HAÏTI : DES CONSCIENCES À VENDRE…

HAÏTI : DES CONSCIENCES À VENDRE…

Des Haïtiens, en Haïti comme dans les diasporas, parlent quotidiennement de changements avec des facilités presque obscènes. Dans les salons, sur les réseaux sociaux, dans les émissions de radio et de télévision, les réunions politiques, les églises, les péristyles et les bureaux climatisés, chacun explique pourquoi Haïti va mal. Tout le monde dénonce les voleurs, maudit les corrompus et réclame d’autres Républiques, dignes de ce nom. Mais il suffit que les voleurs deviennent les amis, les patrons, les ministres capables de signer des contrats ou les diplomates susceptibles d’ouvrir des portes pour que les morales nationales s’effondrent. Les voleurs cessent d’être des voleurs ; ils deviennent « nos hommes ». Et ceux qui osent les dénoncer deviennent les ennemis. Nous ne détestons pas toujours la corruption ; nous détestons surtout ne pas pouvoir en profiter.

Voilà l’une des tragédies les plus profondes de nos sociétés ; nous ne manquons pas seulement de dirigeants intègres ; nous manquons de citoyens capables de défendre avec cohérence et fermeté des convictions lorsqu’elles commencent à leur coûter quelque chose. On dénonce les détournements de fonds publics jusqu’au jour où les détourneurs appartiennent à nos camps. On condamne le favoritisme jusqu’au moment où nos noms apparaissent sur les listes. On réclame la justice jusqu’à ce qu’elle menace des amis. Alors, étrangement, les consciences deviennent très négociables.

On ne demande plus : « Est-ce bon pour Haïti ? » On demande : « Qu’est-ce que cela peut nous rapporter personnellement ? » Des emplois, des nominations, des contrats, des faveurs, des missions, des invitations ou des proximités avec le pouvoir suffisent. Les patriotismes deviennent des monnaies d’échange ; les intégrités deviennent décoratives et les paroles données deviennent des promesses jetables dès que les intérêts personnels frappent à la porte.

DES RÉPUBLIQUES DE CLIENTS NE PRODUISENT PAS DES CITOYENS : ELLES FABRIQUENT DES COURTISANS

Les mécanismes deviennent brutaux dès que vous critiquez des candidats ; vous devenez sur-le-champ les ennemis de ceux qui espèrent profiter de leurs victoires. Vous dénoncez des ministres ; vous attaquez soudainement les intérêts de leurs bénéficiaires. Vous questionnez des diplomates militants sans résultats concrets ; ceux qui vivent de leurs proximités vous soupçonnent d’ambitions cachées ou de jalousies. Les vérités ne sont plus jugées selon leurs justesses, mais selon les personnes qu’elles dérangent.

Nous avons connu ces mécaniques. En mars 2011, certains collègues journalistes des médias dans lesquels nous travaillions juraient que, si Michel Joseph Martelly devenait président d’Haïti, ils déchireraient leurs passeports et leurs cartes d’identification nationale. Martelly fut élu président. Moins de trois mois après, les mêmes trouvèrent leurs chemins vers des institutions publiques, certains rejoignant la Primature et traversant son mandat, puis la période de Jocelerme Privert jusqu’à celle de Jovenel Moïse, au rang de fonctionnaires. Voilà les cadavres de certaines convictions ; car elles sont enterrées dès que des postes ou des avantages personnels apparaissent.

Nous avions nous-mêmes déclaré que Michel Joseph Martelly n’était pas digne d’être notre président. Lorsqu’il visita les institutions où nous travaillions, nous restâmes assis à leurs entrées malgré l’insistance de ses sécurités rapprochées. Nous répondîmes que nous n’étions pas au Palais national et qu’il n’était donc pas question de s’imposer aux protocoles. Puis nous continuâmes nos travaux comme si les salles étaient vides. Nous n’en tirâmes aucun avantage. Mais nous gardâmes nos paroles et nos cohérences.

Au cours de ces derniers mois, nous avons aussi vu des amitiés diplomatiques solides se briser parce que nous dénoncions des dérives. Hier, vous étiez des « frères » ; aujourd’hui, vous êtes des « ennemis », parce que vos vérités menacent des portes dont certains espéraient franchir les seuils.

Par ailleurs, prenons le cas d’EDE, Les Engagés pour le Développement, parti politique fondé par Claude Joseph, en posant des questions fondamentales qui dépassent largement ce parti. Combien de jeunes adhèrent réellement à cette formation politique par convictions, et combien y cherchent d’abord des emplois, des nominations ou des avantages ? Le problème n’est pas EDE. Le problème est cette culture où certains entrent en politique avec des assiettes à la main plutôt qu’avec des visions du pays dans la tête.

QUAND LES INTÉRÊTS PERSONNELS DEVIENNENT PLUS SACRÉS QU’HAÏTI

Nous devons cesser de nous mentir et de tromper les autres. Changer de dirigeants sans changer de mentalités, c’est seulement changer les bénéficiaires du même système. Les corrupteurs changeront de visages ; la corruption restera. Les partis politiques changeront de couleurs ; l’opportunisme conservera la même peau.

Les ruptures commenceront lorsque nous accepterons de perdre quelque chose pour défendre ce qui est juste ; lorsque nous dénoncerons nos amis comme nos adversaires ; lorsque nous refuserons des postes achetés au prix de nos silences.

Tous ceux qui parlent de patriotisme ne servent pas la patrie. Certains ne viennent pas avec des convictions, mais surtout avec des assiettes en main.

Haïti ne manque pas de gens qui savent ce qu’il faudrait changer pour redresser la situation du pays. Elle manque de femmes et d’hommes capables de choisir Haïti lorsque leurs intérêts personnels leur ordonnent de choisir l’inverse.

Écrit par :
Les collaborateurs du magazine Le tout au pluriel
Serviteurs de l’Empire Hayti-Afrique
Ambassadeurs du Royaume
2 Septembre 2026

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Harrys Michel
À propos de : Michel Hary Espoir - Formation : Licencié en Communication sociale - Profession : Professeur de Communication sociale, Journaliste, Animateur culturel, Analyste - Responsabilités : PDG du magazine Le Tout au Pluriel - Domaines d'expertise : Politique, Kabbalistes, Travail social - Contact : - Email : [email protected] - Téléphone : +509 48 43 81 36 / +509 55 48 92 39