La crise sociale et économique en Haïti :
» Un pays socialiste, dans un système capitaliste « .
Un éditorial de
Ulysse Jean Chenet
La configuration sociale et la répartition économique d’Haïti sont les fondements même du sous-développement du pays.
Depuis après la deuxième guerre mondiale, la société haïtienne a subi une sorte de désagrégation sociale et raciale. Mais, avec la chute du régime dictatorial des Duvalier et l’établissement du régime démocratique/capitaliste post 1986 , le pays fait face à une crise sociale et économique.
La plus grande perte d’Haïti à la fin du 20 ème siècle, c’est la perte de sa bourgeoisie indigène pour céder la place à des commerçants étrangers qui s’organisent en Caste ou en groupe d’intérêt.
Dans une société normale, la bourgeoisie est la classe possédante qui dirige l’économie nationale.
Mais, en Haïti, depuis après l’occupation américaine de 1915, il y a une fuite de la bourgeoisie indigène d’Haïti .
Parce que la bourgeoisie indigène d’Haïti a été constituée au 19ème Siècle, des mulâtres d’origine européenne, spécialement de la France. Ils étaient des régionalistes et surtout des sudistes qui s’occupaient du commerce depuis le gouvernement de Pétion jusqu’à l’occupation américaine de 1915. C’est la raison pour laquelle, la question de Pitit Pétion et Pitit Dessalines posée par les politiciens haïtiens maladroits, est un faux problème. Le problème d’Haïti est plus profond que cela. Malheureusement, les universités haïtiennes et les élites intellectuelles ne sont pas intéressées à des travaux de recherche en sociologie et en sciences humaines.
La crise économique d’Haïti en prélude à l’occupation américaine a provoqué une vague migration de la bourgeoisie haïtienne indigène en Amérique du Nord, spécialement aux Etats Unis et au Canada et un peut moindre en Europe.
C’est à partir de cette date là que l’économie haïtienne va se retrouve entre les mains des occupants, c’est-à-dire des entrepreneurs et investisseurs américains. Par exemple, les Mac Donald’s, etc…
Par contre, à partir de la deuxième guerre mondiale, il y avait une crise économique mondiale et des opportunités majeures en Europe, avec le Plan Marshall pour la reconstruction de l’Europe.
Les entrepreneurs et investisseurs américains se sont fixés vers l’Europe, tandis que Haïti allait recevoir des vagues d’immigrants en fuite de la crise économique Post 2ème guerre mondiale, spécialement des Arabes, des Syriens, des juifs et autres qui sont dépourvus de tout à l’époque. Ces migrants arrivaient dans le pays sans rien pour vivre, seulement avec des petits sacs aux dos contenant des vêtements usagés ( Haillons) et des draps pour dormir.
Petit à petit, ils essayaient de faire une santé économique dans le pays pour retourner chez eux. Au bout d’un certain temps, ils investissent dans le commerce export -Import, spécialement dans le commerce du Café en Haïti qui leurs rapporte beaucoup d’argent.
Ainsi, ces migrants deviennent des détenteurs des plus grands capitaux dans le pays. C’est à partir de là, ils remplacent la bourgeoisie haïtienne indigène, mais en réalité, ils ne le sont pas.
Au milieu du 20ème, le président François Duvalier essayait d’aborder cette question en vue de constituer une bourgeoisie nationale ( le noirisme économique). Malheureusement, ce projet a échoué piteusement. Parce que, les gens qui bénéficiaient de certains avantages économiques du régime dictatorial des Duvalier n’avaient pas une grande culture économique.
A partir des années 1980, les Etats Unis imposent son système impérialiste à travers tous les pays de l’Amérique, spécialement avec la chute de l’URSS( Fin de la Guerre froide).
C’est à partir de là que les commerçants étrangers en Haïti, détenteurs qui adoptent la nationalité américaine vont prendre en otage l’économie haïtienne au détriment de la production nationale. Ils ont profité du Gouvernement de René Garcia Préval pour acheter toutes les entreprises nationales pour ne rien faire avec, en priorisant les produits étrangers ( Pèpè) sur les produits nationaux.
Delà, ces petits groupes de Commerçants ( Comprador) vont commencer à s’enrichir rapidement au détriment de l’économie nationale.
Aujourd’hui, pour reconstruire la société haïtienne et l’économie nationale d’Haïti, il faut un nouveau projet de société pour un nouveau départ du pays avec un nouveau système politique.
Très souvent, on parle de la crise politique en Haïti, mais la crise haïtienne en réalité est beaucoup plus profonde, c’est une crise systémique. Il faut repenser totalement l’état d’Haïti, pour ne pas dire qu’il faut réorganiser la société haïtienne. Surtout, de reconstituer la classe économique et la classe moyenne d’Haïti.
Présentement, il existe une seule classe sociale en Haïti, le prolétariat qui vit dans la crasse et la misère. Et en haut, on a les commerçants qui exploitent arbitrairement la population et les politiques qui pillent le trésor public.
C’est ce que nous appelons un système social incompatible. C’est donc, la raison pour laquelle qu’on doit changer le système en place pour sauver Haïti. C’est un système mafieux, c’est une jungle humaine. Il faut définitivement repenser l’état haïtien pour réorganiser la société haïtienne. Dans le cas contraire, nous serons tous victimes du carnibalisme. C’est ce que nous sommes en train de vivre là dans le pays avec la question des Gangs armés qui fonctionnent en maîtres et seigneurs dans le pays. Et, demain sera plus triste, si rien n’est fait rapidement pour changer la situation.
Malheureusement, la solution à ce problème n’est pas entre les mains des étrangers, sauf, les Haïtiens peuvent sauver Haïti. Parce que, la crise haïtienne est endogène dans un système international, l’impérialisme.
Donc, la crise haïtienne est vraiment une crise complexe, multiforme et multidimensionnelle.
Il faut tout basculer pour avoir une nouvelle Haïti, dans le cas contraire, le pays meurt et nous mourons tous comme des canards sauvages.
Ulysse Jean Chenet
Coordonnateur général du Mouvement Point Final
(509) 4183 9811/ 4458 0309
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