TRIBUNE | « Quelque chose me gêne… » : Le cri du cœur d’Ashley Laraque face au drame haïtien

TRIBUNE | « Quelque chose me gêne… » : Le cri du cœur d’Ashley Laraque face au drame haïtien

Par Ashley Laraque
Publié le 27 octobre 2026

Chapeau : Face à l’imminence des opérations armées en Haïti, l’analyste Ashley Laraque livre une réflexion percutante sur la responsabilité collective, le piège de l’amalgame qui transforme les otages des gangs en complices, et l’urgence d’une réponse nationale souveraine et humanitaire. Un appel à briser le silence pour éviter un massacre d’innocents.

Il est scientifiquement admis que la sympathie que développent, en général, les otages envers leurs ravisseurs après plusieurs jours de séquestration est un phénomène psychologique connu sous l’appellation de syndrome de Stockholm.
Pourquoi alors, quand chez nous tout un village est pris en otage — qu’il s’agisse de la Cité de Dieu, de Canaan, de la Croix-des-Bouquets ou de Terre Noire —, concluons-nous si rapidement à leur complicité ? Cette conclusion hâtive n’a sans doute qu’un but : justifier à l’avance de prévisibles et terribles « dommages collatéraux ».

Face à cette dérive, une question s’impose : Cette humanité dont nous nous prévalons est-elle légitime ?

Des élites indifférentes et une enfance sacrifiée

Depuis quelque temps, l’indifférence de nos élites à la chose haïtienne s’est dramatiquement accentuée. Les rares propositions ou énoncés de projets de reconstruction ne se justifient que par leur finalité : assurer la prochaine gouvernance de l’État. La chose publique serait-elle devenue trop rentable pour la confier à des clans hors du cercle des initiés ?
Pendant ce temps, nous oublions que nous parlons d’enfants.

Qu’ils soient de la descendance de Lanmò 100 Jou, d’Izo 5 Secondes ou des autres, qu’importe : ce sont des enfants haïtiens. Ils n’auront rien choisi. Ce sont eux, ces victimes collatérales, dont nous parlons aujourd’hui avec une scandaleuse désinvolture.

Je n’ai aucune prétention d’être le plus humain des humanistes. J’ai, comme beaucoup, mes peurs, mes rancœurs, mes colères, mon indifférence et mon égoïsme bien haïtien. Mais je ne puis me résoudre à accepter de ne rien faire ou de ne rien dire pour prévenir un massacre d’innocents.

Le miroir de notre propre culpabilité

« Ils sont tous coupables puisqu’ils sont complices des gangs armés », entend-on dire. Alors, et nous ?
Sommes-nous innocents d’avoir accepté que des mafieux nous dirigent ? Sommes-nous innocents de laisser des étrangers identifier à notre place ceux d’entre nous qui sont les premiers responsables de cette situation ?
Notre nationalisme est devenu un prétexte commode pour accepter des assassins à notre table. Notre patriotisme n’est plus qu’un slogan utilisé pour faire valoir nos droits, au détriment direct du droit des autres.

J’ai peut-être tort. Mais je ne puis me résoudre à accepter que des étrangers, à notre propre demande, viennent massacrer les miens. Quels qu’ils soient. Le minimum éthique consisterait à exiger des troupes étrangères qu’elles fassent tout ce qui est humainement possible pour épargner les enfants.

Pour un sursaut national et militaire

Bien que conscient que nous avons besoin d’aide, je reste profondément convaincu que nous devrions être capables de régler ce problème nous-mêmes.
Notre armée, qu’elle ne soit forte que de cinq cents ou de mille hommes de troupe, devrait déjà être en manœuvre d’encerclement autour des zones d’opérations. Ce déploiement devrait s’accompagner d’une logistique rigoureuse :

• Des postes de secours pour les blessés ;
• Des camps humanitaires pour les réfugiés civils ;

• Un service d’investigation pour identifier les infiltrés ou les déserteurs des gangs.
En parallèle, le gouvernement devrait solliciter immédiatement tous les médias dans le cadre d’une campagne nationale d’envergure. L’objectif : inciter les jeunes membres des gangs à déposer les armes et à se rendre aux autorités. Tout, absolument tout, doit contribuer à éviter un bain de sang.

L’immobilité actuelle des autorités est inacceptable, au même titre que le silence complice des citoyens. Je suis honteux d’avoir recours à d’autres pour nettoyer l’espace que nous avons nous-mêmes souillé. Cette honte et ce désespoir, je sais que je les assume seul, et je ne me cherche aucun prétexte.

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Harrys Michel
À propos de : Michel Hary Espoir - Formation : Licencié en Communication sociale - Profession : Professeur de Communication sociale, Journaliste, Animateur culturel, Analyste - Responsabilités : PDG du magazine Le Tout au Pluriel - Domaines d'expertise : Politique, Kabbalistes, Travail social - Contact : - Email : [email protected] - Téléphone : +509 48 43 81 36 / +509 55 48 92 39
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