Réflexion :EUROPE / « Au cours des cinq ans à venir, le vieux continent se débattra avec le possible détricotage du projet européen, tandis que son organisation sociale issue de l’après-guerre sera accablée par les flux migratoires intenses en provenance de sa périphérie instable et souvent menaçante[…] »

Réflexion :EUROPE /
« Au cours des cinq ans à venir, le vieux continent se débattra avec le possible détricotage du projet européen, tandis que son organisation sociale issue de l’après-guerre sera accablée par les flux migratoires intenses en provenance de sa périphérie instable
et souvent menaçante[…] »

Au cours des cinq ans à venir, le vieux continent se débattra avec le possible détricotage du projet européen, tandis que son organisation sociale issue de l’après-guerre sera accablée par les flux migratoires intenses en provenance de sa périphérie instable et souvent menaçante, et l’accroissement des inégalités sous la pression économique exercée par la mondialisation. L’armature institutionnelle de l’Europe (Union européenne, zone euro, OTAN) lui a permis de conserver son influence sur la scène internationale malgré la baisse de sa part dans le PIB et la population mondiale. Mais sa crise existentielle, illustrée notamment par le Brexit, devrait se poursuivre au moins quelques années.

Bien que l’Union ait apporté prospérité, sécurité économique et paix à ses membres, l’absence d’unité fiscale en face de la monnaie unique a eu pour effet d’endetter lourdement les États les plus pauvres de la zone euro et de réduire leurs perspectives de croissance depuis la crise financière de 2008. De plus, l’Union n’a pas su créer de sentiment de destin partagé chez ses citoyens, les exposant à la résurgence des nationalismes en période économique difficile.

• L’avenir de l’Union européenne et de la zone euro . Partis politiques, dirigeants nationaux et fonctionnaires européens ne s’accorderont toujours pas sur les fonctions et pouvoirs de l’Union, ni sur le bon sens d’une politique mettant l’accent en zone euro sur la discipline budgétaire et l’équilibre des comptes courants sans donner aux États davantage de marges de manœuvre pour stimuler la croissance, ni même de solutions paneuropéennes pour pallier les différences de développement et les difficultés du secteur bancaire. Compte tenu de ces politiques contraintes en dépit d’une croissance faible, l’Union et les États membres verront le soutien des opinions s’affaiblir, surtout s’ils ne parviennent pas à traiter efficacement terrorisme et flux migratoires.

• Une périphérie menaçante . Le danger d’une Russie plus agressive, les menaces que font peser l’extrémisme islamique et les retombées des crises du Moyen-Orient et d’Afrique inquiéteront davantage les opinions publiques sans pour autant qu’elles soutiennent une réponse commune. La Russie menace directement l’Europe par sa propagande, la désinformation et le financement des partis anti- européens et anti-américains, tandis que Daech inspire et arme des combattants étrangers dont certains sont rentrés en Europe.

• Des pressions démographiques . La périphérie instable continuera de pousser réfugiés et migrants vers l’Europe, grevant la capacité de réaction de l’Union et des États, exacerbant les tensions entre eux et alimentant l’adhésion aux partis et groupes xénophobes. Parallèlement, le vieillissement des populations augmentera le besoin de main-d’œuvre. Mais institutions européennes et États voudront limiter les flux migratoires et améliorer l’intégration des immigrés et de leurs enfants.

• Des États affaiblis . L’une des pierres angulaires sur lesquelles l’Europe d’après-guerre s’est construite a été le contrat, accepté par les populations, de l’ordre économique libéral et mondial en échange des protections sociales de l’État-providence. Ce marché promouvait la stabilité en termes de croissance économique et de démocratie représentative. L’augmentation de la volatilité des électorats au cours des trente dernières années et la faiblesse de la reprise depuis la crise financière de 2008 ont mis à mal ce contrat. De nouveaux partis populistes, à droite comme à gauche, se nourrissent du mécontentement populaire contre la croissance faible, la diminution des prestations sociales et l’immigration, et de la diminution de l’écart idéologique entre gauche et droite.

Profil géopolitique de la région au cours des cinq ans à venir : incertaine unité. La stature mondiale de l’Europe résidait dans son unité, ses capacités opérationnelles et la cohérence de ses objectifs et vision géopolitique partagés entre ses membres, notamment par la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni. La nécessité de reconfigurer les relations européennes à la suite de la décision britannique de quitter l’Union pourrait amoindrir le statut de la région dans le monde et affaiblir la coopération transatlantique. Nous nous attendons à davantage d’agressivité de la part de la Russie et à des tentatives délibérées de fragmenter le projet européen. Quoique peu probables, la restauration de la domination russe à Kiev ou la déstabilisation des Pays baltes porteraient atteinte à la crédibilité de l’Union européenne et de l’OTAN.

