QUAND LES INTÉRÊTS ÉTRANGERS PRIMENT SUR L’INTÉRÊT NATIONAL
En pratique, le Premier ministre est aujourd’hui le garant des intérêts des États-Unis d’Amérique en Haïti.
Ce rôle ne découle ni d’une adhésion idéologique ni d’une vision partagée de l’avenir du pays, mais d’un simple calcul : il incarne la continuité des accords, la protection des intérêts économiques étrangers et la stabilité minimale exigée pour leur exécution.
Les États-Unis ne défendent pas un homme. Ils défendent leurs intérêts. Et tant que le Premier ministre reste l’instrument le plus fiable pour sécuriser ces intérêts, il restera leur interlocuteur privilégié.
La question de la bonne ou de la mauvaise gouvernance du peuple haïtien devient alors secondaire, voire insignifiante, dès lors qu’un minimum d’ordre permet de sceller et de préserver les contrats.
Dans ce contexte, la présence ou l’appui sécuritaire américain autour du pouvoir exécutif n’a rien d’exceptionnel.
Elle relève d’une logique de protection des intérêts stratégiques, non d’un soutien politique.
La souveraineté nationale s’efface au profit d’une gestion utilitaire de l’État.
Pendant ce temps, la classe politique haïtienne se livre à une course au pouvoir stérile, où l’accès aux leviers de l’État prime sur la défense des intérêts supérieurs de la nation.
Le débat n’est plus : comment refonder l’État ? mais : qui contrôlera l’appareil permettant de garantir les engagements extérieurs ?
Cette dynamique explique la méfiance américaine face à toute rupture politique radicale.
Une rupture signifie réexamen des contrats, incertitude stratégique, discours souverainiste imprévisible et recomposition des alliances.
Pour Washington, l’inconnu est plus dangereux qu’un système injuste mais maîtrisable.
Le drame haïtien est là : faute d’une alternative institutionnelle solide, crédible et immédiatement opérationnelle, l’intérêt national est relégué à l’arrière-plan.
Les puissances étrangères continuent de soutenir ce qui “fonctionne encore”, même si ce fonctionnement se fait contre le pays.
La vérité est brutale mais nécessaire : tant qu’Haïti ne redeviendra pas un État capable d’imposer ses priorités, d’encadrer ses partenaires et de parler d’égal à égal, elle restera gouvernée par procuration.
Et la lutte pour le pouvoir continuera de se faire non au service de la nation, mais au service des intérêts qu’il garantit.
5 février 2026
Écrit par :
Nyrvah Florens Bruno
Présidente Mouvement
Solda Ayiti Ayiti Solda
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