Desdunes: là où germe l’espoir d’une souveraineté écologique et citoyenne

Desdunes: là où germe l’espoir d’une souveraineté écologique et citoyenne

À Desdunes, au coeur de l’Artibonite, la terre ne se contente pas d’être cultivée. Elle crie, elle souffre, elle appelle à l’aide. En dépit des efforts de quelques organisations locales et des habitants eux-mêmes, l’agriculture durable et la préservation de la biodiversité restent des défis majeurs dans cette région particulièrement touchée par la salinisation des terres et la déforestation.

Mais un vent de résistance souffle sur cette commune du centre-ouest d’Haïti. Le 25 avril 2025, des dizaines de jeunes, d’agriculteurs et d’acteurs de la société civile se sont réunis au Centre Culturel et Littéraire Souke Panyen pour participer à un forum citoyen sur la biodiversité et le développement durable. Un événement qui dépasse largement le cadre d’une simple conférence : il incarne l’urgence de repenser les rapports entre l’Homme et la nature dans un pays où la crise environnementale atteint son paroxysme.

Desdunes n’est pas un cas isolé. L’ensemble du pays est menacé par des pratiques agricoles non durables, une gestion désastreuse des ressources naturelles et l’érosion des sols. Selon les experts présents au forum, environ 80% des terres agricoles en Haïti sont désormais dégradées. La salinisation des terres en particulier, qui affecte gravement l’agriculture locale, est un phénomène visible depuis plusieurs années dans cette région. Mais ici, à Desdunes, on refuse de se laisser écraser par l’inertie.

La solution ? Les habitants ne l’attendent pas de l’État ni des grandes organisations internationales. Elle se construit à l’échelle locale, avec les ressources du territoire et l’engagement de la jeunesse. Lors du forum, des jeunes leaders ont partagé leurs initiatives, allant de la mise en place de pratiques agricoles durables à la préservation de la mangrove, en passant par des projets de reforestation et de sensibilisation à la gestion des déchets. À travers ces actions, ils dessinent un avenir où les communautés locales seront les véritables moteurs du changement écologique.

« Il est grand temps que l’on cesse d’être de simples spectateurs de la dégradation de notre environnement. Nous avons les solutions ici, sur place », déclare Daphnée Jean, militante écologiste et fondatrice du groupe Jeunesse pour la Terre. « Nous avons organisé ce forum pour dire aux autorités qu’il n’est plus question de rester inactifs. C’est la survie de notre agriculture, de nos familles, et de notre environnement qui est en jeu. »

Les jeunes de Desdunes ont compris ce que beaucoup tardent encore à admettre : la solution à la crise écologique ne viendra pas uniquement des grandes conférences internationales ou des discours lointains sur la transition énergétique. Elle doit émerger des actions concrètes et du quotidien des citoyens, là où le besoin se fait le plus pressant.

Ce forum, bien plus qu’un rassemblement de sensibilisation, était un acte de résistance. Résistance contre l’oubli, contre les politiques environnementales absentes et contre les logiques néolibérales qui, souvent, transforment les terres agricoles en simples zones à exploiter pour de grands projets.

L’une des préoccupations majeures soulevées lors du forum fut la souveraineté alimentaire. En Haïti, plus de 60% de la population dépend de l’agriculture pour sa subsistance, mais celle-ci est fragilisée par des pratiques agricoles dépassées et l’intensification de la crise climatique. Les paysans de Desdunes, comme ailleurs, peinent à nourrir leurs familles face à des récoltes de plus en plus incertaines. Ce n’est pas seulement une question de production, mais une question de survie.

“Ce n’est pas un problème isolé à Desdunes, c’est un problème national. Si nous n’agissons pas maintenant, nous risquons de nous retrouver dans une situation où nous serons obligés d’importer même nos produits de base”, avertit Yvenel Dorce, agriculteur et membre de la coalition Agriculteurs pour la Terre. « Le changement doit venir de la base, et la solidarité intercommunale est clé dans cette démarche. »

Mais la résistance locale ne suffit pas. Les participants au forum ont unanimement appelé à une meilleure coopération avec les organisations internationales, tout en insistant sur la nécessité de conditionner l’aide étrangère à des projets véritablement ancrés dans les réalités locales. En d’autres termes, il ne s’agit pas de donner des fonds, mais de soutenir des initiatives qui mettent l’accent sur la durabilité et la participation des communautés.

Le Forum Citoyen sur la Biodiversité et le Développement Durable à Desdunes a ouvert une nouvelle ère pour la mobilisation citoyenne en Haïti. Ce n’est pas un événement ponctuel, mais une étape dans un mouvement plus large pour une Haïti plus verte, plus solidaire et résiliente.

Face à la crise environnementale, les habitants de Desdunes n’attendent plus que l’État, la communauté internationale ou d’autres acteurs viennent à leur secours. Ils se prennent en main, et ce faisant, ils incarnent l’espoir d’une génération prête à reprendre le contrôle de son avenir. Un avenir où la terre, bien que blessée, pourra retrouver sa force vitale, avec le peuple haïtien comme principal gardien.

Écrit Par :
Smith PRINVIL

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