• La politique étrangère de plus en plus autonome et multidirectionnelle de la Turquie ainsi que les pulsions non démocratiques du pays s’ajouteront, à moyen terme du moins, aux forces de désintégration s’exerçant sur l’Europe, menaçant la cohérence de l’OTAN et la coopération UE-OTAN.

• L’idée que l’Europe incarne la paix, la tolérance, la démocratie et la diversité culturelle et qu’elle n’échapperait aux divisions belliqueuses qui ont affligé son histoire que par l’unité ont été au cœur du projet européen. La volonté de la majorité des États membres d’empêcher le détricotage du projet européen a été une des raisons du maintien à tout prix de la Grèce dans la zone euro en 2015. Plusieurs problèmes compromettent l’avenir de l’Union européenne : le processus du Brexit et ses répercussions sur le continent, l’incapacité des principaux États à entreprendre les réformes nécessaires, celle de l’Union à relancer la croissance sur le continent et à coordonner les politiques à l’égard des réfugiés, la virulence du nativisme chez certains États membres récents. Ces tensions sont susceptibles d’entraîner une rupture brutale qui aggraverait le déclin économique et les dérives anti-démocratiques.

Autres considérations. Des opportunités de nouvelle gouvernance pourraient se profiler au cours des cinq ans à venir. Le Brexit pourrait inciter l’Union à reconfigurer les relations avec ses membres et les peuples. L’Europe prospérerait si le Brexit conduisait les fonctionnaires de l’Union et les chefs de gouvernement à promouvoir des politiques démontrant les bénéfices de la coopération et si les dirigeants européens trouvaient une sortie amiable pour le Royaume- Uni permettant à Londres de continuer à travailler main dans la main avec ses partenaires continentaux sur les questions internationales. En dépit du mécontentement populaire à l’égard du processus de décision de l’Union, les dirigeants européens restent meilleurs que leurs homologues dans le reste du monde dans la recherche de terrains communs et l’édification de politiques communes. Ils conservent la faculté de bâtir une Union plus efficace, respectant davantage la sensibilité des populations en matière d’identité nationale et de processus décisionnel. Par ailleurs, les démocraties bien institutionnalisées du continent disposent des structures et contrôles capables de limiter les effets des dirigeants populistes ou extrémistes.

• Malgré les évolutions anti-démocratiques en Hongrie et en Pologne, les pare-feu institutionnels ont amorti l’impact des partis populistes ou nativistes d’extrême-droite entrés au gouvernement de démocraties plus établies telles que l’Autriche ou la Finlande. Les systèmes de contrôle de légalité introduits dans une bonne partie de l’Europe après la Seconde Guerre mondiale sont encore incomplets dans les démocraties plus récentes. Mais même en Hongrie des dispositions officielles ont été repoussées lorsqu’elles outrepassaient les normes admises.

• La France et l’Allemagne restent engagées à travailler ensemble malgré leurs points de vue différents et leurs préférences de politiques publiques, comme en a témoigné la collaboration très étroite entre la chancelière allemande Angela Merkel et le président français François Hollande lors du sauvetage de la Grèce, de la politique de l’Union vis- à-vis de l’Ukraine et de la lutte contre le terrorisme.

• Il reste à voir si Angela Merkel, qui a orchestré la réaction de l’Europe à la plupart des crises des dix dernières années, retrouvera la popularité perdue faute d’avoir su, en Allemagne comme en Europe, gagner des soutiens en faveur d’un meilleur accueil des réfugiés syriens. Si certains pays européens sont gênés par la place prise par l’Allemagne, il est difficile de voir un autre dirigeant aussi capable de négocier les intérêts et réactions du continent.

Le monde en (2020)-35-(84 ) P.209 à 213 sur 359 ALEXANDRE, Adler et al

Écrit par :
Willy MARTIAL INGÉNIEUR EN SCIENCES DU DÉVELOPPEMENT
INFORMATICIEN
PROGRAMMEUR PC
VÉRIFICATEUR
ADMINISTRATEUR
CHERCHEUR EN DOCUMENTATION ÉLECTRONIQUES […] Dimanche 23 mars 2025 à 12:22 pm portable : (+509) 33216857
E-mail :[email protected]

Le tout au pluriel magazine nous sommes vos yeux et vos oreilles.

About Harrys Michel

Harrys Michel
À propos de : Michel Hary Espoir - Formation : Licencié en Communication sociale - Profession : Professeur de Communication sociale, Journaliste, Animateur culturel, Analyste - Responsabilités : PDG du magazine Le Tout au Pluriel - Domaines d'expertise : Politique, Kabbalistes, Travail social - Contact : - Email : [email protected] - Téléphone : +509 48 43 81 36 / +509 55 48 92 39