Flash Back/Rubrique Café Civique:
Polycolore, parce que trahir le drapeau est devenu banal
Par Wilbert A. Previlon,
Leader réservé à Desdunes
Chaque 18 mai, on nous invite à célébrer le « bicolore ». Pourtant, dans mon cœur, ce drapeau n’est plus seulement rouge et bleu. Il est devenu polycolore — bariolé par les mensonges, tâché par l’hypocrisie, défiguré par l’injustice. Un drapeau que l’on brandit en façade, pendant que l’on trahit tout ce qu’il représente.
Je ne peux pas parler du drapeau sans parler de Catherine Flon, cette femme qui l’a cousu, et de toutes celles qui, comme elle, ont été effacées de nos récits historiques et politiques. Comment oser fêter le drapeau tout en marginalisant la femme haïtienne ? Comment saluer l’union nationale quand cette société refuse encore d’honorer l’égalité des genres, la justice sociale et la dignité humaine ?
Le drapeau devrait nous rappeler Dessalines, l’homme debout, l’esclave devenu fondateur, celui qui a mis un empire à genoux. Mais que reste-t-il aujourd’hui de son héritage ? Un pays désuni, fracturé par l’ambition politique, la corruption, l’ignorance entretenue. Un pays incapable de se rassembler sans calcul, sans agenda caché. L’union fait la force ? Vraiment ? Regardez autour de vous.
J’écris depuis l’étranger, oui. Mais ce n’est pas un privilège. C’est une douleur. Parce que je vis dans un pays qui respecte ses symboles, pendant que le mien les piétine. Parce que je vis loin de cette terre que j’aime, où l’on ment au peuple, où l’on manipule le drapeau pour faire passer la trahison pour du patriotisme.
Certains osent même parler de modifier le drapeau, de remplacer le Dessalinien, sans débat, sans dialogue, sans le peuple. À quel titre ? Avec quelle légitimité ? Notre drapeau, c’est notre âme collective. Il ne se retouche pas comme un logo d’entreprise. Il se porte, il se respecte. Il appelle à la conscience, pas à l’imposture.
Je le dis aujourd’hui : peut-être devrions-nous demander pardon à notre drapeau. Oui, pardon pour avoir échoué à l’unir. Pardon pour avoir oublié qu’un pays sans emblème fort est un pays sans aile. Pardon pour avoir laissé l’orgueil, la jalousie et la haine prendre le dessus sur l’amour du pays.
Mais ce pardon, il n’a de sens que si nous décidons ensemble de faire autrement. Car sous ce polycolore, il y a encore une nation à reconstruire. Et cette fois, pas avec des discours creux ni des promesses politiques. Mais avec des actes. Des actes d’unité, de justice, de respect et de vérité.
Que chaque Haïtien regarde aujourd’hui ce drapeau, non comme une relique à agiter, mais comme un miroir. Et qu’il ose se demander : qu’ai-je fait de mon héritage ?
Par Wilbert A. Previlon,
Leader réservé à Desdunes
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