Une Parabole Politique

Mambo ou La Revanche des Collines (1950) de Maurice Casséus est malheureusement un roman ignoré du grand public. Ce roman d’une écriture douce distille avec force et fraîcheur un avertissement et un message de résistance.

Un Texte De
Michel Soukar.

Mambo, petite paysanne au nom significatif, vit en harmonie avec la campagne verdoyante et avec des animaux familiers qui, à l’instar de ceux de la Fontaine, lui parlent et l’instruisent. Elle vit en communion avec la Maîtresse de l’eau : Aïda-Ouèdo qui habite, lumineuse et maternelle, la source voisine de la case familiale.

Mambo, comme tant d’autres fillettes en milieu rural, n’a pas l’opportunité de fréquenter l’école. Par des dons que la nature lui prodigue, elle comprend l’Histoire de son pays par les bêtes, le vent, la forme des nuages. Par ces truchements merveilleux, une leçon simple et dure lui est inculquée : toujours défendre l’héritage des ancêtres, toujours combattre et chasser toute forme de domination étrangère.

Les Américains débarquent, dépossèdent les paysans, plantent l’hévéa. Une américaine : Madame Gaby réussit à gagner l’amitié de Mambo, lui fait des cadeaux dont une pomme qu’elle mange pour la première fois, des sandales pour ses pieds nus depuis le berceau.

Le chagrin envahit les animaux et Aïda-Ouèdo car Mambo les néglige en faveur de l’étrangère. Mambo a oublié son histoire, ses avertissements, ses leçons. Elle a trahi. Ses aînés ne défendent pas leur terre et se laissent dépouiller. Ils n’ont pas su défendre la terre d’Haïti léguée par les ancêtres. Alors, la nature s’en charge, entre dans une terrible colère. Un furieux ouragan balaie les plantations d’hévéa. C’est la ruine de la compagnie américaine. Madame Gaby retourne à New York. Mambo, envahie par le remord, se perd au fond de la source pour retrouver Aïda-Ouèdo.

À l’heure des organisations non gouvernementales et de ladite coopération internationale, cette allégorie garde sa force par son actualité. L’étranger, comme la nature, ne fait pas de cadeaux. Tout a un prix : terres en concession, renoncement à un mode de vie, perte d’identité comme Mambo perdant son âme de fillette des collines.

Casséus ne présente pas l’Américain comme plusieurs romanciers de l’occupation : Stephen Alexis, Léon Laleau, Cléante Valcin, Annie Desroy et plus tard Alix Mathon et Jacques Alexis qui campent surtout des civils prétentieux, des militaires brutaux, tous racistes. Casséus va plus loin, voyant sans doute venir une autre façon d’installer et de maintenir les liens de la domination.

Casséus présente la puissance impérialiste en la personne de Gaby : femme belle, généreuse, apparemment non raciste. Cependant, elle dépouille les paysans, plante l’hévéa, détruit la campagne. C’est l’impérialisme à visage humain. Elle vole l’essentiel et en retour fait des menus cadeaux.

Casséus, dans « Mambo », avertit : voici le nouveau visage du pillard. Avec les marines Butler, Waller, Russel, l’ennemi s’avançait à visage découvert. Nous savions à qui nous avions affaire. Avec Gaby, le pillard s’avance mielleux, masqué. Gaby est plus dangereuse, plus difficile à découvrir, à combattre et à chasser.

Un Texte De
MICHEL SOUKAR

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