CE QUE JE PENSE HAÏTI PEUT DISPARAÎTRE

CE QUE JE PENSE

HAÏTI PEUT DISPARAÎTRE

Par Pierre Robert Auguste

Sans nous en rendre compte, nous vivons dans un pays qui disparaît. En moins d’une génération — 25 ans environ —, qu’en restera-t-il ?

Effaré par les scandales immoraux des dirigeants, tétanisé par l’esprit criminel rageur des terroristes, éberlué par l’arrogance insolente de certains diplomates étrangers, l’Haïtien ne voit pas s’effilocher l’entité juridico-légale de sa représentativité internationale qu’est l’État, défini par le droit international comme détenteur de prérogatives souveraines, maître de son destin et responsable incommutable de son intégrité physique et morale. Or, l’État haïtien, en défaut atavique de judiciarisation, n’a de présence existentielle qu’à travers le BINUH, le PNUD, ou par la voix de la Caricom et de l’OEA. Sa justice devient aux yeux du peuple une longue chaîne de sinécuristes rendus hagards par le dossier encombrant de l’assassinat du président Jovenel Moïse. Elle n’est point créditée de sincérité dans la recherche de la vérité sur cet odieux assassinat aux ramifications multiples. Son incapacité vient d’être épinglée en vertu d’une subsidiarité comminatoire discrétionnaire. La justice américaine s’impose comme une instance supplétive à la justice haïtienne. Ainsi, Joseph Badio et les 17 anciens militaires colombiens, présumés assassins du président Jovenel Moïse, sont requis par un tribunal américain de la Floride et lui sont remis pour jugement. Quelle honte ! La justice, colonne vertébrale de l’État, s’est anéantie. Désormais, il y a toutes sortes d’entités en Haïti, sauf l’État. S’il en existe un, c’est l’état dominant des gangs terroristes.

Les esprits retors pourraient bien soulever l’exceptionalité du gouvernement de Alix Didier Fils-Aimé pour attester d’une vie étatique : sa coexistence avec l’internationale, sa présence au sein des instances bilatérales et multilatérales, comme actuellement à l’ONU.

Il y a lieu de ne pas s’engouffrer dans des illusions chimériques et de ne pas confondre accointances et coexistence. Celle-ci exige l’égalité des droits et doit être fondée en droit. Aucun gouvernement n’est un gouvernement sans autorité réelle. L’effectivité d’une occupation n’est pas l’autorité réelle qui en impose et qui assure la viabilité. De tels gouvernements participent d’un groupe de commis mandataires. Ils reçoivent l’ordre de faire ceci ou cela et peuvent être révoqués par un simple communiqué du donneur d’ordre. Ils se soucient peu de l’intérêt général. Ils n’ont pour seule caractéristique que leur aptitude à l’alignement.

Quant à l’ONU, temple du multilatéralisme, elle a cessé depuis longtemps d’être un centre de décision d’équité internationale. Elle se transforme en une estrade mondiale pour des logomachies démonstratives : illibéralisme, bricsisme, africanisme… Autant de bazars d’idées dont certaines sont faussement claires, mais qui s’éloignent toutes du besoin du XXIe siècle : l’universalisme de l’homme et de la femme.

C’est à cette mission que devrait se consacrer la diplomatie haïtienne pour retourner à sa grandeur historique dans le concert international des États, tout en se ressourçant à la primauté des valeurs morales pour chasser les vices politiques, économiques et sociaux prédateurs, et éviter la disparition du pays à laquelle s’acharnent des États étrangers avec la complicité du Secrétariat de l’ONU. Les politiques qui, depuis 40 ans, font la guerre à l’État pour leurs intérêts personnels, les oligarques qui aggravent les inégalités et la paupérisation, les intellectuels et tous ceux qui se confinent dans la lâcheté en sont les premiers responsables. Bien avant les armes, un pays a besoin du courage, du patriotisme et de la moralité de ses sujets comme arsenal immatériel pour se défendre et se faire respecter.

Gonaïves, le 21 septembre 2026
Pierre Robert Auguste

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