Les cinq prochaines années par région “ASIE ORIENTALE ET ASIE DU SUD-EST “;

Les cinq prochaines années par région

“ASIE ORIENTALE ET ASIE DU SUD-EST “;
Cette partie du monde, culturellement et ethniquement la plus diverse et dont le poids économique est le plus susceptible de croître, occupera le centre de la scène aussi bien pour la coopération économique que pour les rivalités géopolitiques. En Chine, plusieurs facteurs accroissent l’incertitude politique : ralentissement économique, velléités de Pékin d’affirmer son hégémonie sur l’Asie, baisse de la population active due au vieillissement et concentration des pouvoirs dans les mains du président de la RPC Xi Jinping. Cette incertitude assombrit les perspectives de paix et de prospérité de la région. La Chine, très insérée dans l’économie mondiale, arrime certes la région économiquement, mais n’adopte que les normes et règles internationales qui l’intéressent et cherche à modifier les autres dans son intérêt. L’affirmation de sa souveraineté en Mer de Chine méridionale suscite des réactions chez ses voisins et attise en son sein un nationalisme susceptible de réduire sa marge de manœuvre. Ce jeu entre rivalités stratégiques, stabilité du régime et coopération économique affectera la plupart des interactions dans la zone, les puissances moyennes et les petits pays cherchant à se prémunir des prétentions chinoises sans sacrifier leurs liens économiques. Le risque d’une économie chinoise moins dynamique complique encore davantage la donne. Les mesures prises par les États-Unis et le Japon à l’égard de la Chine, comme celles des puissances émergentes comme l’Inde et l’Indonésie, affecteront également la manière dont les pays de la région évalueront risques et opportunités.

• Les nombreux et anciens conflits territoriaux et maritimes ne se régleront probablement pas à court terme ; ils entretiendront au contraire les tensions, suscitant les demandes d’assistance auprès des États-Unis et compliquant le rodage des institutions régionales et des mécanismes de règlements tels que l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN). L’aggravation des tensions le long d’une des nombreuses lignes de faille de la région saperait la confiance économique, ralentissant l’investissement et la coopération économique dans la zone.

• Pékin pourrait estimer avoir une courte « fenêtre d’opportunité stratégique » pour affirmer davantage son influence régionale avant qu’une réaction plus vive à son essor ne se développe sous l’effet de l’intérêt stratégique accru des États-Unis pour la région, de l’évolution de la politique de défense du Japon, du nouveau gouvernement taïwanais et du regain identitaire dans l’île, du programme nucléaire de la Corée du Nord, et enfin de ses propres difficultés économiques. La perception de la Chine à l’étranger évoluera sans doute à l’aune du respect qu’elle voudra bien accorder aux règles internationales communément admises.

• De plus en plus autonome, le Japon prendra davantage de responsabilités internationales, renforçant à terme son implication dans les questions de sécurité régionale et mondiale et s’affirmant comme un puissant allié des États-Unis, à partir de ses solides relations économiques avec l’Asie du Sud-Est en particulier. L’incertitude grandissante suscitée par l’affirmation de la puissance chinoise incite l’archipel à lever les contraintes pesant sur sa politique de défense depuis l’après-guerre et à se doter des capacités d’une politique d’autodéfense collective.
• L’Inde s’investira davantage dans les questions économiques et de sécurité de la région, surtout si elle continue de se rapprocher du Japon. Comme le Japon et les États-Unis, elle est incitée à ce rééquilibrage par les ambitions d’une Chine indifférente à ses intérêts. Bien que la méfiance suscitée par le libre-échange en Occident limite les options, un partenariat du type PTP (Accord de partenariat transpacifique) incluant l’Inde pourrait transformer celle-ci en joker économique, intensifiant à terme ses échanges avec les États-Unis et d’autres grandes économies du Pacifique. Cela aiderait le sous- continent à mener ses réformes et à doper sa croissance, et affermirait son potentiel de locomotive économique régionale.

• L’Indonésie est le plus grand pays musulman du monde et abrite une des biodiversités les plus riches de la planète. Le pays pourrait de ce fait assumer un rôle mondial en offrant un ancrage à l’opposition de l’islam à l’influence des réseaux terroristes mondialisés ou en prenant la tête de la sauvegarde des dernières forêts vierges de la planète, quand bien même il reste confronté aux difficultés de gouvernance d’un archipel aussi étendu. Les feux de forêts contribuent à la pollution de l’atmosphère, à l’augmentation générale des émissions de CO∈2&in1;, ainsi qu’à celle du taux de mortalité par maladies respiratoires dans la région. En Malaisie , pays démocratique à majorité musulmane, un changement des politiques religieuses et ethniques pourrait avoir des répercussions sur les processus de démocratisation et de stabilité sociale de la zone et susciter une mobilisation anti-radicalisation. La Malaisie et l’Indonésie, à l’instar d’autres pays musulmans, sont confrontées à la montée d’un islam salafiste intolérant à l’égard du soufisme traditionnel, qui alimente les tensions au sein de leurs sociétés multi-ethniques et confessionnelles. La Thaïlande et les Philippines se débattent dans des problèmes de gouvernance qui débouchent sur une demande de dirigeants à poigne.

• D’importantes mutations économiques et démographiques ainsi que des tensions urbaines provoquées par la poursuite de l’exode rural affecteront les pays asiatiques, exigeant d’eux une réponse politique. Le vieillissement des populations et les maladies chroniques associées pèseront sur les systèmes de santé et les besoins de financement des États. Les inégalités économiques pourraient accroître la grogne sociale en Chine et ailleurs dans la zone, à mesure notamment que la concurrence low-cost se durcira dans la région et au-delà. Pékin devra soit répondre aux aspirations et exigences de classes moyennes et aisées en expansion, soit gérer leur déception.

Le monde en (2020)-35-(84 ) P.153 à 155 sur 359 ALEXANDRE, Adler et al

Willy MARTIAL INGÉNIEUR EN SCIENCES DU DÉVELOPPEMENT
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