*Pierre Léger ou le Graal du grand Sud vient de nous quitter*
“Ce qui donne un sens à la vie donne un sens à la mort”. Antoine de Saint Exupéry
La forêt faite d’hommes et de femmes soucieux du bien-être collectif et d’une Haïti où la richesse nationale devrait obligatoirement être répartie autrement continue de s’amoindrir.
Le mapou du grand Sud, visionnaire de son état, l’agroindustriel Pierre Léger, affectueusement appelé Pierrot par ses amis nous a quittés le jeudi 29 février 2024 suite à une maladie qui a fini par avoir raison de sa vie. Malheureusement, c’est ce même jour que le pays a vécu l’un de ses moments les plus tristes.
Double peine pour les amis de Pierrot. Celui qui a tant combattu pou éviter à Haïti une telle descente aux enfers et à ses concitoyennes et concitoyens un tel cauchemar. Ce n’est pas exagéré de dire que ce natif des Cayes ne respirait que par Haïti et pour Haïti en général et le grand Sud en particulier.
Mes premiers contacts avec cet entrepreneur, cet agronome, cet industriel, ce philanthrope remonta en 2005 au cours de la campagne pour les élections du feu président René Garcia Préval. Très rapidement, il y eut une sorte d’alchimie entre lui et moi au sein de l’équipe de campagne. Il appréciait mes raisonnements et partageait souvent mes prises de position lors des rencontres où l’on abordait les problèmes d’intérêt national.
Passionné du développement par la base, défenseur de la décentralisation, il s’investit corps et âme pour que le grand Sud devienne un pôle de développement. Il prit toujours un grand plaisir à énumérer les potentialités économiques de la région du Sud, victime du poids de la centralisation. Et son rêve le plus cher c’était de faire de la région du Sud/ le grand Sud la locomotive du développement du pays.
Il me disait toujours : _”Ti Marcel Nèg Pòtoprens pap ba nou chans non.”_
Pierre Léger, travailleur infatigable. Je me souviens encore, comme si c’était hier. Dans l’esprit d’insuffler un nouveau souffle au projet Port du Sud, il voulut organiser une Assemblée générale des Sociétaires en juin 2006. À cet effet, il formula une requête près du Premier ministre, l’agronome Jacques-Édouard Alexis pour qu’il me libère afin de pouvoir coordonner les activités de cette assemblée(production de documents, invitations, contacts avec d’autres structures de coopératives…).
J’ai pris hébergement dans sa résidence aux Cayes où pendant une dizaine de jours nous avons travaillé jusque dans les moindres détails tous les documents relatifs à cet événement qui marqua un tournant dans la matérialisation du port du Sud, situé à Saint-Louis du Sud dans la localité de Baie Dumesle.
Homme de méthode, autour de lui s’est constituée une équipe dynamique et dévouée pour la réalisation du projet.
Oui Pierrot et les sociétaires avaient voulu doter le grand Sud d’un port moderne avec la vocation de faciliter les échanges commerciaux et d’attirer des investissements dans des secteurs porteurs tels: l’agro industrie, le tourisme, la pêche, l’installation de zones franches …
Il importe de souligner le travail oh combien méritoire de George Salomon, Docteur en génie civil, femme du grand Sud, membre du cabinet du Premier ministre Jacques-Édouard Édouard comme moi à cette époque.
Malgré la combativité de Pierre Léger le grand mur des flibustiers-rapaces de Port-au-Prince avec l’appui de pouvoirs politiques capricieux et poltrons s’est dressé devant lui. Au 29 février 2024, il n’a pas eu la possibilité d’inaugurer le port du Sud qui devrait être l’une des locomotives de développement de cette région.
Malheureusement, de son vivant il a constaté la dégringolade de la région surtout depuis l’occupation de Martissant par les bandits de Izo, Tilapli le mardi premier juin deux mille vingt et un.
L’histoire de la descente aux enfers du grand Sud s’écrit au présent sous les yeux assassins et complices d’un pouvoir manfoubin soutenu par une certaine communauté internationale qui elle-même profite pour extorquer les ressources de nos sous-sols.
N’est-ce pas le chagrin de tout cela combiné à la maladie qui a conduit à la mort de ce fils du grand Sud dont ses racines ancestrales se trouvent sur l’habitation de Camp-Gérard. D’ailleurs, ces derniers temps à chaque conversation que nous entamâmes sur la crise, il la terminait toujours en insistant avec moi: Ti Marcel, fòk nou fè yon lót Camp-Gérard wi. M te toujou vle asosye pwojè Konferans Nasyonal Turneb Delpé a ak yon Camp-Gérard. Moman n ap viv la pwouve m sa piplis toujou.”
Que dire! Mon indomptable Pierrot, tu es parti sans voir Haïti dont tu rêvais.
L’infatigable Pierrot tu nous quittes avec une épée d’une quatrième occupation sur la tête.
L’humaniste, tu fais le grand voyage quand le peuple désœuvré court dans les quatre directions sans savoir où aller.
Ainsi, tu diras aux autres que ce soit de ta génération ou celles qui t’ont précédé que notre Haïti est misérable. Du lieu où ils/elles se trouvent, nous leur demandons de continuer le combat.
Pierrot, pour respecter la tradition, ton ami TiMasèl te dit Vas en paix!
Marcel Poinsard Mondésir
TiMarcel
02/03/2024
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