Tribune : L’inculpation de Jean Monard Métellus ou le syndrome de la source tarie

Tribune : L’inculpation de Jean Monard Métellus ou le syndrome de la source tarie

Par Hugue Célestin
Grand-Pré, 6 juin 2026

La métaphore de Grand-Pré : quand
le gardien devient la cible

Dans le roman universel de notre terroir, chaque matin à Grand-Pré, un jeune paysan nommé Mannyèl empruntait les sentiers menant aux sources Manzè Mari et Ti Bidon. Ces eaux généreuses désaltéraient les familles et alimentaient le bassin thérapeutique de Manman Jimo. De jardin en jardin, Mannyèl éduquait la communauté sur les vertus des arbres : « Lorsqu’ils disparaissent, ils emportent avec eux l’eau des sources ; la terre se dessèche, et nos enfants, nos loas protecteurs, meurent de soif.

» Par la patience et la persuasion, il fit de l’arbre un patrimoine sacré. Pendant des années, sa vigilance fut célébrée comme celle d’un gardien du bien collectif.

Puis, des bûcherons envahirent la région pour le compte d’un puissant personnage désireux d’ériger sa résidence de plaisance, exigeant que la nature et le destin du village s’inclinent devant sa volonté. Le basculement s’opéra lorsque les chefs locaux abandonnèrent leur mission pour pactiser avec les destructeurs. Subitement, la déforestation et la sécheresse imminente cessèrent d’être le problème. Le seul obstacle devint Mannyèl.

Son crime ? Ne pas s’être tu. Parler comme une source qui refuse de tarir, laissant jaillir des vérités que le pouvoir voulait retenir sous la pierre du silence.

## Une parole libre face à la judiciarisation du débat public
C’est cette allégorie qui s’impose
à l’esprit face à la nouvelle de l’inculpation du journaliste Jean Monard Métellus dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat du président Jovenel Moïse. Cet événement invite à exprimer une solidarité critique et un profond respect envers un professionnel de l’information traversant une épreuve politique majeure.

Depuis des décennies, les émissions de « JeanMo » structurent l’espace public haïtien. Elles portent une parole libre, responsable et courageuse, dans un contexte national où la vérité est une denrée de plus en plus fragile. Ce travail journalistique de rigueur s’est matérialisé par :

* L’interpellation systématique des tenants du pouvoir.
* L’analyse factuelle des dynamiques politiques.
* La dénonciation des dérives de gouvernance sous les présidences de Michel Martelly et de Jovenel Moïse (PHTK).

L’intimidation des voix dissidentes : les symptômes de l’arbitraire

Cette inculpation apparaît comme le signe troublant d’une époque où les voix d’alerte, de questionnement et de proposition factuelle sont perçues comme plus encombrantes que les auteurs mêmes des drames nationaux. Cette décision judiciaire suscite de légitimes interrogations. Elle alimente l’hypothèse d’une manœuvre visant moins l’émergence de la vérité que l’intimidation des consciences indépendantes.

Lorsque les structures de pouvoir sont ébranlées par la critique, le schéma classique se répète :

* Abandon du débat d’idées au profit de l’attaque ad hominem.
* Ciblage systématique des voix dissidentes (journalistes, intellectuels, militants).
* Tentative de saturation de l’espace public par la peur pour ouvrir la voie à l’arbitraire.

Les temps souterrains et la

perspective du sursaut collectif
Cette offensive survient alors qu’une large part de la population, épuisée par l’insécurité généralisée, la misère et l’incertitude systémique, affiche les symptômes d’un repli sur soi. La société civile semble avoir perdu sa capacité de mobilisation immédiate.

Cependant, l’histoire des peuples enseigne que les périodes de silence apparent ne sont pas synonymes de résignation. Elles constituent des temps souterrains, propices à la maturation des grands réveils collectifs. Les transformations historiques trouvent toujours leurs premiers artisans chez ceux qui refusent le silence imposé.

Conclusion : Le prix de la source

À l’instar du Manuel de Jacques Roumain
dans Gouverneurs de la rosée, Jean Monard Métellus fait l’expérience contemporaine d’une dure réalité : il est parfois plus risqué de révéler à un peuple le chemin de la source que de le laisser mourir de soif.

Pourtant, c’est précisément grâce à ce refus de la résignation que les communautés préservent leur dignité. Les idées survivent à leurs persécuteurs et les dynamiques citoyennes finissent toujours par imposer la reddition de comptes. Le sursaut national se prépare déjà, silencieusement, dans la conscience de ceux qui refusent d’abandonner Haïti à l’abîme. La nation finira, inéluctablement, par réclamer vérité, justice et responsabilité.

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Harrys Michel
À propos de : Michel Hary Espoir - Formation : Licencié en Communication sociale - Profession : Professeur de Communication sociale, Journaliste, Animateur culturel, Analyste - Responsabilités : PDG du magazine Le Tout au Pluriel - Domaines d'expertise : Politique, Kabbalistes, Travail social - Contact : - Email : [email protected] - Téléphone : +509 48 43 81 36 / +509 55 48 92 39