Haïti : Le temps des incertitudes
parfaites
PORT-AU-PRINCE,
le 20 octobre 2026
À mesure que les jours passent, Haïti s’enfonce dans une crise multidimensionnelle où le doute s’est érigé en système de gouvernance. Entre promesses démocratiques non tenues, insécurité institutionnalisée et détresse humanitaire, le pays traverse ce qu’il convient d’appeler « le temps des incertitudes parfaites ». Un état des lieux alarmant qui interroge les fondements mêmes de notre existence collective.
L’illusion électorale et le vide constitutionnel
La première grande inconnue réside dans l’organisation des prochains scrutins. Alors que la date du 13 décembre 2026 a été officiellement fixée pour la tenue des élections, le scepticisme grandit au sein de la population. Les autorités, pourtant investies de la mission cruciale de garantir la sécurité, le financement, la logistique et l’organisation de la campagne, affichent un manque de préparation flagrant.
Cette incapacité manifeste à garantir un processus électoral crédible hypothèque gravement le retour à la normalité constitutionnelle. Elle laisse le pays dans un flou politique persistant, hautement dangereux pour l’avenir de nos institutions.
Des états d’urgence au service d’une
« corruption légale »
Face à l’insécurité galopante, le gouvernement a proclamé un troisième décret d’état d’urgence ciblant les départements les plus durement touchés. Cependant, sur le terrain, le bilan de ces mesures exceptionnelles s’avère dérisoire. L’insécurité semble tolérée, sinon planifiée par ceux-là mêmes qui ont la lourde responsabilité d’assurer la sécurité pleine et entière de la population.
Le résultat le plus tangible de ces décrets ne se mesure pas en vies sauvées, mais en fonds publics dilapidés. Sous couvert de procédures d’urgence, on assiste à un détournement systématique et « soi-disant légal » des ressources financières et matérielles de l’État. Ces mécanismes profitent à des dirigeants jugés incompétents, qui asseyent leur propre sécurité matérielle sur la détresse publique. Tôt ou tard, lorsque le soleil luira enfin sur le pays, ces fossoyeurs de la République devront répondre de leur fourberie par-devant la justice.
27 750 km² d’angoisse : la crise existentielle d’un peuple
Sur les 27 750 kilomètres carrés du territoire national, l’existence humaine ne tient plus qu’à un fil. Privés d’infrastructures sanitaires de base et rongés par une faim qui frappe désormais les trois quarts (3/4) de la population, les citoyens haïtiens vivent dans une terreur quotidienne.
Aujourd’hui, le droit à la vie dépend uniquement des caprices de la nature et du bon vouloir des gangs armés. Les bandits exercent un droit de vie et de mort absolu sur la population. Plus rien n’empêche qu’une personne trouve la mort simplement parce qu’un criminel en a décidé ainsi, sous le regard impuissant ou complice des autorités.
Une jeunesse sacrifiée et sans horizon
Au sommet de cette pyramide d’incertitudes se trouve l’avenir de la jeunesse haïtienne. Confrontée à une absence totale d’opportunités économiques, éducatives et professionnelles, la nouvelle génération
se retrouve sans aucune issue.
Même armés d’une détermination herculéenne et d’une volonté de fer, les jeunes se heurtent à un mur institutionnel qui brise toute capacité de concevoir un avenir viable sur leur terre natale. C’est la nation tout entière qui se voit ainsi privée de sa force vive.
Texte de : Marcel Poinsard Mondésir
Date de publication : 20 octobre 2026
© Tous droits réservés – Le Tout au Pluriel Magazine. « Nous sommes Vos yeux et vos oreilles. »
Le tout au pluriel Magazine Magazine socio-culturel