Tous , rêveurs d’un miracle !
L’euphorie est totale, presque irrationnelle. Au lendemain des deux dernières prestations étincelantes des Grenadiers en matchs amicaux, victoire contre le Nouvelle Zélande et défaite contre le Pérou , un vent de folie douce traverse les dix départements géographiques d’Haïti et sa diaspora. Hier encore, le pays vibrait exclusivement pour le bleu de l’Argentine ou le jaune du Brésil. Aujourd’hui, ces deux géants du football mondial sont presque enterrés, balayés d’un revers de main par des supporters transfigurés. Désormais, le peuple haïtien , dans sa grande majorité, n’a plus qu’une obsession en tête : voir Haïti remporter la Coupe du Monde 2026.
Ce rêve s’invite même sur le terrain du mysticisme et de l’ésotérisme, provoquant des débats enflammés. D’un côté, le vodouisant NagoNaya affirme avoir voyagé dans le monde invisible, d’où il rapporte des présages de gloire pour la sélection nationale. De l’autre, Lova Toussaint, figure connue de la franc-maçonnerie haïtienne, tempère cette ardeur : selon lui, Haïti ne soulèvera pas le trophée, mais elle aura un parcours loin d’être ridicule et bousculera les pronostics. Ferveur nourrie ou tempérée : ça soulève des questions fondamentales.
Faudra-t-il croire aux miracles pour qu’ils se réalisent ? Faudra-t-il des miracles pour récupérer nos territoires perdus sous le joug de l’insécurité et retrouver enfin la paix ? Faudra-t-il un miracle pour organiser les élections et mettre fin au vide institutionnel? Faudra-t-il un miracle pour avoir des politiciens pour remplacer nos politicailleurs ?
Pour ma part, je pense que les Grenadiers nous ont montré le chemin. Par leur discipline et leur hargne, ils prouvent qu’Haïti peut entrer une fois de plus avec fracas sur la scène politique internationale, non plus comme une victime, mais comme un acteur digne. Pourquoi, chaque catégorie sociale ne s’inspire pas de leur geste sportive pour propulser le pays vers les cimes de la fierté d’antan?
Il est bon de rêver et je rêve comme vous. Au fond, si ce rêve de Coupe du Monde est un masque pour ne pas affronter la réalité, je me nourris , moi, du rêve de vous voir penser pays avant de penser à des bénéfices personnels.
Le football devient l’opium d’une nation en crise, une distraction bien temporaire face à l’effondrement quotidien. Mais, qu’en sera-t-il après la Coupe du monde de football?
Rêver de miracles fait du bien, mais le véritable miracle qu’il nous faut sera de reconstruire notre pays. Il ne doit pas être un miracle mais le fruit de nos efforts collectifs, de notre résolution grenadiers d’en finir avec les divisions.
Et, j’ai dit !
Écrit par :
Charlito LOUISSAINT, rêveur lucide
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