La place de l’alliance intergénérationnelle prônée par le feu professeur Leslie François Saint-Roc Manigat dans le débat actuel
Depuis un bon moment déjà, on sent monter une tension inutile, presque triste, entre générations. Comme si l’avenir de la Terre natale devait se jouer dans un face-à-face entre ceux d’hier et ceux des années 2000. Comme si l’un devait effacer l’autre pour exister. Pourtant, cette logique nous éloigne d’une vérité simple que défendait déjà Leslie Manigat : un pays avance quand ses générations se parlent, pas quand elles se défient.
En Haïti, ce climat devient préoccupant. On voit une partie de l’ancienne génération lever le bouclier, comme pour se protéger ou se justifier, face à une jeunesse née autour des années 2000, plus directe, plus exigeante, parfois impatiente. Et, en retour, cette jeunesse regarde ses aînés avec une forme de rejet, convaincue qu’on ne lui a laissé que des ruines et des promesses non tenues.
Mais à force de se considérer comme des adversaires, on oublie l’essentiel : personne ne peut reconstruire ce pays seul.
La vision de l’ancien président constitutionnel d’Haïti nous invite justement à sortir de cette impasse. Il ne parlait pas d’un passage de témoin brutal, ni d’un pouvoir confisqué indéfiniment, mais d’une alliance. Une vraie. Où les anciens ne se sentent pas menacés par les jeunes, et où les jeunes ne voient pas les anciens comme un obstacle à abattre.
Car oui, l’ancienne génération porte des responsabilités, mais elle porte aussi une mémoire. Elle a connu des luttes, des échecs, des tentatives, parfois mal comprises aujourd’hui. Et cette mémoire, si elle est transmise avec honnêteté, peut éviter bien des répétitions douloureuses.
Et oui aussi, la génération 2000 dérange. Elle bouscule, elle refuse certains codes, elle exige plus vite. Mais ce n’est pas une faiblesse. C’est souvent le signe qu’elle refuse de s’habituer à l’inacceptable. Encore faut-il que cette énergie s’accompagne de rigueur, de formation et de vision.
Le problème, ce n’est donc pas l’une ou l’autre génération. Le problème, c’est ce mur invisible qui est en train de se dresser entre elles.
Prendre position à l’heure actuelle, c’est refuser ce mur. C’est dire aux aînés : protéger votre héritage ne doit pas vous empêcher d’ouvrir la voie. Et c’est dire à la jeunesse : vouloir changer les choses ne doit pas vous amener à rejeter tout ce qui vous a précédé.
Si l’on reste dans cette logique de confrontation, chacun parlera plus fort, mais personne ne sera entendu. Et notre Patrie commune continuera à « rele Leyogàn difò nan kè kamyonèt la ».
Revenir à la pensée du fondateur du Rassemblement des Démocrates Nationaux Progressistes (RDNP), c’est choisir autre chose. C’est choisir de faire de cette tension une rencontre, de transformer la méfiance en transmission et la colère en engagement.
Parce qu’au fond, la vraie question n’est pas de savoir qui a raison entre les anciens et la génération 2000. La vraie question, c’est de savoir si nous sommes prêts, enfin, à construire ensemble ce que nous sommes incapables de bâtir séparément, afin de CHANGER LA VIE EN HAÏTI.
Fait à Port-au-Prince, le 21 avril 2026
Saint-Alex NOEL
Citoyen haïtien
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