L’affaire Thélyson Orélien : Quand l’intelligence artificielle se heurte au
réel de l’exil
Pour l’académicien Dany Laferrière, si le romancier Thélyson Orélien a commis une erreur de méthode en s’appuyant sur l’intelligence artificielle pour C’était ça ou mourir, son œuvre n’en demeure pas moins le reflet brutal et nécessaire de la tragédie migratoire.
L’usage de l’intelligence artificielle (IA) dans la création littéraire secoue de plein fouet la rentrée littéraire. Accusé par le collectif anonyme « Balance ton Claude » d’avoir rédigé son roman à l’aide du logiciel Pangram, le cas de l’écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien suscite un débat sans précédent. Écarté de la sélection du prestigieux prix Goncourt mais maintenu dans celle du Renaudot, l’auteur se trouve au centre d’une tempête technologique et éthique.
Pourtant, au-delà de la controverse algorithmique, des voix majeures s’élèvent pour recentrer le débat sur le fond du sujet : la condition des migrants. Parmi elles, celle de [Dany Laferrière](https://thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/dany-laferriere). Dans une tribune vibrante publiée par Le Nouvel Obs, l’immortel d’origine haïtienne apporte un regard nuancé, teinté de sagesse et de lucidité, sur ce qu’il qualifie de véritable
« hallali » médiatique.
Une erreur de forme, une vérité de fond
Selon Dany Laferrière, Thélyson Orélien
s’est « peut-être trompé » en choisissant l’IA comme outil ou béquille de création. Pour les puristes de la littérature, la substitution de la sensibilité humaine par un algorithme altère l’essence même du geste artistique, qui puise sa force dans l’authenticité de l’expérience vécue.
Cependant, l’auteur de L’énigme du retour refuse de jeter le discrédit sur l’ensemble de la démarche d’Orélien. Si le procédé technique et le manque de proportion de notre époque sont contestables, la justesse de l’analyse humaine reste indiscutable. L’académicien rappelle avec force qu’on ne peut transformer un simple résultat informatique en verdict littéraire définitif.
La tragédie migratoire au cœur de l’œuvre
Pour Dany Laferrière, l’essentiel est ailleurs. Orélien ne s’est pas trompé sur les terribles réalités que doivent affronter les migrants au quotidien :
* Le déracinement et la perte de repères identitaires.
* La violence des frontières, matérialisée par la peur constante des autorités d’expulsion (ICE).
* La précarité absolue d’une traversée continentale hérissée de dangers mortels.
« Ces horreurs sont rapportées par un auteur, Thélyson Orélien, qui a sûrement, comme beaucoup d’Haïtiens, un parent, des voisins, quelques connaissances parmi ces centaines de milliers de gens qui continuent de traverser, l’œil rivé sur un horizon qui recule sans cesse. »
— Dany Laferrière, Le Nouvel Obs
L’analyse de l’académicien rappelle que la littérature sur l’exil ne peut être réduite à une simple querelle d’outils éditoriaux. La détresse humaine décrite dans C’était ça ou mourir correspond à une vérité géopolitique et humaine incontestable.
Le succès d’estime face au verdict de la machine
Cette prise de position invite à une réflexion plus profonde sur l’avenir du monde des lettres à l’ère numérique.
En validant la pertinence thématique d’Orélien, Laferrière souligne une ironie propre à cette affaire : ce n’est pas le scandale qui a fait le succès du livre, c’est son immense succès initial en librairie qui est devenu un scandale.
Alors que le milieu de l’édition s’interroge sur la multiplication de futurs labels « écrit par un humain », cette affaire démontre que le rôle premier de l’écrivain reste d’ouvrir les yeux du monde sur la douleur humaine, quelle que soit la méthode employée pour y parvenir.
Par Charles sainvil Michel Journaliste
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