Élections en Haïti : le CAHDOA soutient le processus, mais réclame des modifications du décret électoral

Élections en Haïti : le CAHDOA soutient le processus, mais réclame des modifications du décret électoral

Alors que le Conseil électoral provisoire (CEP) enclenche les premières étapes du processus électoral et que le gouvernement a publié le décret électoral du 2 juin 2026, le Collectif des Acteurs Haïtiens pour le Développement et l’Organisation Alternative (CAHDOA) affiche son soutien à la tenue des élections, tout en appelant à la révision de plusieurs dispositions jugées problématiques. Dans une interview, son conseiller politique et prétendant candidat au Sénat pour le département du Sud-Est, Raphaël André, estime que le pays ne peut plus prolonger indéfiniment la transition, mais prévient que la réussite du processus dépendra du dialogue politique, de conditions sécuritaires minimales et de la capacité des acteurs à garantir des élections inclusives et crédibles.
Un processus électoral jugé indispensable pour sortir de la transition
Pour Raphaël André, la publication du décret électoral constitue d’abord une avancée dans un pays privé d’élections depuis plusieurs années. Selon lui, Haïti ne peut durablement fonctionner sous un régime de transition qui peine à apporter des réponses aux multiples crises auxquelles la population est confrontée.
Le conseiller politique du CAHDOA rappelle notamment que le pays traverse simultanément une crise économique, sociale, sécuritaire et institutionnelle. Dans ce contexte, il considère que le renouvellement du personnel politique par le vote constitue une étape incontournable pour restaurer une forme de légitimité populaire.
« Nous sommes pour que les élections aient lieu dans le pays », affirme-t-il en substance, considérant que seule une consultation électorale peut permettre au peuple de choisir de nouveaux dirigeants capables, selon lui, de s’attaquer aux problèmes structurels du pays.
Cette position ne signifie toutefois pas que le CAHDOA approuve sans réserve le décret électoral. Au contraire, l’organisation estime que certaines dispositions doivent être corrigées avant la poursuite du processus.
Le CAHDOA demande la révision de plusieurs dispositions
Raphaël André soutient que le CAHDOA a déjà pris position publiquement sur certaines dispositions du décret et a saisi le CEP afin d’attirer son attention sur des articles considérés comme incohérents ou contradictoires.
Il cite notamment l’article 153, alinéa 26, relatif à l’obligation faite aux candidats de présenter un certificat médical. Pour le responsable politique, cette exigence soulève une question de conformité avec la Constitution, notamment au regard des conditions d’éligibilité prévues par le texte constitutionnel.
À ses yeux, le principe de la hiérarchie des normes doit être respecté : un décret électoral ne saurait, selon lui, imposer des conditions contraires à la Constitution.
« Le décret électoral n’est pas plus fort que la Constitution dans la hiérarchie des normes », fait-il valoir, appelant ainsi le gouvernement et le CEP à prendre en considération les réserves exprimées par les partis et organisations politiques.
Dans cette perspective, le CAHDOA plaide pour l’ouverture d’un véritable dialogue entre les autorités électorales, le gouvernement et les acteurs politiques. L’objectif serait d’identifier les dispositions controversées, de rechercher des compromis et d’éviter que des contestations juridiques ou politiques ne viennent fragiliser davantage le processus.
Le référendum, une source supplémentaire d’incertitude
Au-delà des conditions de candidature, Raphaël André soulève également la question de l’articulation entre le processus électoral et l’éventuelle organisation d’un référendum.
Selon lui, cette question mérite d’être clarifiée, particulièrement si une consultation référendaire devait modifier certains éléments de l’organisation institutionnelle du pays.
Il s’interroge notamment sur les conséquences d’une éventuelle suppression du Sénat dans le cadre d’un référendum alors que le processus électoral prévoirait parallèlement l’élection de sénateurs.
Pour le responsable du CAHDOA, cette situation pourrait créer une contradiction majeure. Il appelle donc les autorités à clarifier les règles du jeu avant la tenue du scrutin.
Le processus envisagé étant appelé à concerner plusieurs niveaux de pouvoir, des collectivités territoriales jusqu’à la présidence, il estime nécessaire de résoudre en amont les éventuelles incohérences susceptibles de remettre en question les résultats ou la légitimité des institutions issues des urnes.
« Il faut revenir à la normalité institutionnelle »
Interrogé sur la nécessité d’organiser les élections malgré les difficultés actuelles, Raphaël André se montre catégorique : le retour à une certaine normalité institutionnelle passe, selon lui, par les urnes.
