L’économie mondiale amorce un virage
@VID INFRA
MARTIAL ,Willy INGÉNIEUR EN SCIENCES DU DÉVELOPPEMENT.- INFORMATICIEN.- VÉRIFICATEUR.- PROGRAMMEUR PC.- CHERCHEUR EN DOCUMENTATION ÉLECTRONIQUES […]
Les économies du monde entier subiront des changements significatifs dans un avenir proche et plus lointain. Les économies riches tenteront de ralentir le récent déclin de la croissance économique pour maintenir leurs styles de vie, alors même que la population active diminue et que les rendements de la production, jusque-là élevés, chutent. Le monde en développement cherchera à sécuriser ses progrès récents en matière d’éradication de la misère et à intégrer une classe en âge de travailler qui augmente rapidement. Les pays développés tout comme les pays en développement devront s’efforcer de définir de nouveaux services, secteurs et emplois pour remplacer le travail en usine que l’automatisation et d’autres avancées technologiques élimineront, ainsi qu’éduquer et former une main- d’œuvre afin de pourvoir ces postes.
L’extrême pauvreté diminue. Les réformes économiques en Chine et dans d’autres pays, surtout en Asie, ont permis une amélioration historique des conditions de vie pour près d’un milliard de personnes depuis 1990, faisant passer le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté (avec moins de deux dollars par jour) de 35 % à environ 10 %. On vit difficilement avec deux dollars, mais on n’est plus complètement dans la survie. L’amélioration des conditions de vie a provoqué un changement des comportements tout en augmentant les attentes et les craintes concernant l’avenir.
Les classes moyennes occidentales sous pression. Un boom mondial dans la production à bas coût (conjointement à une automatisation en partie due aux pressions financières exercées par la concurrence) a frappé durement l’emploi et les revenus des classes moyennes aux États-Unis et en Europe durant les dernières décennies. Dans le même temps, ce boom a offert de nouvelles opportunités au monde en développement et a réduit de façon drastique le coût des biens de consommation dans le monde entier. La stagnation des salaires est l’indicateur le plus frappant de l’effort constant pour toujours diminuer les frais de production. Selon l’OCDE, le revenu médian par foyer aux États-Unis, en Allemagne, au Japon, en Italie et en France a augmenté de moins de 1 % par an depuis les années 1980 jusqu’à la crise financière mondiale de 2008. La période qui a suivi la crise a apporté peu d’améliorations, sinon quelques progrès aux États-Unis en 2015. McKinsey estime que, depuis 2014, dans les pays développés, les revenus des deux tiers des foyers sont au même niveau qu’en 2005, voire en dessous.
La croissance stagnera. Durant les cinq années à venir, l’économie mondiale continuera de peiner pour revenir à une croissance positive et les principaux acteurs de l’économie se remettront peu à peu de la crise de 2008 en tentant de remédier à l’augmentation de la dette publique. En outre, l’économie mondiale devra aussi faire face aux pressions politiques menaçant le commerce international au moment où la Chine entreprend un effort massif pour se recentrer sur son marché intérieur. En conséquence, la majorité des plus grandes économies mondiales risque d’obtenir, en tout cas dans les quelques années à venir, des résultats inférieurs à tous les précédents. La récession menacera en outre les récentes avancées dans la lutte contre la pauvreté.
• La Chine et l’Union européenne, deux des trois plus grandes économies mondiales, persévéreront dans leurs difficiles changements de grande ampleur pour relever la croissance à plus long terme. La Chine sera l’électron libre dans ses efforts pour continuer à augmenter son niveau de vie tout en passant d’une économie d’investissement dominée par l’État à une économie centrée sur le consommateur et les services. Pendant ce temps, l’Union européenne tentera de réunir les conditions pour une reprise de la croissance tout en luttant pour limiter les dettes publiques et les divisions politiques profondes concernant son avenir.
• Les crises financières, l’érosion de la classe moyenne et une plus grande conscience publique des inégalités de revenus (tout cela précédant en partie la crise de 2008) ont nourri le sentiment, en Occident, que le coût de la libéralisation des marchés a dépassé ses gains. Résultat : le règne vieux de soixante-dix ans du libéralisme économique à l’échelle mondiale affronte un retour de bâton populaire violent, minant les projets d’une libéralisation plus poussée, tout en augmentant les risques d’un retour en force du protectionnisme. Le monde observera avec attention les États-Unis et les tenants traditionnels du libéralisme économique, dans l’attente de signes d’un retour sur leurs positions. Une libéralisation plus poussée pourrait se trouver circonscrite à une région du monde ou restreinte à des partenaires limités.
Gouverner devient de plus en plus difficile
La façon dont les États gouvernent et créent l’ordre politique est fluctuante et susceptible de varier encore davantage dans les décennies à venir. Les gouvernements devront lutter de plus en plus pour satisfaire les exigences de sécurité et de prospérité des citoyens. Les limites fiscales, la montée des extrémismes politiques et les insuffisances des administrations compliqueront leurs efforts, tout comme la volatilité de l’information, l’augmentation des attentes et la prolifération d’acteurs investis d’un pouvoir grandissant, en mesure de bloquer leurs politiques. Ce fossé entre l’efficacité des gouvernements et les attentes des citoyens, combiné à la corruption et aux scandales dans les rangs des élites, risque de mener à une perte de confiance et un sentiment de frustration grandissants. Cela va aussi accroître la fréquence des manifestations et l’instabilité, y compris gouvernementale.
