La dictature ou la démocratie ?
« Les dictatures sont des voies à sens unique. La démocratie est à double sens. » Albert Moravia
Une analyse méticuleuse nous montre que _ durant cette période de transition vers la démocratie, à chaque période de commotions sociales, de perturbations sociopolitiques, de banditisme politique, de perversions accrues dans la gestion de la chose publique haïtienne, dans la gouvernance du pays_ de plus en plus de voix de citoyennes et citoyens exténués, désespérés, s’élèvent pour appeler, consciemment ou inconsciemment, au despotisme, à l’autoritarisme. Ces voix font souvent référence à la relative stabilité politique, à la paix apparente, paix de cimetières, qui a marqué le règne dictatorial des tenants du pouvoir de 1957, comme si elles étaient nostalgiques d’une situation sociopolitique de loin meilleure que celle dans laquelle végète le pays en ces derniers temps.
Par contre, ces mêmes voix ne peuvent, en aucun cas, soutenir l’argument selon lequel la jouissance des libertés, et l’exercice des droits _ liés au statut plein et entier de citoyennes et de citoyens dans un régime démocratique véritable _ conduisent, inexorablement, vers la dépravation des mœurs politiques et sociales, vers l’affaiblissement des institutions, vers l’abaissement de l’âme, vers la perfidie, la crapulerie, l’irresponsabilité, l’insouciance des dirigeants d’un État, vers la paupérisation des diverses couches et classes sociales, vers l’exode forcés de jeunes d’une population, vers la misère sociale et le désespoir politique.
Il y aurait, en effet, une attitude nostalgique, une forte tendance au désespoir politique qui laisserait, intérieurement, le soupçon d’un recours à la dictature, à l’autoritarisme en Haïti. Comme remède miracle, comme solution magique aux maux et fléaux, érigés en système, et qui rongent actuellement la société : la balkanisation de la dictature des gangs armés, la propension de la violence aveugle dans les manifestations de rues, la multiplication exagérée des partis politiques et organisations populaires, la parole débridée et futile dans les médias, l’expansion des actes de corruption, de surfacturation, de népotisme, de clientélisme dans l’administration publique, l’impunité dont jouissent les criminels de toute sorte, la dépravation des mœurs sociales, la banalisation des pouvoirs et de l’autorité de l’État…
La dictature pourrait-elle être compatible avec l’organisation politique de l’État d’Haïti, en ce début du XXIe siècle, ou serait-elle la solution, le remède à nos problèmes ?
Il faut, en toute honnêteté, reconnaître que, dans l’histoire récente de certaines sociétés, le despotisme, la dictature, se sont installés à la suite ou la faveur de grandes commotions sociales, de perturbations sociopolitiques, de l’effritement de leurs institutions… Il faut, par contre, avouer que ces mêmes sociétés font, depuis un certain temps, l’expérience de l’exercice des libertés et de la jouissance des droits civils et politiques pour remplir toutes les fonctions d’États modernes et assurer, un tant soit peu, la satisfaction des besoins et de certaines autres revendications légitimes de leur grand corps social. Ce, à partir du renforcement de leurs institutions républicaines et de l’implantation d’autres, tout aussi performantes et efficaces à partir d’un grand << effort unitaire indispensable>> à l’identification et à la résolution des problèmes fondamentaux, à partir de l’élaboration et de l’exécution de politiques publiques en faveur de leur population, à partir de la réalisation de grands travaux d’intérêts public susceptibles de faciliter la croissance économique, la cohésion sociale, l’émancipation sociale, et la stabilité politique. Pour illustrer notre analyse, on peut citer le cas de la république voisine dont l’image reluisante actuelle renvoie, bizarrement, celle de notre apatridie , de notre infamie, de notre dérision, de nos actes manqués.
Pour y parvenir, l’élite politique ou dirigeante de la république dominicaine ont fait << l'effort unitaire indispensable>> à la modernisation et à la bonne gouvernance du pays, à travers un véritable consensus politique, un solide pacte de gouvernabilité qui rétablit les voies et moyens de l’alternance au pouvoir, des partis politiques, relativement structurés et organisés, assurée par une institution électorale réalisant des compétitions, régulières et périodiques, plus ou moins fiables qui définit une politique d’aménagement du territoire en fonction des grandes priorités nationales et de grands axes ou pôles de développement, autour desquels continuent de s’articuler des politiques publiques en faveur de la population qui prévoit le renforcement des institutions _ la police civile et les forces armées militaires, par exemple _ fonctionnant selon les règles, normes et principes démocratiques pour obtenir la performance et l’efficacité dans les tâches et missions de sécurité, de stabilité politique des institutions indispensables à la défense du territoire, à la paix publique, à la souveraineté nationale, à la croissance économique, à une certaine cohésion sociale, à la satisfaction des besoins primaires ou fondamentaux de la population…
On peut affirmer haut et fort que , le pouvoir des temps modernes est désormais confiné dans le domaine du droit public et que l’art de gouverner est une affaire d’administration. L’idée de revenir au despotisme, de revenir à la dictature, ne peut être que chimère ou illusion, de ceux et de celles qui refusent de lutter pour replacer Haïti dans le concert des grandes nations civilisées, à partir de méthodes, principes, règles et normes démocratiques. D’ailleurs, la dictature, à laquelle ces désespérés ou nostalgiques font allusion, était forcée de rechercher, dans des arguties légales ou légitimes, la justesse de ses sanctions, le fondement populaire de ses réalisations, de ses interventions et, même , de ses atrocités…
Fort de tout cela, un sursaut qualificatif, possible avec l’implication active des citoyennes et citoyens de bonne foi de la communauté.
Port-au-Prince, Le 17 février 2024.
Me. Saint-Alex NOEL
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