Haiti/POLITIQUE Analyse critique du RDNP sur la conjoncture actuelle

Haiti/POLITIQUE

Analyse critique du RDNP sur
la conjoncture actuelle

Depuis la caducité de l’Accord du 21 décembre 2022 provoquée par l’incompétence et l’incapacité du gouvernement du Dr Ariel Henry, la situation du pays devient de plus en plus inquiétante. Les citoyennes et citoyens vivent des expériences de chaos. A force de pratiquer la politique du pire, la première République noire est devenue la risée du monde. Dans la gestion de la chose publique, le gouvernement déchu a fait montre d’un cynisme qui met en péril l’existence de toutes les couches sociales du pays, notamment par sa proximité avec la mafia criminelle nationale aussi bien que sa soumission aveugle aux volontés de l’international. Il a lourdement échoué et la nation haïtienne toute entière est humiliée, meurtrie et embourbée dans ses interminables crises. Bien qu’acceptée par beaucoup de secteurs politiques et sociaux, la solution envisagée pour résoudre cette crise est-elle vraiment de nature à nous faire sortir de cette situation affligeante et humiliante?
Nous avions tous souhaité une solution nationale à la crise mais le désir des acteurs pour le contrôle d’un pouvoir hors norme les oblige à se tourner sans aucune gêne vers l’international, quitte à abdiquer la souveraineté et brader encore une fois l’indépendance du pays. Le patriotisme s’est vite évanoui dans la bouche de ceux/celles qui l’ont constamment agité quand le pouvoir était de l’autre côté de la scène. La question de la sincérité de cette classe politique se pose ainsi que son manque de professionnalisme et sa grande vulnérabilité économique qui l’empêche de faire la politique pour le pays et pour l’histoire à un moment où il faudrait mobiliser les honnêtes gens et les plus engagés pour donner au pays une nouvelle direction.
Il est désolant de constater que dans la recherche de solution à cette crise qui nous incite tous au dépassement de soi, malheureusement l’intérêt de groupe l’emporte sur celui du bien commun. « Chaque groupe d’intérêt essaie de tirer le drap sur soi! » Finalement, cette crise sociétale révèle que nous sommes dans une tragédie. La mort est partout : la mort violente des hommes et des femmes, la mort du patriotisme, la mort de l’idéologie, la mort de la conscience nationale, la mort de notre appartenance à une nation. On comprend alors pourquoi autant de revirements, pourquoi l’abandon du sentiment patriotique et du bien collectif.
Nous l’avons dit à maintes reprises que le RDNP n’a jamais souhaité l’échec d’un gouvernement, qu’il soit légitime ou de fait, car finalement c’est le pays qui en pâtit. Le Conseil présidentiel de (CPT), à l’instar du Haut Conseil de transition (HCT) créé par l’Accord du 21 décembre 2022, est une solution politique, sans fondement constitutionnel mais accepté par beaucoup d’acteurs politiques et sociaux ainsi que par la Communauté internationale qui avait salué cette entente comme un « pas positif». En effet, C’est cette même communauté internationale qui avait stoppé l’application de l’Accord du 21 décembre 2022 en demandant son élargissement aux secteurs de l’opposition puisque les négociations politiques ayant eu lieu pendant toute l’année 2023 ont finalement conduit à sa caducité au motif d’inapplicabilité.
Compte tenu du comportement de ces acteurs externes, les Haïtiens ont finalement raison de ne pas croire en cette communauté internationale. Si les élites haïtiennes sont en grande partie responsables de l’échec d’Haïti, les grandes puissances occidentales y sont aussi pour quelque chose. Cependant, la question que nous devons nous poser, nous les Haïtiens, comment sortir à l’heure actuelle de la crise des solutions extrêmes ou du chaos supposé organisé par un exécutif à dix têtes sans frein ni contre-pouvoirs, encouragé, admis et parrainé par l’international? En effet, le coût financier de cette nouvelle gouvernance va être posé dans un contexte où l’économie nationale est totalement ravagée pour au moins quelques décennies ainsi que celle de la cohésion de la nouvelle équipe qui prendra en charge la république. La clé de la réussite de cette nouvelle aventure collective réside d’abord dans notre capacité à décider ensemble. Or chez nous, la capacité d’agir ensemble fait souvent défaut.
Comme nous ne cessons de répéter et admettons finalement le principe qu’il n’y a pas de solution constitutionnelle à la crise haïtienne. Comment peut-on appliquer la Constitution alors que toutes les institutions responsables de sa mise en œuvre n’existent pas ? Le recours à la Cour de cassation comme souhaité par plus d’un ne sera qu’une solution politique parmi tant d’autres. Ce serait une solution institutionnelle peut-être plus proche de la lettre du texte constitutionnel (non amendé) mais politiquement précaire. Se focaliser sur la Cour de cassation dans cette bataille sans merci où la quête du pouvoir et de l’argent prennent le dessus sur la bonne foi et la conscience de la gravité de la crise existentielle d’Haïti, nous paraît hypothétique, et semble de nature à précipiter le pays vers une plus grande catastrophe. Mais, en même temps, on se demande comment éviter la mainmise de la transition par quelques secteurs politiques qui risqueraient d’hypothéquer les chances d’avoir des élections libres et transparentes. Les nouvelles autorités seront-elles assez indépendantes et honnêtes pour ne pas confisquer à leur profit les prochaines élections? Car en tout état de cause, l’accord politique en cours pour la mise en œuvre de cette nouvelle transition devrait intervenir entre ceux qui vont détenir le pouvoir de fait et ceux qui souhaitent prendre le pouvoir par la voie démocratique. Il y a là quelque chose qui manque de logique et de bons sens. Ces questions sont importantes et tôt ou tard elles se poseront ainsi que celles de la participation de ces partis politiques aux prochaines élections qui auront la responsabilité de gérer cette nouvelle transition.
Cela dit, le RDNP ne veut constituer d’entrave politique à aucune expérience gouvernementale malgré ses inquiétudes et ses critiques souvent fondées sur les orientations et les décisions des uns et des autres. La passion déchainée pour la prise du pouvoir ne doit pas affaiblir ni affecter notre capacité à raisonner. Un individu ou un groupe dans la société peut se tromper mais quand c’est le peuple dans son entièreté qui se trompe sur une question d’intérêt national aussi vitale, c’est le pays qui ira définitivement à sa perte. Ainsi, se pose la question en quoi cette conjoncture peut-elle nous donner la chance de recommencer et surtout de bien faire?