• Les manifestations de grande ampleur, comme au Brésil ou en Turquie, des pays dans lesquels les classes moyennes ont pris de l’importance pendant la dernière décennie, indiquent que les citoyens les plus prospères ont des attentes plus hautes, qu’ils veulent moins de corruption au sein des gouvernements et de la société. Ils veulent aussi l’assurance qu’ils ne perdront pas ce qu’ils ont gagné. Cependant la croissance plus lente, les salaires stagnants de la classe moyenne et l’inégalité croissante dans les pays développés concentreront les exigences des citoyens sur le désir d’amélioration et de protection de leur niveau de vie. Cela se fera dans un moment où de nombreux gouvernements seront contraints par la dette, une compétition économique mondiale plus intense et des perturbations des marchés financiers.
• Un meilleur accès à l’information sur les dirigeants et les institutions, combiné à des échecs retentissants, comme la crise financière de 2008 et le scandale de corruption Petrobras, ont miné la confiance du public envers le pouvoir établi et favorisé l’émergence de mouvements populistes partout dans le monde. De surcroît, l’amplification grâce à la technologie des voix individuelles assortie d’une perte de confiance vis-à-vis des élites a eu pour conséquence, dans certains pays, l’affaiblissement de l’influence des partis politiques, des syndicats et des groupes citoyens, conduisant potentiellement à une crise de la représentation et de la démocratie en général. Des sondages suggèrent que dans les pays émergents, surtout au Moyen-Orient et en Amérique latine, la plupart pensent que les membres du gouvernement « ne se soucient pas de gens comme eux ». La confiance envers les gouvernements a également chuté dans de nombreux pays développés. Ce sont les Américains qui font aujourd’hui état du plus bas niveau de confiance envers leurs gouvernements depuis la première année de ce type de sondage, en 1958.
• La démocratie elle-même sera remise en question. Certaines études semblent démontrer que les jeunes, en Amérique du Nord et en Europe de l’Ouest, sont moins enclins à encourager la liberté d’expression que leurs aînés. Le nombre d’États alliant éléments autocratiques et régime démocratique se trouve en pleine augmentation, dans un ensemble qui favorise l’instabilité. Freedom House a rapporté qu’en 2016 les mesures de « liberté » avaient baissé dans presque deux fois plus de pays qu’elles ne s’étaient améliorées. C’est le plus gros recul depuis dix ans.
Les institutions internationales lutteront pour s’adapter à un environnement plus complexe, mais elles auront tout de même un rôle à jouer. Elles seront particulièrement efficaces lorsque les intérêts des grandes puissances se retrouveront sur des problèmes comme le maintien de la paix ou l’assistance humanitaire, des sujets sur lesquels les institutions et leurs critères sont déjà bien en place. Les réformes à venir des institutions régionales et internationales seront longues à se mettre en place cependant, du fait d’intérêts divergents entre les États membres et les organisations, sans oublier la complexité croissante des nouveaux problèmes mondiaux. Certaines institutions et pays membres continueront à faire face au jour le jour, prenant des initiatives pour collaborer avec des acteurs non étatiques et des organisations régionales, préférant des approches ciblées sur des problèmes plus restreints et mieux définis.
• Une augmentation des veto. Des intérêts divergents au sein des grandes puissances ou des puissances montantes limiteront l’action officielle internationale lorsqu’elle tentera de s’attaquer aux conflits,alors que les intérêts divergents entre les États en général empêcheront les réformes les plus importantes du Conseil de sécurité de l’ONU. Si beaucoup valident la nécessité de réformer le Conseil de sécurité, les chances d’un consensus sur une réforme des conditions d’adhésion sont minces.
• Loin derrière. Les institutions existantes s’avèrent susceptibles de rencontrer des difficultés avec les sujets les moins traditionnels, comme la question de la manipulation du génome humain, l’intelligence artificielle ou l’amélioration du corps humain. Ces avancées technologiques dépasseront de loin la capacité des États, des pouvoirs et organisations internationales à mettre en place des standards, des politiques générales de régulations et de normes. Les univers du net et de l’espace vont également poser de nouveaux défis, surtout en raison des acteurs commerciaux privés qui jouent un rôle de plus en plus important en repoussant les limites des possibilités et normes d’usage.
• Un multilatéralisme comptant de nombreux acteurs. Les dynamiques multilatérales se développeront en même temps que les institutions officielles internationales travailleront en collaboration plus rapprochée avec les grandes entreprises, les organisations de société civile et les gouvernements locaux pour trouver des solutions aux nouveaux défis. À travers la mise en place de forums de discussion comptant de nombreux acteurs, de nouvelles formes de débat apparaîtront et l’investissement du secteur privé dans la gouvernance sera susceptible de croître.
ADLER,Alexandre et al 359 P.
Écrit par
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