ÉDITORIAL : Quand l’État capitule devant l’impunité et ses parrains politiques
Écrit par Harry Espoir Michel Journaliste directeur Le tout au pluriel magazine
Haïti est devenu ce théâtre absurde où les forces de l’ordre sont contraintes d’obéir aux hors-la-loi et à leurs puissants protecteurs. Ce qui s’est passé ce samedi 1er août 2026 à Biennac, aux Gonaïves, dépasse le simple scandale local. C’est une capitulation en règle de notre système sécuritaire. Un policier courageux fait son travail, affronte un bandit notoire en la personne de Djerry Bien-Aimé, parvient à le désarmer et saisit son pistolet de calibre
9 mm. Quelques rafales de balles de provocation plus tard, l’État se couche lamentablement : l’arme est restituée à son propriétaire. Circulez, il n’y a rien à voir !
Ce passe-droit, qui soulève une indignation légitime, met surtout en lumière les parrains tapis dans l’ombre. Dans les rues des Gonaïves, le secret de Polichinelle éclate désormais au grand jour : ce criminel de rue opère avec l’appui direct de l’ancien sénateur Youri Latortue, pointé du doigt pour avoir fourni cette arme afin d’asseoir son influence locale. C’est une honte absolue, un acte « mal pou wont » qui expose la manière dont une partie de la classe politique pactise avec le banditisme pour saboter les restes de la République.
Mettez-vous un instant à la place de ce policier, le nommé Steevenson. Vous risquez votre peau sur le terrain pour appliquer la loi face à un individu outillé par des hommes de pouvoir. Quelques heures plus tard, votre hiérarchie ou des
« bras longs » politiques annulent votre action et renouvellent le permis de nuire d’un privilégié. Quel message envoie-t-on
à nos forces de l’ordre ? « Ne faites rien,
le système et les anciens parlementaires protègent les leurs. » C’est le moyen le plus efficace de briser le moral des agents honnêtes et de pousser les derniers éléments intègres vers le cynisme ou la démission.
Le silence lâche et assourdissant des autorités locales face à cette restitution express relève de la complicité criminelle. En refusant de s’expliquer sur les conditions de cette reddition institutionnelle, les chefs de la police et de la justice confirment ce que le peuple redoute : la loi en Haïti ne s’applique qu’aux faibles, aux pauvres et aux anonymes.
On ne rétablira jamais la sécurité dans ce pays avec une justice à genoux, des autorités de pacotille et des politiciens qui alimentent les gangs en armes de feu. Tant que les armes saisies retourneront dans les mains des bandits sous la pression de parrains politiques impunis, l’État haïtien restera le principal artisan du chaos qui le détruit.
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Écrit par Harry Espoir Michel Journaliste directeur Le tout au pluriel magazine
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