ÉDITORIAL
Le dernier souffle des géants : Les frères Déjean ou l’élégance éternelle du konpa
Les tristes nouvelles sont tombées ce vendredi 11 septembre 2026 comme des accords mineurs qui glacent le sang : les maestros Déjean nous ont quittés. Pour la musique haïtienne, déjà profondément éprouvée ces derniers mois par les départs successifs de Dieudonné Larose et de l’immense Dadou Pasquet en 2025, ces disparitions sonnent comme le crépuscule d’une époque dorée [ ].
Ce sont des monuments historiques,
des architectes de notre identité sonore, qui posent définitivement leurs trompettes à l’âge de 75 ans.
Les frères Déjean n’étaient pas des musiciens ordinaires. Ensemble, ils ont fait de la formation des Frères Déjean de Pétion-Ville un laboratoire d’excellence culturelle. À une époque où le konpa dirèk cherchait son second souffle à travers la vague du mini-jazz, ils ont apporté une rigueur technique, une richesse harmonique et une discipline orchestrale qui allaient redéfinir les standards de la musique caribéenne.
Il y avait dans leurs jeux de trompettes une clarté divine, une science fine du contre-chant et une poésie pure, immortalisées à jamais dans leurs solos d’anthologie sur le chef-d’œuvre « Marina ». Mais le génie des frères Déjean résidait surtout dans l’ombre créative des studios, là où, en tant que compositeurs et arrangeurs visionnaires, ils ont ciselé des classiques impérissables comme « Débaké », « Bouki ak Malice », « Malere » ou « Arrêté ». Ils ont su injecter de la sophistication dans la musique populaire sans jamais lui faire perdre son pouvoir de faire vibrer les foules
Au-delà de leur groupe fétiche, leur générosité musicale les a poussés à prêter leur virtuosité à d’autres géants — du Bossa Combo au Skah Shah, en passant par le Magnum Band — transmettant leur savoir jusqu’aux scènes contemporaines aux côtés de la jeune génération incarnée par le groupe Nu-Look.
Aujourd’hui, Haïti pleure ses plus nobles ambassadeurs. Dans un pays trop souvent meurtri, la musique des Frères Déjean
a toujours été un refuge de beauté et de dignité nationale. Si les trompettes des maîtres se sont tues en Floride, leurs partitions, elles, restent gravées dans la mémoire collective de notre peuple. De Port-au-Prince à la diaspora, l’écho de leurs notes continuera de résonner.
Merci pour la beauté, merci pour l’histoire. Bon voyage au pays des étoiles, Maestros Déjean.
Écrit par Harry Espoir Michel Journaliste Directeur Le tout au pluriel magazine
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