Ne voulant pas investir son énergie dans la mise en place des gouvernements de transition, éphémères et/ou provisoires dont la seule vertu est de mettre constamment en échec la consolidation d’une démocratie véritable, le RDNP en tant que parti démocratique, progressiste, d’idéologie centre gauche, est en train de travailler à une offre politique à la nation dans la perspective de l’organisation des prochaines élections qui doivent être entourées de toutes les garanties démocratiques. Déjà, certaines voix estiment que l’absence de neutralité des décideurs de cette nouvelle transition apparaît comme une source d’inquiétude quant à une compétition électorale libre et transparente.
Dans cette perspective, le RDNP insiste sur la nécessité de créer les conditions indispensables pour assurer une évolution stable du processus démocratique par l’organisation d’élections pour renouveler le personnel politique et permettre ainsi l’émergence d’une autre classe politique haïtienne moderne, habitée par une conscience nationale et non des chefs de bandes et de gangs qui sont prêts à toutes les opérations illicites pour capter les maigres ressources du pays. La transition ne doit pas être une banque à dévaliser en toute impunité.

Le RDNP croit que l’organisation des élections sur une base régulière, c’est-à-dire selon la Constitution, est le seul moyen de consolider nos institutions. Garder en vie nos institutions démocratiques et républicaines est la meilleure politique qui soit. Il est temps de mettre fin aux gouvernements constitués en dehors de la vertu démocratique et de la légalité constitutionnelle! C’est cette tâche à laquelle nous nous attelons afin de construire avec tous les Haïtiens et Haïtiennes de bonne volonté une nouvelle espérance fondée sur notre foi chrétienne afin de mettre un terme à la souffrance occasionnée par la monstruosité politique actuelle. Nous devons voir avec lucidité les drames qui surviennent et le jeu qui se joue pour ne pas être coupables de la stratégie de destruction de notre pays qui se met en place. Il n’y a pas de formule parfaite pour résoudre cette crise. Ainsi, concentrons-nous donc sur une voie de sortie afin d’empêcher les Haïtiens de continuer à mourir sauvagement. Nous devons nous rendre à l’évidence que ceux qui ont la capacité de nous aider à mettre fin à cette barbarie n’en veulent pas ou ne souhaitent pas le faire pour le moment.

Dieu prend soin de nous, à nous de prendre soin d’Haïti.

Ensemble, ensemble, ensemble jusqu’à la victoire finale !

Delmas, le 9 Avril 2024

Un texte de :

Wadner Edouard
Président a.i de la Commission intérimaire du RDNP.

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À propos de : Michel Hary Espoir - Formation : Licencié en Communication sociale - Profession : Professeur de Communication sociale, Journaliste, Animateur culturel, Analyste - Responsabilités : PDG du magazine Le Tout au Pluriel - Domaines d'expertise : Politique, Kabbalistes, Travail social - Contact : - Email : [email protected] - Téléphone : +509 48 43 81 36 / +509 55 48 92 39