SOUBRESAUTS
Le sommeil a fui mes nuits. Mes pensées sont confuses, mon âme est écartelée entre l’horreur de l’éventuel meurtre de soldats étrangers dans mon pays et la gênante satisfaction de croire qu’ils auront enfin compris la complexité de la situation haïtienne…
J’aurai beaucoup appris ces jours derniers. J’ai vu le ridicule d’une fièvre politique improvisée par des acteurs qui s’opposent ouvertement à la tenue de compétitions électorales mais qui, par prudence, se proposent comme le choix idéal.
Le résultat des forums creuse davantage nos doutes sur l’honnêteté des porteurs de projets puisque, entre opportunisme politique et volonté réelle de proposer mieux, la question reste sans réponse.
Comme pour beaucoup, l’espoir de vivre un changement s’estompe. Notre diplomatie est à son plus bas niveau depuis quelque temps : sa cheffe déclarait des progrès dans le domaine sécuritaire alors que Kenscoff était le théâtre de massacres… Une autre représentante suggérait des sanctions à l’encontre d’un sportif méritant, pour le seul tort d’avoir clamé sa victoire…
Je désespérais légitimement, jusqu’à ce que je rencontre notre ambassadeur et les membres de notre ambassade à Tokyo. Là, j’ai pu confirmer qu’il existe encore des diplomates de carrière compétents et honnêtes, ayant gagné le respect de leurs homologues étrangers. Je désespérais, oui, avant d’avoir mesuré l’engagement d’une jeunesse que tout force pourtant à l’exil. Aujourd’hui, je recommence à croire possible cette Haïti différente. Je vous invite tous à y croire, puisque cette foi est la seule arme dont nous disposons encore.
Les constats ont tous été effectués, les diagnostics posés, et les propositions de solutions presque toutes ignorées… Notre police nationale est gangrenée par la corruption, nos forces armées sont d’une efficacité questionnable, notre justice est elle-même victime d’injustice, et pourtant, nous discutons encore…
Faudrait-il encore que ces discussions portent sur des sujets de préoccupation collective ! Malheureusement, elles se résument à de âpres critiques de personnalités… Le professeur Supplice devra chercher longuement avant son prochain « Qui est qui ? », à moins qu’il ne travaille sur un « Qui aurait pu être ? ». Quant au procès des assassins de Jovenel Moïse, il suggère plutôt un tragique « Qui a fait quoi, et avec qui ? ».
Les bonnes questions, vous l’aurez certainement compris, sont mises en sourdine…
… Ces nombreuses constructions hors des circuits bancaires : qui les finance ?
… Ces multiples scandales de spoliation de biens privés (terrains, maisons, etc.) : qui les questionne ?
… Les va-et-vient incessants de véhicules privés avec sirènes et gyrophares : qui les contrôle ?
Pour changer, tout se jouera dès les classes maternelles, à l’instar du Japon. Mais pour vouloir ce changement, il nous faudra livrer un combat sans merci contre les forces occultes, avec notre détermination pour seule arme de construction massive…
Je reste disponible, pour le temps qu’il me reste à vivre, comme contremaître de ce chantier.
Patriotiquement vôtre,
A. Laraque
Ce 21 octobre 2026
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