Il rappelle que l’État haïtien repose constitutionnellement sur trois grands pouvoirs, à savoir l’exécutif, le législatif et le judiciaire, et estime que ces institutions fonctionnent aujourd’hui de manière largement déficiente.
Dans cette optique, l’absence prolongée d’élus constitue, à ses yeux, un problème majeur de légitimité démocratique. Il souligne que les mandats de plusieurs élus locaux sont arrivés à expiration et que le pays doit renouveler ses représentants.
Cependant, le CAHDOA ne défend pas l’organisation d’élections à n’importe quel prix. Raphaël André insiste sur la nécessité de réunir des conditions minimales permettant aux électeurs de voter et aux candidats de mener campagne sans subir de menaces.
La responsabilité incomberait donc, selon lui, au pouvoir politique, notamment au gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, tandis que le CEP devrait jouer son rôle technique dans l’organisation du scrutin.
Sécurité et élections : une équation incontournable
La question sécuritaire constitue précisément l’une des principales préoccupations exprimées par le responsable du CAHDOA.
Raphaël André reconnaît que certaines zones du pays sont fortement affectées par la présence de groupes armés. Toutefois, il refuse de considérer que l’ensemble du territoire se trouve dans une situation identique.
Pour lui, l’enjeu consiste désormais à créer les conditions permettant aux électeurs et aux candidats d’exercer leurs droits politiques sans subir de pressions ou de violences.
Il estime par ailleurs que l’insécurité ne doit pas être analysée uniquement sous l’angle des affrontements armés. Elle serait également, selon son analyse, le résultat de profondes défaillances sociales et institutionnelles.
Il pose ainsi une question particulièrement préoccupante : pourquoi des adolescents de 15 ou 16 ans se retrouvent-ils aujourd’hui avec des armes entre les mains ?
À travers cette interrogation, le conseiller du CAHDOA met en avant la nécessité d’une politique sociale capable de prévenir la marginalisation des jeunes et d’éviter que les générations futures ne soient progressivement entraînées dans la violence armée.
Au-delà des élections, le CAHDOA propose un changement de modèle
Pour Raphaël André, la crise haïtienne ne pourra pas être résolue par les seules élections. Si le scrutin doit permettre de renouveler les dirigeants, les nouvelles autorités devront également s’attaquer aux causes profondes de la pauvreté, du chômage et de l’insécurité.
Le responsable politique appelle notamment à une transformation du modèle économique national afin de favoriser la création de richesses et d’emplois.
Il défend également une politique de protection nationale et insiste sur la nécessité de renforcer la production agricole. Selon lui, Haïti doit être capable de produire davantage de nourriture pour sa population et de réduire sa dépendance.
Dans le même esprit, il plaide pour une réorientation de la politique monétaire afin de faciliter les investissements dans le pays et de stimuler la création d’emplois.
La solidarité sociale et la redistribution des richesses figurent également parmi les priorités qu’il souhaite voir intégrées dans les politiques publiques des futurs dirigeants.
Un appel à un dialogue politique sans exclusion
Face aux inquiétudes exprimées autour de la sécurité et de la fiabilité du processus électoral, Raphaël André appelle finalement l’ensemble des acteurs à privilégier le dialogue.
Pour lui, gouvernement, CEP, partis politiques et autres acteurs concernés doivent pouvoir discuter ouvertement des dispositions contestées du décret électoral.
L’objectif, insiste-t-il, est d’éviter qu’un processus mal préparé ne débouche sur une nouvelle crise politique. Il réclame ainsi des élections « sans exclusion », dans lesquelles les citoyens puissent choisir librement leurs représentants et où les résultats soient respectés.
Dans cette perspective, le CAHDOA défend une règle fondamentale : celui qui remporte l’élection doit être reconnu comme vainqueur.

À l’heure où Haïti cherche à sortir d’une longue période de transition et d’incertitude institutionnelle, le débat ne porte donc plus seulement sur la nécessité d’organiser des élections, mais également sur les conditions de leur crédibilité. Pour le CAHDOA, le scrutin demeure indispensable pour restaurer la légitimité populaire, mais il devra être précédé d’un dialogue politique sérieux, accompagné de garanties sécuritaires et débarrassé des dispositions susceptibles de nourrir de nouvelles contestations. Entre urgence démocratique et fragilité sécuritaire, les autorités haïtiennes sont désormais confrontées à un défi majeur : organiser des élections capables de produire non seulement des élus, mais surtout une nouvelle légitimité politique.

Par: Jean Rénald Getty/Journaliste
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