Point de vue juridique sur l’acte attribué au Doyen du Tribunal de Première Instance de Port-de-Paix interdisant la finale du Championnat InterZone

Point de vue juridique sur l’acte attribué au Doyen du Tribunal de Première Instance de Port-de-Paix interdisant la finale du Championnat InterZone

Par Me Jean Kenson PIERRE, Avocat, Diplômé en Éducation Physique et Sportive (EPS), Ancien Consultant du Comité National Paralympique d’Haïti, du Comité National HandiSport d’Haïti et de BlazeSport International.

En tant que juriste engagé et spécialiste des questions liées au droit du sport et aux procédures juridictionnelles, il est de mon devoir d’apporter un éclairage scientifique, technique et rigoureux sur le document circulant actuellement sur les réseaux sociaux, présenté comme une ordonnance du Doyen du Tribunal de Première Instance de Port-de-Paix en date du 5 septembre 2026 et visant à interdire la tenue de la finale du Championnat InterZone.

Une analyse stricte des principes fondamentaux du droit judiciaire privé et du droit du sport haïtien révèle une double irrégularité manifeste : un vice de forme substantiel entraînant l’inexistence juridique de l’acte et un vice de fond tenant à l’incompétence d’attribution de la juridiction civile.

I. Du vice de forme : L’absence de la formule exécutoire et le non-respect des règles procédurales

En droit haïtien, une décision de justice ne s’improvise pas ; elle obéit à un formalisme rigide imposé par la loi pour garantir la sécurité juridique et la souveraineté de l’État. L’article 63 du Décret du 22 août 1995 relatif à l’organisation judiciaire est sans équivoque : toutes les décisions de justice sont rendues « Au nom de la République » et doivent porter le mandement exécutoire.

A. Définition du mandement exécutoire
Le mandement exécutoire (ou formule exécutoire) est l’ordre solennel donné par le pouvoir judiciaire aux huissiers de justice, aux officiers du ministère public et à la force publique d’exécuter un jugement ou une ordonnance, et d’y prêter main-forte si besoin est. Il s’agit de la marque essentielle par laquelle l’État délègue sa puissance publique à un acte écrit pour lui conférer une force contraignante.

B. Conséquence de l’absence du mandement exécutoire

Un document dépourvu de la formule « Au nom de la République » et de son mandement exécutoire ne constitue pas une décision de justice. En pure doctrine juridique, un tel écrit est entaché d’une nullité absolue et frappé d’inexistence juridique.
Il s’agit d’un simple projet ou d’un acte matériel sans aucune valeur contraint-exécutoire.

En conséquence, aucun citoyen, aucune autorité policière ni aucune association administrative n’a l’obligation légale de se soumettre à un document dénué de la souveraineté républicaine.

II. De la compétence ratione materiae : L’incompétence du Doyen face à un litige sportif
Sur le plan du fond, l’intervention du Doyen dans le déroulement d’une compétition sportive viole le principe de la compétence ratione materiae (la compétence en raison de la matière).

A. L’autonomie du mouvement sportif et la spécificité du sport

Le sport est régi par le principe universel de l’autonomie des organisations sportives, consacré par les chartes internationales et décliné dans les législations nationales. Les compétitions, calendriers, règlements techniques et litiges relatifs aux championnats relèvent exclusivement du droit institutionnel du sport.

Un tribunal de droit commun ne peut pas s’immiscer dans l’organisation, le report ou l’annulation d’une rencontre sportive, sauf dans des cas exceptionnels portant atteinte à l’ordre public général ou aux libertés fondamentales, et ce, après épuisement des voies de recours internes.

B. Les autorités compétentes en cas de conflit sportif

En cas de différend ou de litige lors d’une compétition sportive comme le Championnat InterZone, la chaîne de responsabilité et de compétence s’établit comme suit :
Les instances disciplinaires et d’arbitrage de la Ligue ou de la Fédération : Commission de discipline, commission d’organisation et commission de recours de l’entité responsable du championnat.

Le Ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action Civique (MJSAC) : Autorité étatique de tutelle veillant à la conformité administrative et à la sécurité publique lors des événements sportifs nationalement reconnus.

Les autorités de police administrative locale (Délégué, Vice-Délégué, Mairie) : Seules habilitées à prendre des mesures administratives motivées par une menace réelle et avérée à l’ordre public ou à la sécurité physique des citoyens.

Le Doyen d’un tribunal n’est pas un organisateur d’événements ni un organe de tutelle sportive. S’ériger en arbitre d’un championnat relève d’un excès de pouvoir flagrant par violation de la compétence d’attribution.

Synthèse et Conclusion

L’analyse juridique de cette situation met en évidence deux constats majeurs :

Sur la forme : En l’absence des mentions obligatoires « Au nom de la République » et du mandement exécutoire exigés par l’article 63 du Décret du 22 août 1995, le document attribué au Doyen est juridiquement inexistant et dépourvu de toute force exécutoire.

Sur le fond : Le Doyen du TPI de Port-de-Paix est incompétent ratione materiae pour trancher un conflit d’ordre strictement sportif, ce domaine relevant de la compétence exclusive des instances sportives régulatrices et des autorités administratives de tutelle.

En conclusion, cette prétendue ordonnance ne peut en aucun cas être exécutée, en raison de sa non-conformité aux prescrits légaux régissant la matière et de l’incompétence matérielle manifeste de son auteur.

Plaidoyer pour le rehaussement du droit et de la justice à Port-de-Paix:

Il est grand temps d’interpeller la conscience collective des acteurs judiciaires et administratifs de notre département. La justice est le socle de la démocratie et le dernier rempart des citoyens contre l’arbitraire. Lorsque les formes légales les plus élémentaires sont méprisées et que les limites de la compétence juridictionnelle sont franchies, c’est l’image même de la magistrature et de notre système juridique qui se trouve dégradée.

À Port-de-Paix, nous devons exiger le retour à la rigueur procédurale, au respect scrupuleux des textes de loi et au professionnalisme. Rehausser l’image du droit dans notre juridiction exige que chaque décision rendue reflète la majesté de l’État et la précision de la science juridique. La justice de notre ville mérite mieux que des actes contestables jetant le trouble au sein de la communauté et affaiblissant la confiance des citoyens dans nos institutions.

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À propos de : Michel Hary Espoir - Formation : Licencié en Communication sociale - Profession : Professeur de Communication sociale, Journaliste, Animateur culturel, Analyste - Responsabilités : PDG du magazine Le Tout au Pluriel - Domaines d'expertise : Politique, Kabbalistes, Travail social - Contact : - Email : [email protected] - Téléphone : +509 48 43 81 36 / +509 55 48 92 39