« Les boulets sont de la poussière » : Comment Capois-La-Mort est devenu une légende vivante
Par Harry Espoir Michel
Journaliste-Directeur, Le Tout au Pluriel Magazine
Desdunes, Artibonite, Haïti.
L’histoire de la liberté universelle s’est écrite avec le sang de géants. Parmi ces figures mythiques, François Capois — universellement célébré sous le nom de Capois-La-Mort — demeure l’un des plus illustres stratèges et héros de la guerre de l’indépendance d’Haïti. Son parcours incarne le triomphe de la volonté humaine sur l’oppression coloniale.
Des chaînes de l’esclavage aux
sommets du commandement militaire
Né vers 1766 à Chansolme, localité située près de Port-de-Paix, le jeune François voit le jour dans les fers de l’esclavage.
Pourtant, le destin de cet enfant du Nord-Ouest allait briser le carcan de sa condition initiale. Doté d’un charisme naturel et d’une intelligence tactique hors du commun, il gravit les échelons de l’armée révolutionnaire indigène jusqu’à devenir un commandant militaire incontournable, respecté de ses troupes et redouté de ses adversaires.
Son surnom, « La Mort », résonne encore comme le symbole d’une bravoure absolue. Sur les champs de bataille, Capois défiait le trépas avec un mépris total du danger, insufflant à ses hommes une force presque surhumaine.
Vertières : Le jour où l’héroïsme subjugua l’ennemi
Le 18 novembre 1803, lors de la légendaire bataille de Vertières, Capois-La-Mort entre définitivement dans l’immortalité. Face aux troupes françaises aguerries du général Rochambeau, la position haïtienne subit un feu nourri d’artillerie et de mousquetonnerie.
Menant la charge avec une fougue impériale, Capois galvanise ses troupes au cri de ralliement resté célèbre : « En avant ! En avant ! ». Au plus fort des combats, un boulet de canon frappe de plein fouet sa monture, le projetant violemment au sol. Contre toute attente, le guerrier se relève instantanément, sabre au clair, et poursuit
sa course effrénée en s’exclamant : « En avant ! En avant ! Les boulets ne sont que de la poussière ! »
Ce courage d’un autre monde suspend le temps. Saisi d’admiration devant une telle témérité, le général Rochambeau ordonne un cessez-le-feu temporaire pour saluer la bravoure de son adversaire. En signe de profond respect militaire, le commandant français lui fera même escorter un nouveau cheval.
Un héritage intemporel au-delà des armes
Après la proclamation de l’indépendance, la trajectoire du héros se brise tragiquement en 1806, assassiné dans la région de Limonade. Toutefois, la mort physique n’a pu éteindre le mythe.
Capois-La-Mort n’est pas seulement un personnage historique ; il est le symbole vivant de la résilience, de la détermination et de la dignité haïtienne. Aujourd’hui encore, face à l’adversité, sa profession de foi résonne comme un hymne à la persévérance.
L’héritage de Capois transcende l’art de la guerre. Il nous enseigne que la véritable puissance d’un peuple ne réside ni dans ses muscles, ni dans la sophistication de ses armes, mais bien dans la force de ses convictions et dans sa capacité à rester debout quand tout s’écroule autour de lui.
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