans une justice à deux vitesses. D’un côté, des dossiers qui glissent avec une fluidité déconcertante vers la libération ; de l’autre, des procédures qui stagnent dans les méandres de la détention prolongée.

Cette dualité nourrit un sentiment d’impunité délétère. Le contraste est d’autant plus violent qu’il pose une question de fond sur l’ordre public : comment demander à une population de collaborer pour neutraliser les chefs de gangs — les Izo, Babekyou ou Lanmò Sanjou — quand ceux qui ont siphonné les caisses de l’État circulent en toute impunité ?

La prison, loin d’être un lieu de vérité, semble devenue un simple sas vers l’oubli. Tant que ce mécanisme arbitraire persistera, l’État de droit en Haïti ne sera qu’un concept de papier, fragile et désespérément injuste.
✍🏽 Michelin LEONE

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Harrys Michel
À propos de : Michel Hary Espoir - Formation : Licencié en Communication sociale - Profession : Professeur de Communication sociale, Journaliste, Animateur culturel, Analyste - Responsabilités : PDG du magazine Le Tout au Pluriel - Domaines d'expertise : Politique, Kabbalistes, Travail social - Contact : - Email : [email protected] - Téléphone : +509 48 43 81 36 / +509 55 48 92 39
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